Check-point de Rufin

Le début est sympathique : un convoi humanitaire composé de cinq personnes (une jeune femme et quatre hommes) à bord de deux vieux camions, s’élance de Lyon pour venir en aide aux victimes de la guerre en Yougoslavie. Les protagonistes ne s’entendent pas, la tension est palpable et le lecteur sent bien que des secrets pèsent sur leur mission. L’ensemble est plutôt bien écrit, le plus souvent du point de vue de la jeune femme et on est d’abord pris par le suspens.

Mais très vite, on se rend compte que les personnages ne sont pas attachants et pas plausibles pour deux sous : par exemple l’héroïne, qui s’est toujours gardée pure par orgueil et enlaidie par crainte de plaire va découvrir l’amour : c’est convenu, cliché et surtout très peu crédible dans les circonstances du roman. De même plus loin dans l’intrigue, elle est sérieusement blessée lors d’une péripétie mais ses douleurs disparaissent comme par enchantement immédiatement après puisqu’elle parvient à transporter des objets du camion à la maison qui va l’accueillir pour la nuit, elle range, fait le ménage, la cuisine… Et tout à l’avenant. On n’y croit pas un instant, et du coup on est déçu. Ce livre est décevant d’un point de vue humain : la construction psychologique des personnages n’est pas rigoureuse et la réflexion sur la raison d’être des missions humanitaires, pourquoi on s’investit vraiment, la générosité ou le don pro bono ne sont jamais vraiment approfondis ; de même, l’aspect historique est à peine esquissé si bien qu’on n’apprend rien non plus sur la guerre en ex-Yougoslavie qui n’est qu’une simple toile de fond et un prétexte à ce huis-clos itinérant. Seuls les paysages sont décrits mais ne suffisent pas à bouleverser le lecteur, ou en tout cas pas la lectrice que je suis.

Lorsque l’on a terminé le roman, on croit que c’est fini… mais non. Le pire, c’est la postface où l’auteur explique le message qu’il a voulu nous faire passer dans ce roman à partir de l’étude du titre. Au cas où on n’aurait pas compris. Prendrait-il ses lecteurs pour des idiots ou s’est-il rendu compte que son roman ne tenait pas tout à fait la route (sans jeu de mot pour cette sorte de road book) et a-t-il cherché à se justifier ? Assurément un roman insipide et décevant, qui ne marquera sans doute pas la littérature française.

« Dans le camion, c’était l’heure que Maud préférait. Le soir d’automne s’installait lentement ; la fraîcheur ne contraignait pas encore à remonter les vitres. Le volant de bakélite était si large qu’il fallait écarter les bras pour le manœuvrer. Il transmettait les vibrations du moteur et, dans les montées, Maud avait l’impression de tenir l’encolure d’une énorme bête. Ils avaient quitté Lyon dix jours plus tôt. Les journées s’étaient succédé, assez semblables les unes aux autres, malgré la variété des paysages. Après le tunnel du Mont-Blanc, ils avaient longé la vallée d’Aoste puis suivi la plaine du Pô sur toute sa longueur. L’arrière-saison donnait des lointains lumineux et faisait ressortir les petites flèches noires des cyprès sur des ciels d’un bleu soutenu. »

Check-point, de Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française

Roman français paru en 2015 chez Gallimard (collection Blanche). 386 pages.

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4 commentaires sur “Check-point de Jean-Christophe Rufin

  • 23 février 2016 à 13 h 27 min
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    Ça m’est si souvent arrivé de lire des « Post-face » d’explications qui semble préjuger de notre manque de finesse :p c’est vrai que c’est énervant surtout quand l’explication fournie est bateau!

  • 23 février 2016 à 13 h 39 min
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    C’est vrai que c’est assez agaçant ; la dernière impression d’un roman est importante, et là… la postface a confirmé ma mauvaise opinion, dommage.

  • 9 décembre 2016 à 16 h 31 min
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    Bon bah j’espère que cette lecture sera plus plaisante pour moi qu’elle ne l’a été pour toi ! Etonnant cette postface, je comprends ton agacement 🙂

  • 10 décembre 2016 à 2 h 14 min
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    Bien sûr je te souhaite de prendre plus de plaisir que moi à lire ce roman. Je serai curieuse d’aller lire ton avis quand tu l’auras lu !

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