Bondoux Mourlevat et-je-danse-aussi

Mourlevat et Bondoux nous proposent un roman épistolaire moderne et très sympathique. Un des deux personnages principaux s’appelle Pierre-Marie Sotto ; il est un auteur célèbre d’une soixantaine d’année, a écrit une douzaine de romans et a même reçu le prix Goncourt ; il se trouve dans une impasse créative. Il reçoit un jour une grosse enveloppe kraft et pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, envoie un mail à l’expéditrice Adeline Parmelan, pour lui expliquer qu’il n’est pas éditeur, qu’il ne souhaite pas ouvrir l’enveloppe mais la lui renvoyer si elle accepte de lui donner son adresse postale.

À partir de là, une correspondance abondante par mail va naître, donnant au lecteur l’occasion de découvrir en profondeur chacun des personnages. Grâce à la forme épistolaire, chaque protagoniste s’exprime à la première personne, ce qui permet de sonder Pierre-Marie autant qu’Adeline.

L’enveloppe que refuse d’ouvrir Pierre-Marie contient un secret qui réunit nos deux héros plus qu’on ne saurait l’imaginer. D’autres personnages vont entrer dans la danse : Oliver, l’éditeur de Pierre-Marie, Max et Josy, le couple d’amis fidèles de l’écrivain et une admiratrice, Lisbeth.

« Moi, je suis trop cérébral. Je chante faux, je danse comme un ours. Merci de brosser de vous ce portrait sans complaisance. Il vous donne une humanité qui me touche. Qu’il soit fidèle ou non m’importe assez peu au bout du compte. C’est comme dans les romans : l’important est qu’on soit intéressé, vous ne pensez pas ? Bonne journée à vous ! Pierre-Marie »

J’ai d’abord aimé l’histoire ; même si un écrivain en panne d’inspiration pourrait sembler assez cliché, l’intrigue rassemble des personnages très différents, qui vont apprendre à se connaître et à se comprendre au fil des messages qu’ils s’envoient. J’ai apprécié l’idée qu’il est parfois plus facile de se raconter à un inconnu qu’à un proche, thème qui est largement développé dans ce roman. L’intrigue laisse une large part à l’amour, à la perte et au deuil et ce n’est jamais ni mièvre ni larmoyant mais au contraire plein d’entrain et d’espoir. Les auteurs ont réussi à aborder ces thèmes de manière enjouée et positive ce qui n’exclut pas une certaine profondeur.

« Savez-vous qu’il existe de par le monde quantité d’écrivains dont le seul tort est de n’avoir jamais rien écrit ? J’ai la conviction qu’on croise au quotidien ou presque des Proust, des Kafka, des Faulkner qui ne le savent pas et qui restent agents immobiliers, professeurs de judo ou moniteurs d’auto-école. J’exagère à peine. À l’inverse, je connais pas mal d’écrivains qui sont les seuls à penser qu’ils le sont, mais c’est un autre sujet. […] 

J’ai reçu votre message comme on reçoit un bonbon. Je l’ai posé sur ma langue, et je l’ai laissé fondre doucement durant toute la journée d’hier, au gré de mes promenades. Le goût en était tantôt sucré, tantôt amer, changeant comme le ciel. Vos mots m’ont accompagnée à travers la pinède pleine de genêts en fleur, et sur les dunes herbeuses qui bordent la Grande Plage, le long de la côte ouest de l’île. Tandis que j’assistais au spectacle des cerfs-volants et à une course de chars à voile, je vous imaginais en train de bricoler votre terrasse. Vous avez sans doute raison, nous ne sommes pas assez flamboyants, pas assez fous, pour devenir des héros de roman. »

Une partie de l’intrigue nous est dévoilée d’abord très parcimonieusement puisqu’un des protagonistes cache un secret à l’autre, qui sera révélé à la fin. Et progressivement, le roman devient presque un policier, et le suspens croissant comble le lecteur. Je ne m’attendais pas à certains éléments du dénouement, j’ai été agréablement surprise.

Je n’avais lu auparavant qu’un roman pour la jeunesse de Mourlevat, et que j’avais trouvé vraiment très drôle, et je retrouve ici cet humour qui m’avait charmée. Par exemple le passage où Pierre-Marie envoie un mail à ses amis qui n’ont pour leur couple qu’une seule adresse mail est très amusant : il narre deux fois sa rencontre avec Lisbeth dans un même message, l’une à destination de Josy et l’autre à destination de Max. Ce même événement transcrit de deux façons très différentes est très plaisant. Adeline n’est pas en reste non plus, notamment lorsqu’elle évoque ses rendez-vous amoureux. Les facéties des personnages les rendent très attachants. J’ai aimé l’écriture des deux auteurs de ce roman à quatre mains. C’est un livre qui sort de l’ordinaire et vraiment très agréable !

Et je danse aussi, de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux

Roman français paru en 2015 chez Fleuve éditions. 288 pages. 

Site d’Anne-Laure Bondoux et site de Jean-Claude Mourlevat

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

18 commentaires sur “Et je danse aussi de Bondoux et Mourlevat

  • 21 mai 2016 à 2 h 23 min
    Permalink

    Tu verras, c’est vraiment un roman original et sympa ; je ne connais pas le film mais comme j’aime beaucoup Catherine Frot, je vais essayer le le trouver, merci de me le signaler ! 🙂

  • 21 mai 2016 à 9 h 00 min
    Permalink

    Merci pour ta chronique, ce livre me tente bien du coup ! Aie aie aie, encore un qui va se mettre dans ma WL 😀

  • 21 mai 2016 à 10 h 40 min
    Permalink

    Merci pour ton message ; j’espère que ce roman te plaira aussi !

  • 21 mai 2016 à 19 h 03 min
    Permalink

    Ca fait un moment que je vois ce livre et que je voulais le lire. Lire ta chronique (très bien rédigée au passage) a achevée de me convaincre ^^ Je ne connait pas encore Mourlevat, même si j’ai un de ces livres dans ma PAL, mais je te fais confiance 😉

  • 22 mai 2016 à 2 h 18 min
    Permalink

    Merci beaucoup pour ton message, j’ai hâte de savoir si ce roman te plaira aussi ; j’irai lire ta critique lorsque tu l’auras rédigée 😉

  • 10 juin 2016 à 12 h 19 min
    Permalink

    C’est un livre que j’ai beaucoup aimé ! Leur correspondance m’a beaucoup plu 🙂

  • 10 juin 2016 à 12 h 26 min
    Permalink

    Moi aussi et j’avoue que découvrir un roman d’Anne-Laure Bondoux seule ne serait pas pour me déplaire…

  • 20 août 2016 à 18 h 29 min
    Permalink

    Après avoir vu ton commentaire sur mon blog à propos de ce roman, je découvre ton avis, et suis entièrement d’accord avec toi. J’avais aussi relevé ces citations, sans finalement les mettre.
    Si tu souhaites découvrir A-L Bondoux, tu peux lire « Les Larmes de l’assassin ». Ce roman est magnifique, peut-être celui que j’ai préféré. Après, « Pépites » n’est pas mal non plus, tout comme « La Vie comme elle vient ». Mais de toutes façons, peu importe lequel, tu passeras un bon moment !

  • 20 août 2016 à 20 h 13 min
    Permalink

    Merci pour ton commentaire et tes conseils de lecture, j’en prends bonne note 😉

  • 22 août 2016 à 14 h 57 min
    Permalink

    idem, j’ai adoré le passage de la rencontre avec les deux destinataires !
    c’est un bon petit roman de détente, facile à conseiller 🙂

  • 25 septembre 2016 à 7 h 52 min
    Permalink

    Exactement ! Et justement, la fin n’est pas trop convenue, j’ai eu un peu peur mais les auteurs ne sont pas tombés dans le piège !

  • 9 décembre 2016 à 16 h 39 min
    Permalink

    Je te rejoins complètement sur cette chronique. J’ai également beaucoup apprécié tout l’humour qui s’en dégage et l’histoire que lie les deux protagonistes.

  • 10 décembre 2016 à 2 h 13 min
    Permalink

    Contente que ce roman agréable vous ait plu aussi !

  • 4 septembre 2017 à 21 h 40 min
    Permalink

    J’oublie assez vite les livres que j’ai lus et pourtant celui-ci m’est resté (partiellement) en mémoire.
    De Mourlevat, je te conseille « La balafre ». Un coup de coeur pour moi !

  • 5 septembre 2017 à 15 h 27 min
    Permalink

    Oh merci du conseil, je ne l’ai pas lu mais comme j’aime bien son humour, je note cette référence ! 😉

  • 5 septembre 2017 à 20 h 14 min
    Permalink

    Pas humoristique, un brin fantastique, mais j’ai adoré ! Je pense que « La balafre » est son premier livre…

  • 6 septembre 2017 à 1 h 52 min
    Permalink

    Ah, moi j’avais aimé un autre roman avec pas mal d’humour, je pensais que ça pouvait être sa marque de fabrique. Mais le fantastique me va très bien aussi 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *