Bouddha noir à Tokyo, Japon

Quand on visite le Japon, on ne peut qu’être frappé par le nombre de temples qui surgissent à chaque coin de rue ou presque. C’est l’occasion de nous intéresser à la religion au Japon ! On trouve ici toutes les religions, et la plupart des Japonais adhèrent à plusieurs religions en même temps. Ils croient aussi aux esprits et aux fantômes (je vous renvoie au roman graphique que je vous avais présenté il y a quelques temps : Un monde flottant pour en savoir plus) et sont parfois superstitieux. Aujourd’hui, je commencerai par le bouddhisme.

La grande majorité des Japonais sont à la fois bouddhistes et shintoïstes. Mais il existe aussi des chrétiens, des musulmans, des animistes etc. dont je vous parlerai dans de prochains billets.

L’origine du bouddhisme

Plus qu’une religion, c’est une philosophie de vie dérivée de l’hindouisme car Bouddha a d’abord été élevé dans cette religion puis a reçu l’instruction de deux maîtres hindouistes. Le hic, c’est que le bouddhisme se prête à de nombreuses interprétations possibles parfois opposées… Mes sources proviennent indirectement des cours d’un grand spécialiste en la matière.

Siddhartha Gautama est le fils d’un roi au Ve s avant J.-C. à qui on avait annoncé une prédiction : soit son fils serait un grand conquérant, soit il s’isolerait du monde et serait rédempteur de l’humanité. En tant que parent, le roi refuse l’idée que son fils soit un ermite, il ne veut pas le perdre. Il décide donc de lui cacher toutes les choses négatives du monde, pour l’inciter à rester au milieu des siens. Mauvaise idée. Il enferme donc son fils dans une bulle de bonheur et d’illusions. Le fils grandit, se marie, devient père, mais lors d’une promenade, à l’âge de 29 ans, il croise un moribond, un vieillard qui mendiait et un malade. Horrifié de découvrir que la mort, la maladie et la pauvreté existent, il s’isole de la civilisation. Il abandonne ainsi femme et fils pour voir ce qu’est la « vraie vie ». Faut jamais mentir aux enfants, un jour, ça vous revient en pleine poire.

Il réfléchit alors à ce qui peut rendre heureux. Il tente l’hindouisme auprès de deux maîtres : pas convaincu. L’ascétisme ? Cela ne le rend pas heureux non plus. Il part alors seul méditer sous un arbre sacré de lotus et là, à 35 ans environ, il atteint l’éveil appelé le nirvāna. Le truc, c’est qu’il est impossible de décrire le nirvāna à celui qui ne l’a pas vécu, alors on se contente de le définir par ce qu’il n’est pas. La bonne nouvelle, vous voyez, c’est qu’il y a encore de l’espoir pour vous aussi ! Parce que Bouddha (surnom qui signifie l’homme éveillé), il a mis le temps avant de trouver sa voie !

Tout content, notre Bouddha revient dans le monde, retrouve ses amis ascètes et leur enseigne ses préceptes appelés le Dharma.

Bouddha couché à Bangkok, Thaïlande

Les principes du bouddhisme

Pour faire simple, il part du principe qu’il y a 4 nobles vérités que je vous résume en une phrase. La vie est souffrance à cause de notre désir égoïste, et pour la surmonter, il faut suivre une sorte de processus médical pour effacer avarice et ego chez l’homme. Vaste programme ! On s’y colle tous ensemble pour l’été ? Allez, c’est presque plus facile que de faire le régime qui va bien pour rentrer dans votre maillot préféré 😉

Le programme à suivre consiste en 8 pas vers le bonheur : avoir un bon état d’esprit, de bonnes intentions, utiliser la parole à bon escient, avoir une bonne conduite, une bonne occupation, une bonne concentration, une bonne conscience et faire de bons efforts. 

Bouddha divise alors sa vie entre méditation et enseignement de ses principes. Il crée un ordre monastique et accueille absolument tout le monde, même les Intouchables. Chaque individu, quels que soient sa position sociale, son âge, son sexe (ce dernier point est controversé) peut intégrer sa communauté. Bouddha meurt à 80 ans d’une maladie. Bouddha n’a jamais voulu être élevé au rang d’un dieu mais apparemment, cette volonté n’a pas été vraiment respectée… Les statues de Bouddha ne sont pas toujours celles du Bouddha originel mais de Boddhisatva, ceux qui comme lui, ont atteint le nirvāna et aident les autres à l’atteindre aussi. C’est le cas du fameux Daibutsu de Kamakura.

Représentation de Bouddha : daibutsu à Kamakura

Les bouddhistes ne croient pas à la réincarnation. À la renaissance oui, mais pas à la réincarnation. Pourquoi ? Parce que d’après eux, on n’a pas d’âme individuelle, on est une seule entité géante et on la partage dans plusieurs corps. C’est un peu comme l’image de l’écho : l’écho vient logiquement d’un même « tout », mais chaque écho est distinct du précédent même s’ils sont tous reliés : ils ne sont pas la même chose. Vous suivez ?

Les branches du bouddhisme 

Après sa mort, plusieurs branches naissent dont le theravāda et le mahāyāna qui sont les plus connues et les plus suivies.

Le theravāda

C’est la branche la plus conservatrice que l’on trouve dans les pays du sud (Sri Lanka, Thaïlande, Cambodge etc.) La valeur primordiale est la sagesse, la raison. Chacun doit fournir beaucoup d’efforts. Pour ses adeptes, la vie monastique est capitale. Leur idéal est la sainteté, il s’agit d’imiter Bouddha.

Le mahāyāna

C’est le bouddhisme du nord (Chine, Japon, Corée) La valeur primordiale est la compassion, l’amour. C’est un bouddhisme plus démocratique qui consiste à penser que comme Bouddha a diffusé son enseignement, il faut prêcher ses idées pour atteindre tous ensemble le nirvāna. La vie monastique est moins importante : on peut avoir un métier à côté et ne pas passer sa vie reclus à prier. Ses adeptes ont pour idéal l’image du sauveur. Cette branche du bouddhisme a été largement diffusée car l’ordre de la société n’est pas bouleversé : on n’est pas obligé de se couper des autres, et on peut vivre un peu comme avant et intégrer le bouddhisme à sa vie et à la société.

Le zen

Il est dérivé du mahāyāna. Selon les adeptes du zen, le silence de Bouddha est plus important que les textes hérités de la parole de Bouddha. Parfois, on doit trouver en soi la réponse à ses questions. La vérité est indicible et les mots sont une construction artificielle qui limite la vérité. Le langage est donc une barrière pour atteindre la spiritualité. Être tout entier à ce qu’on fait, uniquement concentré dans le présent est aussi un des principes zen. Pour devenir moine zen, il convient de suivre tout au long de sa vie trois principes : la méditation, la résolution d’énigmes absurdes et complexes (car on doit atteindre une nouvelle logique inaccessible aux autres) et enfin la consultation régulière d’un maître zen. Le zen est la branche qui regroupe le plus d’adeptes au Japon.

jardin-zen-1
Jardin zen de Kyoto, Japon

Alors, le bouddhisme, すごい, non ? Ça vous parle ou pas du tout ?

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18 commentaires sur “Le bouddhisme

  • 27 juin 2017 à 17 h 27 min
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    Très intéressant ton article !
    La méditation est devenue « tendance » en France, je n’ai jamais essayé 🙂 mais certains disent que cela leur apporte beaucoup et toi ? tu médites ?

  • 27 juin 2017 à 18 h 12 min
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    Merci Brigitte ! Personnellement, je ne médite pas, mais ça viendra peut-être. À défaut de méditer, je me détends et réfléchis bien plus facilement qu’en France, notamment dans les parcs de Tokyo. 🙂

  • 27 juin 2017 à 19 h 58 min
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    merci pr cet article
    j avoue que j entends bien sûr parler mais je ne connais pas les détails
    je ne savais pas qu il existait plusieurs branches

  • 27 juin 2017 à 20 h 14 min
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    Au Japon, c’est surtout le mahāyāna et le zen qui sont en vogue, et je trouve que les Japonais sont assez ouverts côté spiritualité. C’est intéressant, je trouve car c’est très différent de notre culture.

  • 27 juin 2017 à 21 h 59 min
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    Très instructif, j’aime beaucoup :). Tu as eu un cours dessus?

  • 27 juin 2017 à 22 h 17 min
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    Merci ! Non, ce n’est pas moi qui ai suivi ce cours, mais quelqu’un m’en a fait un résumé très complet, que j’ai ensuite synthétisé. Mais on m’a recommandé un ouvrage (en anglais, je vais voir en France s’il existe en traduction) sur l’histoire des religions, et ça me tente bien. 🙂

  • 27 juin 2017 à 22 h 45 min
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    Coucou ma Sandra !

    Boudiou, j’avais un de ces retards !!! J’ai tout rattrapé ! Merci pour tes articles qui sont toujours aussi passionnants 🙂 Je me suis beaucoup intéressée au bouddhisme il y a quelques années, c’est une philosophie qui me parle. J’en ai fait une espèce de mix personnel avec d’autres idées pour avoir un plan de route dans ma vie 😉

    Sinon, je suis arrivée en France il y a une semaine, je te recontacte très vite par mail pour te donner des nouvelles et essayer d’organiser une petite rencontre avec toi 🙂
    Et sais-tu ce que je suis en train de lire ces jours-ci, entre le décalage horaire et les nuits hachées de mes enfants qui se relaient avec 40 de fièvre (oui, encore) ? L’Assomoir, que j’avais noté suite à un de tes articles ! J’ADORE ! J’attends de le finir pour retourner lire ton avis et te donner le mien ! Merci en tout cas pour cette excellente recommandation (mais comment pourrait-il en être autrement avec Zola ?). Ayant adoré Germinal et l’Assomoir, je me demande si je ne vais pas me lancer dans toute la série des Rougon-Macquart. Qu’en penses-tu ?

    Des bises et à bientôt !

  • 28 juin 2017 à 0 h 27 min
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    Merci Sophie pour ce long message, je suis ravie d’avoir de tes nouvelles, même si j’aurais préféré que tes enfants n’aient pas de fièvre, les pauvres ! Très contente aussi que tu te régales à lire l’Assommoir, j’ai vraiment adoré ! Lire la saga entière me paraît une excellente chose, mais peut-être faudrait-il l’entrecouper d’autres lectures pour éviter de se lasser. Je ne sais pas si les 20 tomes sont aussi intéressants les uns que les autres. Je n’ai pas, par exemple, un très bon souvenir de Pot-Bouille (mais je l’ai lu il y a vingt ans, mes goûts ont sans doute évolué). Tu vois, je suis en train de lire une saga d’Elena Ferrante, mais j’entrecoupe les romans d’autres qui n’ont rien à voir, et ainsi, je ne m’en dégoûte pas et en même temps, j’ai super hâte de reprendre l’histoire où je l’avais laissée.
    Pour ce qui est de se voir, of course !!! On se contacte par mail ou FB, j’ai hâte !!! Des bisous ma Sophie et à très bientôt ! 😀

  • 28 juin 2017 à 11 h 50 min
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    Allons y, effaçons ego et avarice en 2 semaines ^^

  • 29 juin 2017 à 0 h 40 min
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    Allez, une de plus dans l’équipage ! 😉 Pour moi en tout cas, ça me semble presque plus facile qu’arrêter le chocolat ! 😀
    Belle journée à toi.

  • 29 juin 2017 à 17 h 51 min
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    J’ai appris des choses, je n’avais pas trop les idées au clair sur le bouddhisme, merci d’avoir récapitulé tout ça 🙂

    Je suis très étonnée de voir qu’ils peuvent supporter deux religions à la fois, je ne pensais même pas ça possible. (ils sont peut-être plus flexibles sur le sujet que nous ?)

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  • 9 juillet 2017 à 8 h 30 min
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    Avec plaisir ! Oui c’est assez étonnant d’accepter plusieurs religions en même temps. Je trouve que cela dénote une certaine ouverture d’esprit et j’ai l’impression que la religion en Asie est moins dogmatique qu’en occident, c’est plus une philosophie de vie. Chez nous, on voit des gens aller à la messe régulièrement mais ne pas appliquer les principes auxquels ils croient (par exemple certains ne font pas preuve d’une once de générosité dans leur vraie vie) alors qu’un bouddhiste appliquera les principes auxquels il croit tous les jours dans sa vie quotidienne. Les mentalités sont différentes, cette diversité est source de richesse. Belle journée !

  • 16 juillet 2017 à 15 h 19 min
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    Ah la religion, un vaste sujet. Je suis atheiste et pourtant je leur envie cette sensation, cette aura de calme et de serenite.

  • 17 juillet 2017 à 14 h 40 min
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    Oui, ils sont très sereins, très en harmonie avec la nature. Ils sont aussi shintoïstes, je ferai un billet dessus prochainement 🙂

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