Le coma des mortels de Maxime Chattam

Lorsqu’on doit attendre des heures dans les aéroports ou les avions, il est toujours intéressant d’avoir de quoi lire. Pendant les vacances, j’aime bien ouvrir mon horizon de lecture. Comme j’avais beaucoup entendu parler (en bien) de Maxime Chattam et qu’on m’a donné son roman Le coma des Mortels, je me suis lancée.

Au tout début, un narrateur nous interpelle directement avec des phrases courtes, efficaces et nous promet une histoire passionnante. Il vient de changer de vie et s’est rebaptisé Pierre. Il opère ensuite un long retour en arrière pour nous expliquer comment et pourquoi il en est arrivé là. Tout tourne prétendument autour du meurtre de son amie Constance.

Ne vous fiez pas au début, la suite (longue) est d’une vacuité incroyable. Je me suis ennuyée à mourir. On croit que l’on s’apprête à lire un polar, mais il n’en est rien. Le meurtre de Constance est relégué au dernier plan, on ne parle plus d’elle du tout pendant les trois-quarts du roman, puisqu’une interminable digression est opérée. Prendre ses lecteurs pour des pigeons est assez prétentieux et se faire berner assez désagréable. Alors de quoi parle ce roman ?

De Pierre. De Pierre. Et de Pierre. Le personnage principal est affligeant : égocentrique au possible, il craint d’être victime d’une malédiction puisque de manière tout à fait improbable et invraisemblable, tous les gens qui l’entourent tombent comme des mouches sous les coups d’un assassin. Mais ces morts ne sont qu’un prétexte pour parler d’un homme jeune, tourné uniquement vers ses désirs égoïstes, qui se croit et se prétend jouisseur et cynique alors qu’il est un solitaire triste et immature. Je n’ai ressenti aucune pitié pour lui, aucun intérêt pour sa personnalité. Il écrase tous les autres, ce qui ne laisse pas de place aux personnages secondaires du roman, véritables caricatures (la nymphomane, le psy psychopathe, la jolie fille excentrique etc).

Le pire, c’est que Pierre se prend pour quelqu’un de supérieur ; lui a tout compris à la vie : il faut profiter. Mais il confond l’épicurisme et l’hédonisme et ne voit même pas ses propres contradictions quand il incite par exemple à la fin les lecteurs à agir de même, comme une rébellion contre à la société actuelle alors qu’il en est une caricature vivante, obsédé par le sexe, la superficialité (il est incapable d’avoir des rapports humains normaux en amour comme en amitié), la grande vie de richissime. Berk.

Des contradictions, on en trouve aussi dans le scénario : Pierre part travailler au zoo alors qu’il a quitté son job quelques chapitres avant, il avait pris soin de nous préciser qu’il avait mis de l’argent de côté et qu’il pouvait donc vivre quelques temps sans métier. Ce que lui donne un personnage secondaire, Antoine, à la fin du roman est un coup de théâtre comme par hasard très opportun même si ce n’est évidemment pas crédible pour deux sous. Le revirement total du héros qui voulait mourir après une simple discussion avec Antoine est invraisemblable. L’aspect complètement incroyable de l’intrigue m’a agacée au plus haut point.

Mais le pire réside sans doute dans les clichés enfilés comme des perles sur un collier. On se croirait au café du commerce en train de parler à un ado qui veut vous apprendre la vie alors qu’on pourrait être sa mère. Pitoyable. L’image qu’il a du monde, et en particulier de l’amour est d’une tristesse dégoulinante de cynisme désabusé sans une once d’humanité. Les hommes sont tous des animaux uniquement préoccupés par la baise (c’est son propre terme, utilisé à maintes reprises, car comme on le voit, la vulgarité n’existe pas seulement dans les thèmes mais aussi dans le style, si on peut appeler ça du style). De même, les dictons nombreux tous aussi éculés les uns que les autres ponctuent le roman, comme si Pierre détenait la Vérité et se faisait philosophe pour nous faire partager ses profondes réflexions sur le monde.

« Le mensonge qu’on entretient avec soi-même est essentiel à l’équilibre de notre propre psyché. »

« Je crois qu’on est ce qu’on fait de sa vie. »

« Je vis donc je souffre »

« Il faut profiter des moindres occasions avec les gens qu’on apprécie. Car on peut les perdre à tout moment. »

« On a toujours le choix dans la vie. Même quand la vie semble nous dire le contraire. C’est une question de priorité. »

En bref, passez votre chemin, ce livre n’a aucun intérêt, il ne vous permet, ni de vous évader, ni de vous faire réfléchir, ni de présenter une façon d’écrire nouvelle ou intéressante. Le seul avantage de ce livre, c’est que comme mon avion avait une heure de retard ça m’a occupée un peu… Je ne sais pas si je suis mal tombée ou si tous les romans de l’auteur sont de la même veine, mais cela ne m’incite pas du tout à essayer autre chose de lui.

Le coma des mortels, de Maxime Chattam

Roman paru en 2016. 400 pages chez Albin Michel. 

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8 commentaires sur “Le coma des mortels, de Maxime Chattam

  • 28 juillet 2017 à 9 h 46 min
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    Salut ^^
    Alors je te rassure, même si je n’ai pas lu celui-là (mais que je comptais le faire), les autres livres de Chattam sont bien différent et sont des thrillers vraiment bons. Je pense que l’on ne t’as pas donné le bon livre pour commencer 😉
    Tu devrais essayer « la trilogie du mal » que tu peux désormais trouver en intégrale, mais dotn le premier volume est « l’âme du mal ».
    On m’a également dit beaucoup de bien de « la conjuration primitive » et du « 5éme régne ».
    Bonne lecture et bon voyage (j’adore tes insta ^-^)

  • 29 juillet 2017 à 17 h 14 min
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    Merci pour ton message. Oui c’est vrai, j’ai lu partout que Chattam était le roi du suspense, mais là, ce n’est pas le cas. Sans doute as-tu raison : ce n’est pas son meilleur roman ou il n’est pas représentatif du talent de l’auteur. Je ne sais pas si j’en lirai d’autres, mais je note tes conseils, merci ! Merci pour les insta, je suis en vacances et donc je ne vais pas tarder à mettre quelques photos avant de faire un article à la rentrée sur mes pérégrinations… 😉

  • 31 juillet 2017 à 10 h 14 min
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    Je ne sais plus du tout quoi penser de cet auteur ! Tout comme toi, j’ai entendu beaucoup de bien de lui et en même temps, tu as publié la deuxième chronique très négative d’un livre de cet auteur que j’ai lu jusqu’à présent, et vos commentaires me feraient presque fuir ! Je pense que je vais mener mon enquête sur ses livres avant de commencer quoi que ce soit…

  • 31 juillet 2017 à 17 h 39 min
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    Il vaut mieux parce que celui-ci n’est vraiment pas réussi de mon point de vue. Il m’a beaucoup déçue mais il plaît sans doute à d’autres. Fais-toi ton avis 😉

  • 4 août 2017 à 13 h 20 min
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    Je te crois volontier quand tu dis que Maxime Chattam n’a pas de style et que ce livre n’est pas intéressant, c’est tellement dommage ou alors c’est le dégât collatéral quand on est sur médiatisé, j’avais commencé à le découvrir une unique fois avec son premier tome d’Autre Monde que je n’avais mais alors pas du tout aimé ! Style creux, personnages pâles, des clichés en veux-tu en voilà. Je voulais tenter de lire un de ses thrillers mais plus maintenant, c’est bon je suis vaccinée.

  • 4 août 2017 à 22 h 27 min
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    Ah ! Je ne sais pas si ce que tu écris me rassure ou m’effraie 😉 En tout cas, je ne suis pas la seule à avoir éprouvé ces sentiments à la lecture de cet auteur ! Je crois que tu as mis le doigt sur le problème : la sur-médiatisation trompe parfois les lecteurs et nous fait prendre des vessies pour des lanternes. Comme toi, je crois que je suis vaccinée 😀

  • 11 août 2017 à 18 h 30 min
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    Je n’ai jamais testé Chattam pour les polars. Par contre pour la saga sf autremonde de cet auteur m’a bien plu.

  • 11 août 2017 à 23 h 23 min
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    J’aurais peut-être dû commencer par là moi aussi…

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