Bourdeaut-en-attendant-bojangles

C’est un roman très vif, très enlevé qui a connu un grand succès en France l’an dernier puisqu’il a été primé à plusieurs reprises. Je suis parfois méfiante devant un trop grand engouement, mais cet été, mon amie Hélène m’a dit qu’elle l’avait bien aimé. C’est pourquoi j’ai fini par le lire.

On entre de plein fouet dans une histoire pleine de fantaisie et de folie douce. Il s’agit d’une tranche de vie d’un couple fantasque. Le mari appelle sa femme avec un prénom différent chaque jour, ils mènent une vie avec un rythme effréné et semblent beaucoup s’amuser. Ils dansent en particulier sur une musique de Nina Simone, Mr. Bojangles, titre qui donne son nom au roman.

Ce jeune couple aisé vit dans un très grand appartement avec leur fils et un oiseau exotique rapporté d’Afrique, baptisé Mlle Superfétatoire. Ils semblent mener une vie oisive, passant leur temps à recevoir des invités et à faire la fête, souvent bien arrosée, refusant d’ouvrir le courrier depuis des années, et rivalisant d’excentricités en tout genre.

Tous rient beaucoup, mais, emporté par un rythme endiablé, avec des passages narrés par l’enfant qui ne comprend pas tout ce qui se passe autour de lui et d’autres passages racontés par le père de famille, le lecteur se doute que bien que les choses ne peuvent pas durer ainsi, qu’il va se passer quelque chose.

Et en effet, on voit ce que l’on prenait au départ pour des toquades, se transformer progressivement en véritable folie qui aura inévitablement des conséquences importantes sur tous les membres de cette famille.

« Pour elle, le réel n’existait pas. J’avais rencontré une Don Quichotte en jupe et en bottes, qui, chaque matin, les yeux à peine ouverts et encore gonflés, sautait sur son canasson, frénétiquement lui tapait les flancs, pour partir au galop à l’assaut de ses lointains moulins quotidiens. Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel. Sa trajectoire était claire, elle avait mille directions, des millions d’horizons, mon rôle consistait à faire suivre l’intendance en cadence, à lui donner les moyens de vivre ses démences et de ne se préoccuper de rien. »

Autant j’ai apprécié le début du roman, dont le thème original nous emporte dans la danse grâce à des harmonies sonores, des rimes intérieures, une bonne dose d’humour et un rythme soutenu, autant j’ai trouvé que le roman s’essoufflait très vite. Je n’ai pas trouvé que la double narration apportait quelque chose au roman. Quant aux personnages, bien sûr ils ne sont pas crédibles puisqu’ils ont tous un petit (ou gros) grain, mais je n’ai éprouvé aucune compassion pour la famille qui subit les affres de la folie, n’ai pas été remuée par leurs mésaventures parce que j’ai trouvé que les personnages en faisaient trop. La fantaisie ne me dérange pas si le monde qui l’entoure est de la même veine, comme ce que l’on peut trouver chez Vian par exemple. Mais là, l’univers est le nôtre et le décalage est trop important entre la réalité et la fiction. Je suis donc sans doute à contre-courant des éloges quasi unanimes, mais je n’ai pas trouvé ce roman extraordinaire.

En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut

Roman français paru en 2015. 160 pages chez Finitude. 

Grand Prix RTL-Lire 2016 – Le Roman des étudiants 2016 France Culture-Télérama – Prix France Télévision 2016

Découvrez aussi :

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut
Facebooktwitterpinterestmail
Étiqueté avec :                

4 commentaires sur “En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

  • 16 décembre 2016 à 12 h 54 min
    Permalien

    Ton avis est très intéressant, même si je ne le partage pas. J’ai été enthousiasmée par ma lecture de En attendant Bonjangles, bien qu’avec le recul je peux lui reconnaître quelques défauts, comme celui de surfer sur la vague de l’humour insolite, ce qui est plus un argument marketing que littéraire… Mais je garde toutefois un excellent souvenir de cette lecture, et notamment de la poésie intérieure présente dans le texte : les rimes, les chiasmes, les allitérations, etc.

  • 16 décembre 2016 à 14 h 17 min
    Permalien

    Merci pour ton message. J’ai aussi aimé le rythme et les sonorités, mais comme tu l’as bien dit, l’insolite pour l’insolite… ce n’est pas ma tasse de thé, ça m’a déplu. Peut-être son prochain roman me séduira-t-il davantage ?

  • 28 décembre 2016 à 16 h 55 min
    Permalien

    Oh dommage pour toi! Personnellement, j’ai adoré ce roman et plus particulièrement pour son ambiance!

  • 28 décembre 2016 à 22 h 02 min
    Permalien

    Je sais que je suis un peu à contre-courant sur ce roman, mais ce n’est pas grave 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *