Bérénice, tragédie de Jean Racine

J’avais envie de relire du théâtre classique. J’ai choisi celle-ci car j’ai eu récemment l’occasion d’en parler avec un ami et mes souvenirs de cette pièce étaient assez lointains.

Cette tragédie se passe dans l’Antiquité romaine, au moment de l’accession de Titus au rang d’empereur, en 79 après J.-C. En effet, son père Vespasien de la dynastie des Flaviens vient de mourir : son fils doit lui succéder.

Titus éprouve de la peine en raison de la mort paternelle, mais son immense chagrin a une autre origine. Il est amoureux de Bérénice, la reine de Judée, qui l’aime aussi éperdument. Malheureusement, le peuple romain et le sénat sont contre cette union. Bérénice est en effet une reine étrangère. Or les Romains voient d’un mauvais œil tout ce qui touche à la royauté ayant été échaudés par les premiers rois de Rome et par César qui se comportait comme un monarque. De plus Bérénice est juive et cette religion encore mal connue des Romains leur semble particulièrement étrange.

Le Sénat et le peuple romain vont faire pression sur Titus pour que celui-ci quitte Bérénice et la renvoie en Judée. Cette tragédie à l’intrigue très simple raconte une histoire d’amour impossible. Mais le thème n’est pas seulement l’amour : Titus doit renoncer à sa belle au nom de la raison d’état, c’est-à-dire pour des raisons politiques et traditionnelles.

« Titus

N’accablez point, Madame, un prince malheureux.

Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.

Un trouble assez cruel m’agite et me dévore,

Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.

Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de fois

M’a fait de mon devoir reconnaître la voix.

Il en est temps. Forcez votre amour à se taire,

Et d’un œil que la gloire et la raison éclaire

Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur.

Vous-même, contre vous, fortifiez mon cœur,

Aidez-moi, s’il se peut, à vaincre ma faiblesse,

À retenir des pleurs qui m’échappent sans cesse ;

[…]

Car enfin, ma Princesse, il faut nous séparer. »

Je trouve cette pièce toujours moderne car même si bien sûr, un tel dilemme entre le cœur et la raison n’est plus envisageable aujourd’hui pour un chef d’état, l’amour et la tristesse incommensurable qu’éprouvent les héros de cette pièce sont tellement humains, qu’ils nous touchent et nous bouleversent.

Ce qui fait aussi la force de cette pièce de théâtre c’est la puissance de la passion et de la douleur des deux protagonistes, magnifiée par la beauté des vers. Les 5 actes sont écrits en alexandrins sublimes et l’histoire est rehaussée par l’amour de l’ami de Titus, Antiochus, pour la belle Bérénice, ce qui vient compliquer un peu l’intrigue. Dialogue, monologue, aveu, duel et duo, forment un ensemble magnifique qui force l’admiration, où chacun des amants s’interroge, délibère, espère et souffre tour à tour.

Une tragédie inspirée de la véritable Histoire, avec un grand H, un grand classique à mettre entre toutes les mains !

Bérénice, de Jean Racine

Tragédie parue en 1670. 192 pages chez Folio (collection Folioplus classiques). 

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13 commentaires sur “Bérénice de Racine

  • 7 juillet 2017 à 9 h 37 min
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    Il me semble que j’avais étudié Bérénice à ma première année de lettre moderne avec un prof génial et totalement passionné. Mais en réalité je ne me souviens plus trop de ce qui se passe dans cette pièce, ou alors je confonds avec Phèdre… J’aimerai bien lire plus de Racine mais le théâtre en ce moment ne m’attire pas trop TT.

  • 7 juillet 2017 à 9 h 53 min
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    J’ai beaucoup aimé les deux pièces, Racine est un prodige et manie le vers et le verbe à la perfection. Je suis fan ! 😉

  • 7 juillet 2017 à 10 h 05 min
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    Avec Antigone, c’est une des pièces que j’ai étudié en français qui m’a le plus marqué.

  • 7 juillet 2017 à 10 h 15 min
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    J’aime beaucoup les Antigone aussi, celle de Sophocle comme celle d’Anouilh. En fait je me rends compte que je devrais lire plus souvent du théâtre, je suis rarement déçue !

  • 8 juillet 2017 à 19 h 40 min
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    Je lis très rarement de livres de cette époque et on m’a déjà conseillé d’y remédier (ahem) et je passerai forcément par Racine (c’est un peu un incontournable). Par contre, je me demande si je n’ai pas déjà lu un truc de lui… Ça devait être une lecture scolaire et j’avais dû bouder, comme d’habitude aha.

  • 9 juillet 2017 à 8 h 23 min
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    Tu as peut-être lu Phèdre (que je trouve encore meilleure) ?
    C’est drôle comme on a parfois tendance à bouder les lectures scolaires alors que si l’école ne nous les faisait pas lire, on n’irait pas spontanément vers ces lectures certes exigeantes mais tellement enrichissantes. L’avantage de cette pièce, c’est qu’elle est courte et facile à lire 😉 Bon dimanche !

  • 11 juillet 2017 à 14 h 07 min
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    Le théâtre de Racine, c’est quand même quelque chose !! Il a une façon de dépeindre la passion humaine vraiment très intense avec des vers qui en jettent ! et qui restent accrochés à notre mémoire sans que l’on se souvienne avoir lu la pièce…
    Ce sont ces alexandrins qui me viennent spontanément aux lèvres quand on évoque Bérénice
    « Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
    Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
    Que le jour recommence, et que le jour finisse,
    Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice… »

  • 11 juillet 2017 à 14 h 13 min
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    Parfaitement d’accord avec toi et les vers que tu cites sont parmi les plus connus et les plus beaux ! Racine était un génie, c’est sûr !

  • 12 juillet 2017 à 10 h 13 min
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    Bon allez, t’es ma copine alors je t’avoue : je n’ai jamais lu de théâtre, et encore moins de théâtre classique ! Bien sûr, j’en ai lu au collège et au lycée pendant mes années rebelle, mais sans grande surprise je ne me souviens de rien 😉 Bref, tu m’as donné envie de m’y remettre ! Je vais tenter, je te dirai !

  • 12 juillet 2017 à 10 h 19 min
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    Disons qu’avec Racine, je trouve qu’on est rarement déçu car la langue est si belle, si pure ! Et l’avantage, c’est que c’est vite lu par rapport à un roman. Alors si le coeur t’en dit, n’hésite pas à te plonger dans le théâtre classique, j’espère que ça te plaira. Je crois que je préfère Phèdre à Bérénice, mais à chacun ses goûts 😉

  • 23 juillet 2017 à 19 h 32 min
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    Salutations!
    je trouve que cette pièce de Racine est celle où l’on trouve les plus beaux vers de l’auteur. Cependant cette pièce n’est pas ma préférée car dès le premier acte les dés sont jetés, le dilemme cornélien entre l’amour et le devoir s’essoufle puisque l’on connaît déjà la décision de Titus dès la fin de cet acte. Le reste de la pièce n’est plus qu’exaltations lyriques… (mais que ces exaltations sont belles!)

    Ma pièce préférée de Racine est Britannicus, je ne sais pas si tu l’as lu mais je te la conseille si elle t’est inconnu 🙂
    A bientôt!

  • 23 juillet 2017 à 19 h 37 min
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    Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que que l’action tourne un peu court, mais les vers sont tellement beaux ! Moi j’ai adoré Phèdre, j’ai lu Britannicus mais il y a si longtemps que je ne me rappelle pas bien la pièce. Ton message arrive à point nommé pour me signaler qu’il serait donc fort judicieux de la relire ! 🙂 À bientôt !

  • 25 juillet 2017 à 9 h 15 min
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    Merci pour cet article, c’est vrai que la langue de Racine est sublime. On a l’impression que les fameuses « règles classiques » ont été inventées pour lui, tant il sait en tirer le meilleur parti et faire reposer toute l’action sur le langage même. D’autres pièces de Racine sont moins connues : je ferai un article à ce sujet sur mon blog en Août.
    Encore merci !

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