Claudel-arbre-toraja

Ce court roman de Philippe Claudel raconte une petite tranche de vie, parsemée de réflexions sur la condition humaine. Le narrateur est un réalisateur parisien d’une cinquantaine d’années qui a du mal à vieillir et à voir la mort approcher. Il raconte alors ses difficultés et son envie de faire un nouveau film. Sa relation avec Eugène, son producteur et ami de longue date sur laquelle repose essentiellement le roman, nous est présentée au moment où Eugène apprend qu’il est atteint d’un cancer et où le narrateur doit l’accompagner dans cette épreuve.

Je n’ai pas réussi à apprécier les personnages à l’exception peut-être de l’attentionné Eugène qui fait face à l’adversité avec bonne humeur et sagesse. Le narrateur surtout m’a déplu, notamment en raison de son égocentrisme accentué par le système de narration à la première personne. Il se regarde beaucoup le nombril et ne veut pas mourir avant d’avoir laissé des traces, qu’elles soient cinématographiques ou autres. En outre, il s’apitoie un peu trop à mon goût pour son sort, alors qu’il est loin d’être le plus à plaindre. Chacun sait bien qu’il va mourir, mais pour le narrateur, cela semble plus grave ou plus important. Même le sort des migrants qui est abordé à un moment ne le préoccupe qu’une nuit…

« Depuis quelques années, la mort m’encercle. Elle cherche à m’enclore. À s’approcher au plus près de moi. Afin de me tâter un peu. Pour me faire comprendre que je vieillis ? Qu’il faut que je m’attende à elle ? Que le match a commencé alors que je n’ai pas encore l’impression qu’on m’ait tiré des vestiaires ? Peut-être. […] Je crains bien entendu davantage la disparition de ceux qui m’entourent que la mienne, ce qui n’est pas comme on pourrait le croire le contraire de l’égoïsme, mais sa forme la plus achevée. »

Deux autres personnages, féminins cette fois, sont également présents : Florence l’ex-femme, et Elena la jeune voisine qui devient de manière improbable et cousue de fil blanc la nouvelle compagne après une rencontre dans des circonstances invraisemblables. Claudel convoque ainsi les réflexions d’un homme mûr sur l’amour et sa place dans le chemin de la vie d’un homme.

C’est un roman que j’estime triste et terne. La mort n’est pourtant pas présentée de manière particulièrement angoissante, mais au contraire plutôt sereine ; toutefois j’ai trouvé son omniprésence pesante, même si l’histoire s’achève sur une note un peu plus optimiste mais très convenue.

« Nous enterrons nos morts. Nous les brûlons aussi. Jamais nous n’aurions songé à les confier aux arbres. Pourtant nous ne manquons ni de forêts ni d’imaginaire. Mais nos croyances sont devenues creuses et sans écho. Nous perpétuons des rituels que la plupart d’entre nous seraient bien en peine d’expliquer. Dans notre monde, nous gommons désormais la présence de la mort. Les Toraja en font le point focal du leur. Qui donc est dans le vrai ? »

J’ai trouvé l’écriture inégale : de très beaux passages alternent avec des phrases qui m’ont semblé inutilement triviales. Il m’a semblé que les réflexions quant à la vieillesse ou la mort étaient très justement écrites, avec une concision que j’ai beaucoup aimée, mais pleines de lieux communs.

J’ai également été gênée par les abondantes digressions qui mènent le lecteur d’Indonésie à Paris en passant par Venise et Pula et j’avoue m’être un peu perdue en chemin moi aussi. On comprend bien l’idée de faire suivre au lecteur le cheminement du narrateur, mais je n’ai pas apprécié cela, car de fait, c’est un roman sans intrigue véritable, seules des successions de réflexions s’étirent sans qu’il ne se passe grand-chose. Ces digressions sont autant spatiales que temporelles puisqu’à la manière d’un film, l’auteur use de retours en arrière, qui m’ont laissé une impression de structure mal établie, d’ensemble assez décousu.

En revanche, j’ai beaucoup aimé certains passages comme par exemple celui où le narrateur raconte sa première prise de conscience de ce qu’est vraiment le cinéma, anecdote qui voit naître sa passion pour cet art. Bien que j’aie été globalement déçue, je relirai sans aucun doute d’autres ouvrages de cet auteur car j’avais aimé le Rapport de Brodeck et éprouve toujours du plaisir à lire des pages bien écrites.

L’arbre du pays Toraja, de Philippe Claudel

Roman français paru en 2016 chez Stock (collection La Bleue). 216 pages. 

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8 commentaires sur “L’arbre du pays Toraja de Philippe Claudel

  • 10 juin 2016 à 12 h 23 min
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    Ce n’est pas grave, ça fait partie des aventures de lecteur ! Le prochain livre me plaira peut-être davantage… ou pas 😉 Le rapport de Brodeck n’a rien à voir, tente donc !

  • 11 juin 2016 à 11 h 50 min
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    Hello, merci pour ton avis ! Du coup, je ne pense pas tenter. J’espère que ta prochaine lecture te plait davantage 🙂

  • 11 juin 2016 à 11 h 53 min
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    Je te comprends, mais d’autres avis sont très élogieux sur ce roman, à toi de voir 😉

  • 12 juin 2016 à 14 h 20 min
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    un peu déçue aussi. « Le rapport de Broddeck », reste vraiment mon préféré.
    « Les âmes grises » est bien aussi.

  • 12 juin 2016 à 15 h 22 min
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    Je n’ai pas lu Les Âmes grises, mais le ferai peut-être un jour, merci pour ce conseil 😉 !

  • 22 août 2016 à 14 h 55 min
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    Comme toi, je n’ai pas particulièrement accroché à celui-ci !

  • 25 août 2016 à 3 h 10 min
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    Je vois que je ne suis donc pas la seule, mais son prochain roman nous plaira peut-être davantage 😉

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