Sukegawa-delices-tokyo

Sentarô, un homme jeune, gérant d’une boutique de dorayaki à Tokyo. Tokue Yoshii, une vieille femme handicapée. Wakana, une lycéenne. Marvy, un oiseau. Voilà les personnages principaux de cette histoire. Quel point commun peut bien les relier ?

Cette histoire commence de manière très banale. Sentarô vend des pâtisseries typiques du Japon, qui sont fourrées à la pâte de haricots rouges mais n’éprouve aucun réel intérêt pour son travail. Il utilise d’ailleurs de la pâte industrielle. Tokue veut travailler avec lui, même pour une bouchée de pain. Le jeune homme n’étant que le gérant refuse. Devant l’insistance de la vieille femme, il finit par accepter sans en parler à sa patronne. Mme Yoshii lui explique alors la recette du an, la fameuse pâte et l’initie à la cuisine.

« Toutes ces techniques étaient inconnues de Sentarô. « C’est compliqué, tout ça », laissa-t-il échapper ; ce à quoi Tokue répondit : « C’est une question de courtoisie. – Pour la clientèle ? – Non. Pour les haricots. – Les haricots ? – Oui, puisqu’ils ont fait l’effort de venir du Canada. »

Très vite, les clients vont percevoir la différence de goût et les dorayaki vont se vendre beaucoup mieux. Mais la vieille femme cache un secret qui va la rattraper, ce qui va avoir de multiples répercussions.

Ce roman assez étrange au début se révèle plein d’humanité, de poésie et de tendresse. Il traite essentiellement de la différence, de l’exclusion. Les personnages sont chacun à sa façon des exclus, des gens enfermés contre leur gré au sens propre ou figuré. L’art culinaire, mais aussi la philosophie et la poésie permettent de s’évader, de comprendre et d’apprécier la vie. Grâce à Tokue qui a pourtant vécu une vie très particulière et plutôt terrible, Sentarô et Wakana vont apprendre beaucoup sur eux-mêmes et pas seulement sur la cuisine.

« […] je suis certaine que tout le monde se demande un jour si sa vie a un sens. Pour ce qui est de la réponse… notre vie a un sens, je le sais parfaitement aujourd’hui. Bien entendu, cela ne résout pas pour autant les problèmes auxquels nous sommes confrontés, on peut parfois avoir l’impression que la vie, c’est une suite de souffrances. »

J’ai aimé les personnages, notamment la vieille Tokue. Personnage énigmatique et mystérieux au départ, elle révèle sa force, son courage et son secret au fil du roman. C’est elle qui permettra aux autres de considérer la vie autrement et de s’épanouir. La recette qu’elle délivre n’est pas seulement celle de la pâte de haricots rouges, mais bien une recette du bonheur empreinte de sagesse : elle a su vivre heureuse malgré des circonstances cruelles et peu ordinaires, et son magnifique enthousiasme force l’admiration.

J’ai beaucoup apprécié aussi Sentarô. Le récit est souvent raconté du point de vue de cet homme et cela nous permet de bien cerner sa personnalité et son évolution au cours du roman. Il se montre un peu bourru au départ, mais se révèle sensible et délicat comme les fleurs de cerisiers qu’il admire au printemps.

J’ai aimé aussi la philosophie qui se dégage de ce roman : quel que soit son parcours de vie, toute personne est importante pour le monde qui l’entoure et a un rôle à y jouer. La puissance poétique et onirique qui existe en chacun de nous est particulièrement intense, comme on le voit à la fin du roman et notamment dans le chapitre qui raconte le rêve de Sentarô.

Cet ouvrage est en même temps plein de tendresse pour les vieux, pour les gens différents ou en marge des autres. C’est donc un très beau roman, une sorte de recette du bonheur à lire absolument ! Ce livre a été adapté au cinéma, avec succès semble-t-il, mais je n’ai pas (encore) vu le film.

Les délices de Tokyo, de Durian Sukegawa

Roman japonais paru en 2016. 240 pages chez Albin Michel. 

Titre original :あん, traduit par Myriam Dartois-Ako.

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

16 commentaires sur “Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa

  • 10 mars 2017 à 10 h 27 min
    Permalink

    Comme je te l’avais écrit, j’ai lu ce livre et j’ai beaucoup aimé. L’ensemble est agréable à lire, il y règne une ambiance paisible, pleine d’odeurs et de couleurs, les personnages sont attachants. Bref j’ai passé un agréable moment à le lire.

  • 10 mars 2017 à 10 h 41 min
    Permalink

    Oui, je me souviens que tu avais beaucoup aimé, et comme je te comprends !!! C’est vrai que les personnages sont très attachants, c’est un roman plein de saveurs, à tous les sens du terme ! Bonne journée Brigitte !

  • 10 mars 2017 à 12 h 42 min
    Permalink

    Ca a l’air chouette! Je pense que je vais me laisser tenter… Peut-être après mon voyage au Japon, quand j’aurai pu goûter aux saveurs de là-bas!

  • 10 mars 2017 à 12 h 48 min
    Permalink

    Oui c’est un très bon roman ! Et surtout, profite de ton séjour au Japon pour goûter les dorayaki. La première fois que j’en ai mangé, je croyais qu’ils étaient fourrés au chocolat et je me rappelle ma déception. Mais depuis, j’aime bien cette pâte de haricots rouges. Mais cela dépend bien sûr de la qualité de la pâte 😉

  • 10 mars 2017 à 20 h 49 min
    Permalink

    Coucou 😀

    Je ne connaissais pas du tout ce livre (ni le film), mais ta chronique donne très envie de le découvrir 😀

  • 11 mars 2017 à 0 h 39 min
    Permalink

    Ah vraiment je te le conseille, c’est une petite pépite, pleine de délicatesse et de poésie, très japonaise, quoi !

  • 11 mars 2017 à 18 h 27 min
    Permalink

    Bonjour Sandra,
    Ton article est apparu « miraculeusement » sur ma page Facebook, par l’intermédiaire d’une blogueuse qui te suit déjà. Quelle belle surprise rafraîchissante de découvrir un post sur « Les délices de Tokyo », ça change de la politique (J’habite aux USA, alors en ce moment c’est la politique qui domine…)! J’ai moi aussi été complètement conquise par ce livre, qui m’a apporté une sensation de sérénité. Du coup, je l’ai offert à ma belle-maman, avec qui je partage souvent mes lectures. J’adore lire et je ne connais pas (encore) le Japon, pays qui m’étonne et m’attire. Je vais donc suivre avec grand plaisir ton blog. Cordialement, Magali

  • 12 mars 2017 à 0 h 19 min
    Permalink

    Bonjour Magali et merci pour ton charmant message. Les mystères de FaceBook et voies informatiques sont parfois impénétrables… 🙂
    Je suis contente que ce roman t’ait plu car il m’a touchée, j’ai vraiment aimé la sagesse qui émane d’une rencontre aussi banale et fortuite. J’ai hâte maintenant de voir le film. Quelle chance de pouvoir partager ses lectures avec des proches ! Je vais aller voir ton blog tout à l’heure.À très bientôt !

  • 12 mars 2017 à 7 h 42 min
    Permalink

    Je l’ai dans ma PAL mais j’attends les beaux jours pour le lire. 🙂

    En tout cas, le portrait que tu dresses de ce roman me fait espérer un très bon moment, très belle chronique. J’espère l’apprécier à sa juste valeur.

  • 12 mars 2017 à 7 h 49 min
    Permalink

    Merci pour ton compliment 🙂 La littérature japonaise est, je trouve, un peu particulière. Elle peut être très poétique et délicate, ce qui est le cas ici, pleine de sagesse séculaire. J’espère que tu aimeras ce roman autant que moi, il fait du bien et je t’assure, nul besoin d’attendre les beaux jours pour le découvrir (au contraire, il ensoleillera les derniers jours d’hiver je t’assure !) 😀
    Très bonne lecture !

  • 16 mars 2017 à 13 h 57 min
    Permalink

    Merci de m’avoir fait découvrir ce beau livre que je viens de finir. Quelle triste vie pour ces pauvres personnes atteintes de la lèpre. J’avais lu un livre se passant en Crète et abordant ce sujet de l’enfermement à vie des malades. Pour eux l’arrivée du médicament s’est faite dans les années 50 où la léproserie a été fermée.
    J’ai été très surprise de lire qu’au Japon, cela n’a eu lieu qu’en 1996 !

  • 16 mars 2017 à 23 h 37 min
    Permalink

    Oh je suis contente que tu l’aies aimé aussi ! Quelle belle leçon de vie nous offre cette vieille femme, je trouve ! Souvent ce sont des personnes qui ont souffert plus que les autres qui atteignent la sagesse et sont capables de la transmettre. Quant à la fermeture de ces établissements, en effet, elle est arrivée bien tard au Japon !

  • 18 mars 2017 à 2 h 16 min
    Permalink

    Délicieux, c’est le mot ! Merci pour ta visite par ici 🙂

  • Pingback: Le rêve de Ryôsuke de Durian Sukegawa

  • Pingback: Que lire cet été ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *