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Voici un minuscule roman épistolaire. Le narrateur qui avait écrit dans un magazine quelques vers sur un fusil de chasse reçoit une lettre d’un inconnu, Josuke Misugi, qui se reconnaît comme le chasseur du poème. Cet homme mystérieux annonce au narrateur qu’il va lui envoyer 3 lettres dont il a été le destinataire. Le narrateur va découvrir en même temps que le lecteur ces trois missives.

On apprend ainsi à connaître Josuke Misugi à travers le regard de trois femmes. On comprend qu’il a épousé Midori mais entretenait une liaison depuis treize année avec Saïko, qui vient de mourir et qui était l’amie de Midori. C’est Shoko, la fille de Saïko, qui prend la plume la première, suite au décès de sa mère. Elle a lu le journal de sa mère avant de le brûler et a découvert leur amour et leur liaison passionnée. Shoko souhaite rompre tout lien avec Josuke puisqu’après la disparition de Saïko, plus rien ne la relie à lui désormais.

Je ne dévoilerai pas ici le contenu de chacune de ces missives pour ne pas vous priver du plaisir de les découvrir. Sachez cependant que toutes tournent autour de l’amour et de la mort, du mensonge et du secret, et que c’est l’homme qui est évidemment le pivot de ce récit.

J’ai trouvé ce roman assez paradoxal : pudeur et franchise sont tout à fait compatibles dans ce roman. En effet, servie par une plume très élégante, pleine d’une retenue toute japonaise, l’histoire néanmoins parcourt l’âme de ces trois femmes qui osent se livrer dans la dernière lettre que chacune adresse à Josuke. Elles font preuve alors d’une grande sincérité à l’égard de l’homme qui a partagé leur vie, après avoir caché chacune ses secrets.

« Je me sentais alors esseulée. J’avais oublié ta présence à mon côté et j’étreignais mon âme solitaire. Nous venions d’établir un front uni pour défendre notre amour, mais, puisque nous allions être aussi heureux qu’il est possible de l’être, pourquoi donc succombais-je à cet accès de tristesse désespérée ? »

La lettre centrale, celle de Midori, l’épouse trompée, m’a particulièrement surprise. Je n’imaginais pas une telle audace de la part d’une femme japonaise surtout à l’époque, juste après la seconde guerre mondiale. Audace dans le discours et dans les décisions qu’elle a prises ou voulu prendre. La lettre de Saïko, la maîtresse, est saisissante et terriblement émouvante aussi. La question de savoir s’il vaut mieux aimer ou être aimé-e est posée, et chacune y répond à sa manière avec un abandon aussi grand que réfléchi.

« Pourquoi faut-il que m’accable cette insupportable angoisse, à l’heure où j’affronte la mort, une mort qui sera là dans quelques heures ? Je reçois le châtiment mérité par une femme qui, incapable de se contenter d’aimer, a cherché à dérober le bonheur d’être aimée. »

Comme souvent dans la littérature japonaise, on est charmé par la pudeur et la délicatesse de l’écriture, et en même temps, on est surpris de la grande sincérité qui se dégage de l’histoire. L’écrivain est un homme et j’ai trouvé très belle sa façon d’imaginer ce que peuvent ressentir ces femmes, brisées par un même homme à l’amour destructeur.

Le fusil de chasse, de Yasushi Inoue

Roman japonais paru en 1949 au Japon et en 1963 en France. 97 pages chez Stock (collection la bibliothèque cosmopolite). 

Titre original : 猟銃 Ryoju, traduit par Sadamichi Yokoō, Stanford Goldstein et Gisèle Bernier.

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4 commentaires sur “Le fusil de chasse de Yasushi Inoue

  • 25 novembre 2016 à 8 h 13 min
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    Ce livre m’intéresse bien. Dommage que ma PAL déborde.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  • 25 novembre 2016 à 12 h 53 min
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    Oh tu trouveras peut-être un moment pour le lire, il est tout petit 😉

  • 25 novembre 2016 à 15 h 20 min
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    Je l’ai lu il y a bien longtemps et je me souviens seulement que j’avais beaucoup aimé.

  • 28 novembre 2016 à 12 h 55 min
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    Cela m’arrive aussi parfois de ne plus trop me souvenir de l’histoire mais seulement du plaisir que j’avais eu à la découvrir.

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