La chambre des époux d'Éric Reinhardt

La semaine dernière, je vous parlais de la rentrée scolaire. Aujourd’hui, voici mon premier billet sur la rentrée littéraire 2017. J’ai fait une petite sélection de romans que j’avais envie de découvrir. 

Celui-ci, dont l’auteur m’était inconnu, bien que traitant d’un sujet très difficile m’a paru intéressant car mes deux librairies préférées inscrivaient sur un cartouche que c’était un top de la rentrée littéraire…

Eh bien j’espère que les prochains me plairont davantage, parce que pour moi, ça a plutôt fait flop. Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé, mais pas aimé du tout, j’ai peiné à le finir et vais vous expliquer pourquoi.

Les premières phrases, abruptes, plongent le lecteur dans une ambiance angoissante : la femme du narrateur-auteur vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer aigu. Ensemble ils décident de se battre, chacun à sa manière : elle, en luttant contre la maladie de toutes ses forces, lui, en terminant un roman en un temps record. Ce double défi permettra à chacun de surmonter sa peur, et qui sait, de vaincre le mal. L’idée en soi est plutôt intéressante.

Mais le roman prend une direction inattendue et selon moi inutile car très redondante. À la moitié de son livre, l’auteur imagine une fiction à partir de cette histoire vécue et invente le personnage de Nicolas, compositeur célèbre dont la femme Mathilde est atteinte de cette même maladie. Ensemble, ils décident de se battre, chacun à sa manière : elle, en luttant contre la maladie de toutes ses forces, lui, en créant une symphonie en un temps record. Vous voyez, ma phrase est quasi la même que dans le paragraphe précédent. Eh bien là c’est pareil, on a exactement la même histoire avec moult répétitions. Non seulement cette mise en abyme est très agaçante à lire, mais en plus elle n’apporte selon moi strictement rien au propos. Déjà que le roman ne fait que 176 pages, si on divise par deux il ne reste plus grand chose…

Une fois sa femme guérie, Nicolas tombe amoureux de Marie, qu’il a rencontrée lorsqu’elle était en rémission et qui se meurt quelques temps plus tard après une rechute. Il pense que la force de ses sentiments (et de sa verge, il insiste beaucoup sur ce point, ce qui ne relève pas son propos, croyez-le bien) permettra à la moribonde de survivre. Il quitte donc provisoirement sa femme pour passer deux mois avec Marie qu’il veut sauver. Qu’est-ce qu’il est sympa cet homme-là, j’adore !

Après avoir rédigé ce billet, j’ai pu lire que la critique faisait l’éloge du style de l’auteur, sans toutefois développer en quoi le texte était prétendument bien écrit. Personnellement, je ne lui ai rien trouvé d’extraordinaire si ce n’est l’extrême lourdeur et l’insupportable côté répétitif et syncopé (les dialogues sont presque toujours inachevés). Bref, je n’ai pas été conquise du tout par l’écriture qui m’a paru d’une platitude terrible.

« Nicolas est venu à Milan pour s’abîmer en Marie, Nicolas ne souhaite rien tant que s’abîmer en Marie, Nicolas est sur le point de s’abîmer en Marie, c’est ce que Nicolas aurait signifié avec les siens aux yeux fixes de Marie posés sur son visage, et peut-être même à ses oreilles, avec des mots : Je suis venu pour m’abîmer en vous, Marie, si Marie en cet instant précis ne lui avait pas demandé, coupant court à tout aveu décisif, si Nicolas avait faim, s’il voulait qu’elle lui apporte quelque chose à manger, à quoi Nicolas répond qu’il n’a pas faim, qu’il a dîné à Roissy, mais qu’il boira volontiers quelque chose. »

Outre le style, je n’ai pas non plus été séduite par les personnages. Qu’il s’agisse du narrateur ou de son double de papier, le personnage masculin est odieux. « Moi, moi, moi ». Encore une fois, et c’est hélas fréquent dans la littérature française contemporaine, l’auteur ne sait parler que de lui, de ses sentiments, de son désir animal, bref, de son nombril. Il évince ainsi les personnages féminins et le cancer lui-même – qui aurait pu être traité comme un personnage à part entière.

Bref, l’ego surdimensionné de Nicolas, meilleur compositeur de son temps et adulé, clone de l’auteur – dont le roman écrit pendant la maladie de sa femme lui a permis d’accéder à la célébrité – ne m’a pas émue le moins du monde et m’a profondément lassée. Beaucoup de prétention, d’égotisme et de vacuité qui tourne autour de l’auteur. Un livre à mettre sur orbite pour qu’il continue de tourner… dans le vide.

La chambre des époux, d’Éric Reinhardt

Roman paru en 2017. 176 pages chez Gallimard (collection Blanche). 

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20 commentaires sur “La chambre des époux, d’Eric Reinhardt

  • 8 septembre 2017 à 10 h 26 min
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    Son premier livre m’avait mise très mal à l’aise…
    Toutefois je dois dire que son style m’avait plu, recherché, enlevé, différent. Je ne pense pas que je lirai celui-là.
    Belle journée Sandra.

  • 8 septembre 2017 à 11 h 52 min
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    Dans ce roman en tout cas, j’ai trouvé le style prétentieux, mais je ne connais pas ses autres oeuvres qui étaient peut-être meilleures… Belle journée Marie !

  • 8 septembre 2017 à 12 h 53 min
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    Je n’ai rien lu de cet auteur !
    Le passage que tu notes donne un aperçu de l’écriture, cela interpelle un peu

  • 8 septembre 2017 à 13 h 22 min
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    Le style d’un auteur, c’est toujours assez particulier : on entre dedans ou on n’aime pas. Là, je n’ai pas accroché, tant pis ! Bon week-end !

  • 8 septembre 2017 à 14 h 04 min
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    J’ai justement vu la promo de ce roman avec l’auteur ce matin sur la 2, « Dans quelle éta-gère ? » et ça me donnait envie. Mais effectivement, l’extrait que tu mets rebute un peu…

  • 8 septembre 2017 à 17 h 25 min
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    Si la promo du roman t’a plu, n’hésite pas à le lire, peut-être apprécieras-tu davantage que moi ! Les goûts et les couleurs… 😉

  • 8 septembre 2017 à 19 h 40 min
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    J’avais lu un article sur le même ouvrage qui m’avait donné envie de le lire, mais le tien me fait totalement hésiter et je pense que je vais le retirer de ma wish list. C’est toujours intéressant d’avoir les deux points de vu.

  • 9 septembre 2017 à 3 h 28 min
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    Tout à fait ! Mais un roman qui ne m’a pas plu peut tout à fait plaire à d’autres. Je donne toujours un avis sincère et argumenté mais (et heureusement !) ce roman peut tout à fait trouver son lectorat. Seulement là, clairement, je ne fais pas partie des gens qui ont apprécié ce livre.

  • 9 septembre 2017 à 16 h 35 min
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    Tu es la deuxième que je lis qui n’a pas aimé ce livre… Ca donne franchement pas envie ! Je vais donc passer mon tour…

  • 10 septembre 2017 à 11 h 58 min
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    Je comprends. Je n’ai vraiment pas aimé ; cependant, tu peux sans doute trouver des critiques plus positives…

  • 11 septembre 2017 à 8 h 37 min
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    Quel dommage en effet ! Personnellement j’avais beaucoup aimé « L’amour et les forêts » même si le sujet était dérangeant et j’avais même été étonnée qu’il n’obtienne pas de prix cette année-là. Mais je ne connais aucun autre de ses romans et j’avais bien sûr noté le dernier dans ma liste de lecture de la rentrée. Bon ce que tu en dis, fait que je le place loin sur la liste…J’en ai tant encore à découvrir et comme on ne peut tout lire, il faut bien faire des choix et donc je me fis davantage à l’avis de blogueuses avisées, plutôt qu’à celui des libraires, car on ne peut renier l’aspect financier de leurs promotions…Un grand merci pour ton ressenti

  • 11 septembre 2017 à 12 h 50 min
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    Merci pour ton adorable commentaire. Je pense qu’hélas, tu as raison lorsque tu soulignes l’aspect financier des « coups de coeur » de certains libraires. Là, franchement, je me suis demandé ce qui avait bien pu leur plaire… Du coup, je change complètement pour ma sélection de rentrée. Je lis en ce moment mon classique du mois, mais ensuite, je vais lire Bakhita de Véronique Olmi et Sauvez les meubles de Céline Zufferey. C’est intéressant de lire des femmes, je les trouve globalement bien moins prétentieuses dans leur écriture. À suivre ! Je vais aller voir sur ton blog ce que tu as lu ou prévois de lire pour cette rentrée 😉

  • 12 septembre 2017 à 9 h 49 min
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    Je lis beaucoup d’avis mitigés sur ce roman, pourtant j’aime bien l’auteur (et son L’amour et les forêts surtout) dommage pour celui-ci…

  • 12 septembre 2017 à 11 h 39 min
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    Tu es la seconde à me parler (en bien) de L’amour et les forêts. Peut-être le lirai-je, histoire de ne pas rester sur cette mauvaise impression ? Alors merci pour ce conseil de lecture 😉

  • 18 septembre 2017 à 20 h 26 min
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    Tu as encore moins aimé que moi!

  • 19 septembre 2017 à 1 h 11 min
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    Est-ce possible ? 😉 Je m’en vais consulter ta critique.

  • 27 septembre 2017 à 16 h 45 min
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    Bien, bien, bien… Moi qui hésitais à le lire (partant d’un désir fort qui s’est peu à peu évanoui), au vu de ta critique massacrante je crois que je vais m’en abstenir ! Les avis sont de plus en plus négatifs j’ai l’impression ^^ Dommage pour cette fois…

  • 28 septembre 2017 à 15 h 10 min
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    Bienvenue dans mon petit univers 😉 Je n’ai pas encore lu beaucoup de critiques sur ce roman et c’est avec lui que je découvre l’auteur, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne m’a pas plu. Cela dit, il peut tout à fait convenir à d’autres lecteurs, je ne connais pas encore assez tes goûts littéraires ; dommage mais celui que j’ai lu ensuite, Bakhita, m’a beaucoup plu alors ça va 😉

  • 2 octobre 2017 à 11 h 55 min
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    Je partage absolument ton point de vue. Et pourtant, j’ai tant aimé « L’amour et les forêts »… Ca a été une vraie déception pour moi!

  • 2 octobre 2017 à 14 h 43 min
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    J’ai effectivement lu beaucoup de gens encenser L’amour et les forêts mais son dernier roman a l’air d’avoir déçu pas mal de lecteurs…

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