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Il y a un peu plus de trois ans, quand suis arrivée au Japon, j’ai trouvé du travail et un logement. J’ai donc dû ouvrir un compte dans une banque japonaise. Je précise que ce billet n’est pas sponsorisé ! J’ai choisi Mizuho parce que d’abord, j’arrivais à prononcer le nom de la banque et ensuite, parce que c’est aussi la banque de là où je travaille, c’est pratique. Mais ici, rien ne fonctionne de la même façon qu’en France…

Pour l’ouverture, il faut savoir que le principe du compte joint, au Japon, c’est pas gagné : tout est au nom de mon mari, moi je n’ai qu’à me taire. Il n’y a pas de chéquier mais une simple carte de retrait. J’ai quand même réussi à savoir le code secret de la carte de mon mari, je sais être persuasive… L’équivalent de la carte bleue européenne existe, mais ce n’est pas simple d’en obtenir une pour les étrangers, paraît-il, et de toute façon, ça ne sert pas à grand-chose puisque la plupart des magasins ne sont pas équipés pour un paiement par CB. Eh oui, ça peut sembler surprenant pour un pays aussi développé !

Au Japon, en effet, tout se paie en liquide même pour des sommes assez importantes (on peut aussi payer avec les cartes de transport pour les petits montants). Tout le monde se balade donc avec de l’argent liquide plein les poches et comme le taux de criminalité est un des plus faibles au monde, il n’est pas rare de voir les gens dans le métro ouvrir leur porte-monnaie bien garni, ce qu’aucun Français muni d’un cerveau n’oserait faire, en particulier dans le RER C ou dans les quartiers nord de Marseille.

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Pour ouvrir un compte, dans notre cas, c’est la banque qui est venue sur mon lieu de travail, si, si, je vous jure ! Trop la classe, on se sent V.I.P. Il faut néanmoins tout un tas de documents, bien sûr, et la chose prend une bonne heure. Parmi ces documents, il faut un hanko, tampon personnel marqué de votre signature. Cela pourrait paraître étonnant mais les Japonais sont très précis et méticuleux : il ne s’agit pas de faire une signature un peu plus penchée, un peu plus petite, un peu différente d’une fois sur l’autre. Donc tout le monde a un tampon qui sert de signature : petit et rond, il ressemble d’autant plus à un sceau qu’on utilise de l’encre rouge comme la cire qui servait autrefois à cacheter les lettres. Il y a peu, une certification de signature délivrée par l’ambassade suffisait pour les Français, mais désormais, nous devons avoir un tampon, comme les Japonais avec notre nom en katakana car en alphabet romain, ça ne rentrerait pas sur une surface aussi petite.

Plus tard, il a fallu payer des sommes importantes (caution, loyers d’avance, frais de scolarité des enfants etc) ; on décide alors de faire un virement de la banque française vers la banque japonaise. Mais comme c’est la première fois et que plusieurs jours après le virement nous n’avons toujours rien reçu, nous nous rendons sur place. On prévoit large – nous sommes au Japon –  1 h 30 pour faire un virement nous semble correct. Quand on arrive dans l’agence, une personne (très âgée) nous salue en se courbant… ??? M’ont jamais fait ça à la Caisse d’Épargne en France !… Je regarde partout au cas où il y aurait un tapis rouge. Il est vrai qu’avec ma coiffure de star, je guette désormais les paparazzis…

Tous les autres clients de la banque reçoivent en fait le même accueil (petite déception). Ensuite, il faut appuyer sur le bouton d’une machine selon le type d’opération que l’on souhaite faire, machine qui vous délivre un ticket avec le numéro du guichet auquel vous devez vous rendre. Évidemment, tout est en japonais, alors voyant que je me trouve embarrassée, le brave monsieur qui m’a accueillie à mon arrivée se jette à mon secours. Comme toujours, notre communication est difficile (je ne parle pas japonais) mais il finit par m’adresser à un guichet. Une dame prend mes documents et s’en va en me priant d’attendre.

Pendant ce temps, j’ai le loisir d’observer l’intérieur de l’agence bancaire. Des sortes de comptoirs avec tous les formulaires dont on peut avoir besoin, sont alignés le long des murs. Sur ces comptoirs, on trouve à disposition de tous les clients des lotions hydro-alcooliques pour se laver les mains (!!), des calculatrices, des lunettes grossissantes genre demi-lunes, de l’encre pour les tampons avec un petit support qui va bien à mettre sous votre document à signer, et un ch’ti truc vert pour nettoyer votre tampon après usage, des stylos, des éventails etc. Et comme je savais que vous ne me croiriez pas, la preuve en images :

banque-japon

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Quelques instants plus tard, une autre personne vient me chercher pour m’emmener dans un petit bureau. La dame se présente en anglais – je me dis chouette !- mais en fait, elle ne sait que se présenter. Après, elle m’explique tout un tas de trucs auxquels je ne comprends absolument rien. J’ai beau lui dire (en japonais, je fais des efforts quand même !) que je ne comprends pas, elle poursuit, imperturbable, son monologue avec des sourires et des courbettes. Au bout d’un assez long moment, elle dessine pour finir un schéma et le sens apparaît tout à coup : la banque japonaise a bien reçu un virement de la banque française mais je ne peux pas avoir accès à cet argent.

Pourquoi ? Eh bien c’est simple : au Japon, du moins dans ma banque, quand vous recevez un virement important de l’étranger, Mizuho vous téléphone pour vous dire que votre argent est arrivé et vous demande si vous le voulez bien… Stupeur…  « Ma foi, non, finalement, donnez-le au premier venu »… Est-ce que par hasard, les banquiers japonais reçoivent souvent ce type de réponse ?? C’est une amie japonaise qui avait donné à Mizuho son propre numéro, sachant que je suis évidemment pour l’instant incapable de répondre en japonais à ce genre de message fort surprenant pour l’européenne que je suis. Or notre amie était en vacances, la banque n’a pas pu la joindre et a donc bloqué l’argent en attendant que je lui dise que oui, en fait, je le veux bien, j’ai quelques idées sur la façon de le dépenser, tout ça, quoi… La banquière prend soin de téléphoner à mon amie qui nous traduit le problème (mais bon, là, on avait fini par comprendre !) et pendant le coup de fil, elle quitte à plusieurs reprises son bureau de courts instants. À chaque fois que l’employée rentre dans son propre bureau, elle frappe à sa propre porte ! J’hallucine. Autant de politesse, de délicatesse (elle doit penser que son irruption pourrait perturber la conversation téléphonique) me fascine !

Pour moi, ce n’est pas bien grave, ce n’est qu’un simple contretemps, mais pour l’employée de la banque, cela semble beaucoup plus ennuyeux. Elle se confond en excuses et – trois fois hélas !- je ne sais pas encore dire « ce n’est pas grave, ne vous inquiétez pas » en japonais. Voilà une phrase qui ne figure dans aucun des livres sur la langue japonaise que j’ai emportés et qui pourtant mériterait bien la première page des phrases indispensables, de base, à savoir absolument avant de se rendre au Japon ! Bref, la dame finit par attraper un sac en papier dans lequel elle dépose devant nos yeux ébahis des cadeaux pour se faire pardonner. Non, non, vous ne rêvez pas !

Vous êtes bien curieux de savoir ce qu’il y avait dans le sac… Alors je ne vais pas vous faire languir : Tadaaaaa !

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Il s’agit de lingettes désinfectantes, de mouchoirs en papiers (3 différents, en 2 tailles, dont deux de marque « Hello Kitty » of course !), d’une petite serviette éponge, et d’un rouleau de film plastique alimentaire… Alors, les mouchoirs on a compris, c’est pour pleurer sur l’argent qu’on n’a pas pu obtenir, les lingettes, c’est pour la manie de la propreté des Japonais, mais le cellofrais, là j’avoue, je n’ai pas bien saisi, mais j’ai bien rigolé ! Vous voyez bien sur la photo que je ne raconte pas (que) des bêtises !

L’argent a ensuite été transféré rapidement. Depuis, j’utilise la carte pour faire mes retraits. Les billets ici ne sont jamais froissés ou abimés, on en prend soin et les porte-monnaie sont tout en longueur pour que l’on puisse ranger ses billets sans les corner.

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La plupart du temps, vous remarquerez qu’il y a des calculatrices sur les distributeurs et cela ne viendrait jamais à l’esprit d’un Japonais de les voler, de les abîmer, ou quoi que ce soit… On trouve aussi (à gauche en jaune ci-dessous) de quoi accrocher son parapluie, et sur le devant, un espace où poser son sac à main. Et en plus, c’est absolument incroyable, des petits personnages s’affichent sur l’écran et s’inclinent à la fin de la transaction pour vous remercier ! 

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Une chose est sûre : cet été, quand je vais rentrer en France, je vais aller voir les gens qui bossent à la Caisse d’Épargne de chez moi-d’avant, et je vais leur dire que vraiment, c’est une honte de traiter les clients comme en France et qu’il faudrait envoyer le personnel en stage à Tokyo dare-dare ! Non mais !!! Pour info, avant de partir, j’avais fait changé des euros en yens et je me suis frité avec ma banque car et ils m’ont entubée grave-de-la-mort-qui-tue sur le taux de change. J’étais donc retournée les voir pour leur demander pourquoi le taux n’était pas celui de la Banque de France et ils m’ont répondu qu’ils avaient un taux à eux. Ben voyons !!  Ce jour-là, ils ne m’ont même pas donné un seul petit kleenex ! C’est peut-être parce que je les ai traités d’arnaqueurs ?…

Alors, pour ou contre un stage au Japon pour les employés de banque français ? すごい, non ?

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16 commentaires sur “La banque au Japon

  • 22 novembre 2016 à 8 h 49 min
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    J’adore tes articles sur le Japon, je trouve ça toujours super intéressant et tellement bien raconté ! Ça paraît fou cette différence de culture et se traitement du client. T’imagines s’ils venaient faire un tour à la SNCF? Ou à la poste? Crise d’apoplexie assurée !
    Je ne savais pas qu’ils avaient le taux de criminalité le plus bas du monde. J’étais persuadée que c’était en Scandinavie!

  • 22 novembre 2016 à 9 h 05 min
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    Merci ! Ah oui, je t’assure que faire un stage au Japon ferait du bien à un grand nombre de gens ! Tokyo est la 3e ville au monde la plus sûre après Singapour et Osaka, d’après The Economist en 2016. On a plus peur ici des tremblements de terre que des gens ! Les parents laissent leurs enfants, même très jeunes (genre 6 ans) prendre le métro tout seuls sans problème, ce que je n’aurais jamais laissé faire à mes enfants en France même en province… De même, si tu fais tomber ton porte-monnaie, les gens le rapportent aux objets trouvés sans toucher à son contenu : de toute façon au Japon, ça porte malheur de prendre l’argent qui ne t’appartient pas…

  • 22 novembre 2016 à 14 h 04 min
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    Très drôle les petits cadeaux ! l’hygiène semble primordial au Japon. Je pense qu’un jour tu nous écriras quelques chose sur le sujet.
    Vivre dans un pays où l’insécurité n’existe pas, ça doit être très appréciable.
    J’aime également beaucoup tes articles sur le Japon, ils sont très intéressants. Je découvre grâce à toi un pays qui m’est totalement inconnu.
    A bientôt.

  • 22 novembre 2016 à 14 h 30 min
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    Merci beaucoup ! Ah oui l’hygiène c’est capital ici ! En même temps, vu le nombre d’habitants à Tokyo, si les gens ne se lavaient pas les mains 35 fois par jour et ne portaient pas des masques au moindre éternuement, il y aurait sans doute des épidémies de rhume ou de grippe monumentales ! Quant à la sécurité, j’ai prévu de faire un article dessus, c’est vraiment très agréable de se sentir en sécurité où que l’on aille quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, qu’on soit un homme ou une femme… À très bientôt !

  • 22 novembre 2016 à 20 h 14 min
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    trop drôle cet article
    quel circuit pour obtenir son propre argent
    j espère que tu as fait bon usage de ton petit sac
    franchement l intérieur fait vraiment space
    moi qui ne jure que pas les cb même pour les pts montants
    il n y a qu en voyage où je paie en liquide
    je ne sors ma cb que pour les retraits
    j espère que tu n as pas trop svt affaire à eux
    tu vois j aurais cru qu ils étaient à fond cb
    c est super de pouvoir tomber ses clichés que j avais

  • 22 novembre 2016 à 22 h 04 min
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    Oui, c’est drôle les clichés que l’on peut avoir. En arrivant au Japon, moi aussi je pensais qu’ils payaient tout par carte et j’ai été très surprise.

  • 23 novembre 2016 à 1 h 39 min
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    C’est vraiment le top le Japon ! Laisse tomber la Chine c’est la misère! Certes il y a Chinois-Anglais mais personne parle Anglais alors bon c’est juste pour faire style ! Et moi à cause d’une employée j’avais pas reçu mon salaire car cette dinde avait mal noté mon numéro de passeport et devines quoi : on m’a pris des sous parce que le transfert n’avait pas pu être fait correctement ! Bon c’est un yuan mais bon elle s’est trompée et j’en paye les frais…Pour cela depuis je n’y vais plus !

  • 23 novembre 2016 à 1 h 48 min
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    Je comprends que tu sois en colère ! Pour le Japon, ce que j’ignore, c’est si j’ai eu de la chance qu’on se soit aussi gentiment occupé de moi ou si tous les clients de la banque reçoivent le même traitement de faveur. Mais j’ai trouvé cette expérience incroyable. Je profite parce que quand on quittera le Japon, on le regrettera, c’est sûr !

  • 23 novembre 2016 à 5 h 51 min
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    Un tampon avec ta signature c’est la grande classe. Cela me rassure de savoir qu’il n’y a pas qu’en Arabie que la femme n’a pas le droit d’avoir un compte bancaire. Même si il n’est pas vraiment a moi je vais quand même te le communiquer au cas où ! 😉 Merci de nous faire vivre ton quotidien. Bonne journée à toi

  • 23 novembre 2016 à 10 h 57 min
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    Eh oui, même dans un pays comme le Japon, il y a encore un sacré chemin à faire concernant la place de la femme ! Très belle journée à toi !

  • 23 novembre 2016 à 11 h 58 min
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    Intéressant et vraiment surprenant!
    Effectivement, les banquiers français pourraient faire un stage au Japon, ne serait-ce que pour apprendre les bonnes manières!

  • 24 novembre 2016 à 12 h 59 min
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    Ah, je vois que toi non plus, tes banquiers français ne te traitent pas dignement 😉 Comme ça désormais, tu pourras leur dire d’être plus sympa avec toi !

  • 24 novembre 2016 à 21 h 08 min
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    Vraiment très instructif ton article comme d’habitude. Je partage :).
    Au moins tu dois te sentir en sécurité au Japon.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  • 25 novembre 2016 à 13 h 00 min
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    Je suis contente que ce billet t’ait plu ! À bientôt !

  • 27 novembre 2016 à 20 h 40 min
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    Me revoilà active sur la blogosphère donc je suis venue directement lire ton blog ! Merci pour cet article qui nous fait découvrir un peu mieux le Japon. J’ai bien rigolé en lisant le coup du cellophane en cadeau !!! Ce pays me fait vraiment rêver… 🙂

  • 28 novembre 2016 à 13 h 03 min
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    Ravie de te retrouver Sophie ! Je me demande vraiment s’ils font ça à tous leurs clients. Remarque, une fois on est allés à la poste avec mon mari et on nous a offert une petite bouteille de coca décorée très sympa, et j’ai vu que tous les clients en recevaient une ce jour-là ; la dame a essayé de m’expliquer quelque chose mais je n’ai rien compris… En tout cas c’était sympa !

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