Chagrin d’école, de Daniel Pennac

À moins de vivre dans une grotte, vous le savez tous, c’est la rentrée. Rentrée littéraire, dont je parlerai dans les semaines qui viennent au gré de mes lectures dès la semaine prochaine, mais aussi rentrée des classes.

Que l’on soit enfant ou adulte, on se rappelle tous la joie, l’excitation, la peur que l’on a pu éprouver chaque année au début du mois de septembre. Parfois on l’éprouve encore pour ses propres enfants (qui sont souvent moins stressés que nous). J’ai donc décidé de présenter un livre qui parle de l’école.

J’aime beaucoup les romans que j’ai pu lire de Pennac ainsi que son essai Comme un roman. J’avais envie de lire depuis bien longtemps ce titre-là mais avais toujours repoussé le moment de le faire. La perspective de la rentrée des classes m’a incitée à m’y plonger enfin.

Ce livre n’est pas un roman mais un essai. L’auteur s’exprime à la première personne et entrecoupe ses réflexions sur l’école de passages autobiographiques. Il faut savoir en effet que Daniel Pennac, même s’il est devenu professeur de français puis écrivain était au départ ce qu’on appelle un cancre.

Son essai n’est pas rébarbatif du tout car il est écrit de manière très vivante. Il instaure divers dialogues, parfois entre lui-même lorsqu’il était élève en difficulté et lui devenu adulte.

Il évoque avec tendresse certains enseignants qui l’ont marqué et aidé et il est intéressant de remarquer qu’ils étaient très différents les uns des autres, ce qui confirme l’idée qu’il n’existe pas une méthode, et a fortiori une méthode unique pour s’y prendre avec les enfants ou les jeunes.

Il parle surtout de la solitude et de la douleur des mauvais élèves, mis à l’écart par leurs camarades, leurs professeurs leur famille, la société entière. Il insiste sur le fait que les enseignants, qui sont généralement d’anciens très bons élèves, ne comprennent pas toujours les difficultés de ces malheureux gamins perdus.

 » Seulement à ne s’envisager aucun futur, on ne s’installe pas non plus dans le présent. On est assis sur sa chaise mais ailleurs, prisonnier des limbes de la déploration, un temps qui ne passe pas, une sorte de perpétuité, un sentiment de torture qu’on ferait payer à n’importe qui, et au prix fort. »

Cet essai a le mérite de considérer les cancres, de les mettre à l’honneur, pour une fois, et sans doute les enseignants devraient-ils tous le lire afin de se rendre compte des difficultés de certains à concevoir ce qui leur paraît évident.

 » Les cancres se nourrissent de mots. »

J’ai trouvé que ses réflexions sur l’école étaient très positives et bienveillantes mais que cela confinait parfois un peu à l’angélisme. Pennac imagine d’ailleurs ce « reproche » dans les dialogues qu’il invente, mais selon moi, ne parvient pas tout à fait à éviter cet écueil. J’ai eu parfois l’impression que les élèves dont il parle dans cet essai étaient peut-être un peu loin de la réalité (le livre n’a « que » dix ans !) ou en tout cas de la réalité qu’on nous montre, notamment dans les médias.

Sa façon de s’exprimer est simple et sans détours et les multiples exemples qu’il propose donnent de la vivacité à l’ensemble. La scène du chien, au début du livre est excellente et m’a bien fait rire. Mais j’ai regretté qu’il n’y ait pas davantage d’humour comme c’était le cas dans les autres œuvres que j’ai lues de lui.

Et vous, quel est/a été votre rapport à l’école ?

Chagrin d’école, de Daniel Pennac

Essai paru en 2007.

304 pages chez Gallimard (collection Blanche). 

Prix Renaudot.

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10 commentaires sur “Chagrin d’école, de Daniel Pennac

  • 1 septembre 2017 à 19 h 22 min
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    Je vais commencer ma première année de master enseignement en vu de devenir professeur d’arts plastiques et ce livre il faut absolument que je le lise je pense. J’avais déjà essayé quand j’étais enfant moi même mais je pense que ce n’était pas le bon moment. Là, par contre, je vais directement l’acheter.

  • 2 septembre 2017 à 6 h 28 min
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    Ah en effet, tu es particulièrement concernée et j’espère que cet essai te plaira ! Courage pour ton année et ta rentrée 😉

  • 2 septembre 2017 à 9 h 09 min
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    Ta chronique est très intéressante, tu me donnes envie de lire cet essai. J’vais plutôt commencer par lire le Pennac qui traîne depuis bien trop longtemps dans PAL maismerci pour cette découverte ♥

  • 2 septembre 2017 à 12 h 09 min
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    Je ne sais pas de quel autre livre il s’agit, mais je pense que tu vas passer un bon moment avec cet auteur 😉 Bonne lecture !

  • 2 septembre 2017 à 13 h 45 min
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    Tu m’as donné définitivement envie de lire ce livre. Moi qui, comme tu sais, suis toujours preneuse de classiques en langue française. Je pense qu’il a raison sur le fait que les profs sont d’anciens très bon élèves, qui ne comprennent pas les difficultés que peuvent rencontrer les « mauvais élèves ». Je suis moi-même souvent démunie face à cela.

  • 3 septembre 2017 à 15 h 12 min
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    Tant mieux si ce billet t’a donné envie de lire cet ouvrage ! Je pense qu’il est très difficile de voir quelqu’un buter sur quelque chose qui nous paraît simple, on le voit quand on est prof mais aussi quand on est parent. Bonne lecture et bonne rentrée à toi et tes petits demain 😉

  • 4 septembre 2017 à 21 h 34 min
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    Je n’ai jamais aimé l’école. J’ai eu une institutrice très méchante qui m’a dévalorisé. Je me suis trompé de voie dans mes études secondaires. Et j’ai fini à l’Ecole Normale ! Je n’ai donc jamais quitté l’école. J’enseigne maintenant depuis 34 ans !
    Et j’ai lu ce livre. Je ne me souviens pas de grand-chose, mais c’est un bouquin à lire par tout le monde, enseignants ou pas.

  • 5 septembre 2017 à 15 h 31 min
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    Ah c’est amusant, tu as un peu le même parcours que Pennac (tu devrais écrire aussi 😉 ). Je suis bien d’accord, c’est un livre à mettre entre toutes les mains. Ton exemple et le sien montrent bien que tout n’est pas joué dès le départ, que l’on peut changer. Qui sait, les meilleurs enseignants sont peut-être ceux qui n’ont pas aimé l’école parce qu’une fois devenus des maîtres, ils la présentent autrement à leurs élèves et la transforment pour la leur faire aimer…

  • 10 septembre 2017 à 19 h 54 min
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    J’ai lu ce livre il y a pas mal de temps et il est toujours dans ma bibliothèque. Il m’arrive de le prêter. J’ai beaucoup aimé. Daniel Pennac y restitue avec tendresse, humour et subtilité, le vécu de ces « jamais premiers » de classe. Comme je travaille avec des enfants en difficulté de lecture, ça me parle. Un livre toujours au goût du jour. A faire lire à certains profs d’ailleurs 😉

  • 17 septembre 2017 à 2 h 05 min
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    J’imagine effectivement, si tu es confrontée à un public d’enfants, que cet essai a des résonances particulières pour toi. Souvent, ces derniers de la classe sont très attachants, et une fois sortis du système qui ne leur est pas adapté, ils réussissent et sont heureux, et tant mieux ! Je pense que c’est aussi un livre à faire lire à ces cancres, pour leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils peuvent être compris et qu’ils réussiront bien quelque part, plus tard. Bon dimanche !

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