L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi

Ce roman est une histoire de rencontres. Rencontre entre un passé glorieux, celui du théâtre grec antique qui nous a laissé de sublimes pièces de théâtre et le monde moderne qui veut construire des palaces au bord de l’eau pour attirer des touristes dans une crise économique sans précédent. C’est aussi la rencontre entre un petit garçon qui fait de savants calculs et un homme mûr qui cherche à tromper la peine de son deuil.

Eliot est architecte à New York mais doit rentrer au pays, la petite île de Kalamaki en Grèce, lorsque Dickie sa fille de 22 ans meurt dans un accident. Il fait alors la rencontre de la pêcheuse Maraki et de son petit garçon autiste Yannis qu’elle élève seule. Yannis compte et enregistre mentalement le nombre de clients au café local, les pesées de poissons quotidiennes rapportés par les pêcheurs.

« Les yeux sur son carnet, le mareyeur avait hoché la tête, incapable de dire un mot. Le lendemain, toute l’île savait que Yannis, l’enfant qui ne parlait presque pas, avait avec les chiffres une relation qui dépassait l’entendement. »

La narration à la 3e personne est envisagée d’un point de vue omniscient, ce qui permet au lecteur de comprendre chacun des personnages. Dans ce roman, c’est particulièrement important car il est difficile de comprendre l’enfant autiste. Pourquoi compte-t-il autant ? Pourquoi s’adonne-t-il aux origamis ? Mais la narration permet de rendre tout cela clair et d’entrer dans le monde du petit garçon.

« Yannis s’était fixé deux tâches. La première consistait à mesurer l’ordre du monde. […] L’important était que le monde soit stable. […] Plier un papier selon des règles, c’était donner une forme au chaos. »

Ce sont des solitudes qui se rencontrent, s’apprivoisent et finissent par s’attacher les unes aux autres. Mais lorsqu’on croit que le monde est à peu près en équilibre, un projet immobilier vient tout bouleverser : des promoteurs veulent construire le Périclès Palace pour sortir l’île de l’impasse économique dans laquelle elle se trouve. Eliot, suivant les traces de sa fille, propose un autre projet… Mais qui écoutera cet exilé, ce presqu’étranger ? Des débats entre les politiques, les journalistes et les kalamakiotes vont avoir lieu pour décider de l’avenir de la petite île grecque.

Tout cela va éprouver et modifier tous les habitants de l’île et notamment les protagonistes. Les héros sont attachants : ils souffrent tous à leur manière de solitude ou d’incompréhension et le lecteur espère qu’ensemble, ils parviendront à trouver une solution qui satisfasse chacun.

« — La Méduse était une jolie jeune fille. Si jolie que Poséidon, le dieu de la mer, voulait l’épouser. Les yeux sur le dessin d’Eliot, Yannis resta immobile. Chacun était comme il était. Petit ou gros ou maigre ou brun… Ça, c’était clair. Mais joli ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? — Avant, la Méduse avait de beaux cheveux, reprit Eliot. Maintenant, elle a des serpents. — Être joli, c’est quand on n’a pas des serpents comme cheveux ? — Cela ne suffit pas toujours. On dit qu’une jeune fille est jolie si l’on a plaisir à la regarder. Qu’est-ce qui te fait plaisir à regarder ? Le garçon réfléchit : — Les nombres. »

L’écriture élégante et sans artifice sonne juste et on ne peut qu’être touché par l’intrigue et les personnages. J’ai regretté que la mère de l’enfant ne soit pas davantage développée car les autres personnages ont une réelle épaisseur tandis qu’elle est plus légèrement abordée. Cela dit, cela ne m’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir à lire ce roman qui a pour cadre des paysages que j’adore et connais bien.

L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi

Roman paru en 2016. 304 pages chez Grasset.

Prix Méditerranée 2017

Grand Prix du Meilleur Roman des Lecteurs « Points » 2017

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4 commentaires sur “L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi

  • 11 mai 2018 à 14 h 47 min
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    Ce livre est dans ma liste depuis sa sortie…en fait je l’avais complètement oublié 🙂 Grâce à toi il va refaire surface et je le fais remonter un peu plus près ! Il faut dire que j’ai beau tenir une liste précise de tout ce que je veux lire, c’est rarement ce que j’emprunte quand je vais à la médiathèque, je me laisse très souvent tenter par autre chose…Merci pour cette belle chronique

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    • 15 mai 2018 à 14 h 13 min
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      Moi c’est pareil, je me fais une petite liste que je ne cesse de remanier selon mon humeur ou un conseil que je glane ici ou là. Si bien que parfois, j’en oublie quelques idées en route. Cela dit, je n’aurai jamais le temps de lire tout ce que j’aimerais…

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  • 11 mai 2018 à 20 h 20 min
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    Ce livre a l’air émouvant. Et le cadre magnifique. Une belle découverte en perspective. On dit merci qui ? Merci Sandra 😀

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