En camping-car, d'Ivan Jablonka

J’ai choisi ce livre sans avoir jamais rien lu de cet auteur. Le titre a fait surgir de bons souvenirs car j’ai pas mal voyagé en camping-car et je me suis dit que cela aurait peut-être un rapport. Et ce roman m’a en effet permis de me replonger dans mes vacances d’enfant et d’adolescente. Je n’imaginais pas à quel point !

Ivan Jablonka écrit à la première personne et trace l’itinéraire de sa liberté. Il l’associe à ses vacances en camping-car, entre son père ingénieur qui tremble de ne pas rendre heureux ses enfants, et sa mère professeure de lettres classiques qui veut lui faire partager la culture méditerranéenne dont nous sommes tous les héritiers.

Tout commence aux États-Unis lorsque ses parents expatriés pour un an, achètent un camping-car. Avec des amis qui possèdent le même type de véhicule, ils sillonnent les états et découvrent les splendeurs du monde. De retour en Europe, ils continuent de partir en vacances grâce à leur Combi Volkswagen et voyagent en Europe, au Maroc et jusqu’en Turquie.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui n’est ni tout à fait un roman, ni vraiment un essai : il est difficile à classer, mais on peut raisonnablement dire que c’est une autofiction. Je l’ai aimé parce que, toutes proportions gardées (je n’ai pas le talent de l’auteur), j’aurais pu l’écrire ou presque. J’ai sensiblement vécu les mêmes vacances que l’auteur, j’appartiens à la même génération de quadra et j’ai ressenti les mêmes émerveillements. Je me suis beaucoup reconnue dans ce qu’écrit Jablonka.

Qui n’a pas vécu les joies du camping sauvage ne comprendra peut-être pas le sentiment intense de liberté qu’un camping-car peut (ou plutôt pouvait) procurer. Je me souviens des nuits passées au pied de sites exceptionnels en France et en Europe que nous visitions le lendemain matin, à la fraîche et sans touriste avant de partir nous baigner dans une mer chaude et délicieuse. Je me souviens de notre traversée sur le bateau entre l’Italie et la Grèce (mais nous, nous avions dormi sur le pont dans des sacs de couchage, au milieu d’étudiants qui ont joué de la guitare une bonne partie de la nuit). Je me souviens de la musique que mettait mon père (une cassette !), Apache des Shadows pour nous réveiller le matin avant d’aller skier en février sur les pistes de fond dans les Pyrénées. Je me souviens que nous avions grimpé sur le toit du Combi VW pour cueillir des figues bien mûres et qu’un paysan mécontent avait accouru pour nous couvrir d’injures en grec. Je me souviens… de tellement de choses ! À l’époque, nous pouvions nous poser n’importe où, la liberté était totale ! Moi aussi, je tenais un cahier (j’ai retrouvé celui sur l’Autriche seulement, avec des prospectus et tickets d’entrée collés dedans, mais il a dû disparaître depuis dans mes déménagements).

La comparaison s’arrête là car l’auteur relie ce sentiment de liberté associé au camping-car à son histoire personnelle, à celle de ses parents et des Juifs ; il n’est pas historien pour rien. Mon histoire est évidemment différente, mes parents ne sont pas profs, je ne suis pas juive etc.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir la construction de cette liberté, dont on peut regretter qu’elle ait disparu du monde d’aujourd’hui. Bien sûr, on peut se sentir libre maintenant, mais je trouve que cela n’a rien à voir avec ce que l’on pouvait vivre dans les années 80. Notre confort et un certain conformisme ont remplacé cette liberté.

« Les biens n’avaient pas d’attrait, puisque nous les possédions déjà. La simplicité était devenue notre luxe. En ce sens, le camping-car était postindustriel. »

Tout ce qui est raconté aussi sur l’écologie de cette époque m’a également marquée. En effet, nous étions très respectueux de la nature et des lieux que nous visitions (sauf quand on volait les figues !). Ce n’était pas par effet de mode, mais tout simplement, c’était naturel. Nos ressources en eau par exemple étaient limitées par le conteneur du camping-car, on ne la gaspillait donc pas. Jamais nous n’avons laissé de déchets derrière nous, c’était inconcevable.

Ce qui m’a aussi intéressée est la différence que fait l’auteur entre la liberté et le bonheur.

« Je savais donc, et pour le restant de mes jours, que le monde était beau, que je n’en avais presque rien vu, qu’il me restait une infinité de choses à découvrir, à lire, à contempler, à entendre ou à manger. »

Bref, ce livre m’a fait l’effet d’une madeleine de Proust, il est un témoignage historique, sociologique et personnel d’une époque révolue, celle des camping-cars des années 80. Avec beaucoup de tendresse, un peu d’humour et de nostalgie, Ivan Jablonka nous montre à quel point la liberté se construit, en fonction de l’Histoire et de son histoire propre. Lui, a saisi cette chance d’être libre et on sent qu’il a à cœur de transmettre à ses enfants mais aussi à ses lecteurs cette valeur qu’il a érigée en façon de vivre.

En camping-car, de Ivan Jablonka

Roman paru en 2018. 192 pages chez Seuil. 

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

10 commentaires sur “En camping-car, de Ivan Jablonka

  • 23 février 2018 à 11 h 03 min
    Permalink

    Alors ce livre est fait pour moi 😉 J’aime lire et découvrir tout ce qui touche au voyage.
    Je regarde régulièrement la chaine Voyages avec les aventures de famille qui ont choisi un moyen de locomotion singulier ou ordinaire et qui découvrent un autre monde !
    Dans les années 80 j’ai voyagé en mode camping ou chez l’habitant 🙂

    Réponse
    • 23 février 2018 à 12 h 44 min
      Permalink

      Ah ! J’espère qu’il te plaira ! Mais tu verras, c’est aussi pour l’auteur l’occasion de tracer le chemin de sa liberté. J’ai trouvé ça vraiment intéressant. Si tu as connu les joies du camping, tu devrais te régaler ! Bon week-end Brigitte !

      Réponse
  • 23 février 2018 à 15 h 38 min
    Permalink

    Très beau billet, rempli d’émotions. Je ne sais pas quelles seraient mes impressions à la lecture de ce livre (la jurisprudence Madeleine de Proust ne m’est pas applicable), mais en tout cas il t’a marqué !
    Très bonne fin de semaine !

    Réponse
    • 24 février 2018 à 9 h 46 min
      Permalink

      Merci beaucoup Vincent ! Essaie toujours de le lire, tu ne risques pas grand chose 😉 Et on ne sait jamais, ça pourrait te donner envie de changer de façon de voyager ^^ !

      Réponse
  • 25 février 2018 à 0 h 04 min
    Permalink

    Merci pour ta chronique, tu me confortes dans l’idée que ce roman est à lire d’urgence !
    D’ailleurs je partage la même anecdote que toi : la traversée de l’Italie à la Grèce à bord d’un paquebot et la nuit passée sur le pont (parce que dans le camping-car il faisait trop trop chaud) !

    Réponse
    • 25 février 2018 à 9 h 49 min
      Permalink

      Ah oui, toi qui aimes voyager, je pense qu’il pourrait te plaire ! Oh c’est drôle que tu aies vécu la même anecdote que moi ; dans mon souvenir, nous n’avions pas le droit de dormir dans le camping-car pendant la traversée, mais peut-être mon souvenir est-il émoussé… je demanderai à mes parents s’ils s’en souviennent 😉 Bon week-end Corinne !

      Réponse
  • 25 février 2018 à 20 h 11 min
    Permalink

    Sandra, thanks! And thanks for sharing your great posts every week!

    Réponse
    • 28 février 2018 à 4 h 46 min
      Permalink

      Thanks Zeina. Can you read French books, I mean in French ?

      Réponse
  • 26 février 2018 à 8 h 21 min
    Permalink

    Je n’ai jamais rien lu de cet auteur mais j’ai déjà noté ce titre dans mon carnet. Juste pas eu encore le temps de le chercher à la médiathèque…ce que tu en dis me plaît ! J’ai aimé aussi dans ma jeunesse faire du camping sauvage mais nous n’avons pas voulu pour autant avoir un camping-car, d’autant plus que maintenant tout est devenu beaucoup plus compliqué et interdit partout… si c’est pour se retrouver parquer sur un parking aménagé, cela ne m’intéresse absolument pas. Merci pour ta chronique

    Réponse
    • 28 février 2018 à 4 h 50 min
      Permalink

      J’ai découvert l’auteur aussi grâce à ce roman. Je te comprends bien lorsque tu évoques les contraintes d’aujourd’hui pour les campings-cars, à part peut-être dans des zones assez sauvages comme la Nouvelle Zélande. Le camping-car aujourd’hui ne ressemble plus du tout à celui que l’auteur ou moi avons connu, et c’est bien dommage que ça ait disparu, je pense que ça a perdu de son charme… J’espère que tu trouveras ce roman à la bibliothèque, j’aimerais beaucoup avoir ton avis dessus. À bientôt Manou !

      Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *