Giboulées de soleil, de Lenka Horňáková-Civade

Je ne me souviens pas pourquoi j’ai choisi de lire ce roman. Sans doute le titre m’a-t-il paru assez poétique avec cet oxymore ? Je l’avais noté dans ma liste de livres à découvrir un jour, liste que je ne cesse de modifier au gré du temps et de mes envies. Comme toujours, j’ignorais totalement de qui parlait ce livre. J’ai découvert une étrange saga familiale où les femmes sont à l’honneur.

Le roman est en effet divisé en trois parties, chacune concernant une fille ou femme de la même famille. Toutes habitent en Tchécoslovaquie depuis la montée du nazisme jusqu’à l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir en URSS. J’ai trouvé intéressante la vision de femmes sur cette époque assez troublée dans leur pays, qui subit une scission entre le bloc soviétique et les autres états d’Europe. On voit par exemple à quel point la vie des simples gens a été changée, par exemple avec la collectivisation, la mise en place de coopératives et l’expulsion des familles qui n’étaient pas communistes.

Le point commun de ces trois femmes est d’être des bâtardes à une époque où cela était mal vu, voire choquant. Chacune d’elles ignore (mais parfois devine) qui est son père. Fruit d’un amour adultère, d’un viol ou d’un coup de foudre, chacune a son histoire et se garde bien de la raconter aux autres membres de sa famille. Le texte étant à la première personne à chaque fois, le lecteur perçoit ce qui est tu ou indicible et en sait toujours davantage que les personnages, parce qu’il a une vue d’ensemble.

« En gardant le silence, on ne peut pas mentir. Ce qui n’est pas dit n’existe pas. »

Marie, la plus ancienne de la lignée, véritable pilier de la famille a quitté Vienne avec sa fille au début de la guerre et devient sage-femme occasionnelle tout en élevant sa fille seule. Elle transmettra aux générations suivantes l’art de la broderie. La broderie leur permet symboliquement d’inscrire leurs rêves et leurs espoirs sur les tissus. Chaque fil évoque un chemin de vie qu’elles choisissent d’emprunter et n’est pas sans rappeler le fil de la vie que les Parques dans l’Antiquité grecque dévidaient puis coupaient.

« Une fois le travail commencé, il n’y a pas de retour possible. Les marques d’aiguille sont des cicatrices indélébiles. Même si on défait la broderie, le tissu est marqué à jamais. »

La première partie concerne Magdalena, sa fille qui a vécu à Vienne ses premières années a dû partir avec sa mère à la campagne, dans une ferme où elles se sont établies. C’est pour la jeune fille un arrachement et toute sa vie s’en trouve bouleversée. On la retrouve dans les parties suivantes, mère puis grand-mère des autres héroïnes.

Puis vient Libuse. Enfin Eva, la plus jeune, assiste aux changements politiques qui lui permettront d’accéder à une forme de liberté dont n’ont pas pu jouir ses aînées. Le lecteur voit l’évolution de la petite fille qu’elle était, intelligente, différente des autres car gauchère, à l’adolescente qui prend des cours en cachette et poursuit le rêve de sa grand-mère.

Ce qui m’a frappée, c’est que l’évolution de toutes ces femmes est à l’image de celle de leur pays, la Tchécoslovaquie, pour laquelle on sent l’attachement et l’enracinement profonds de l’auteure. La violence est assez présente qu’elle soit physique ou morale. Les filles sans père se contentent d’épouser ceux qui veulent bien d’elles, et on voit bien que ces hommes-là ne sont pas de premier choix, certains sont même d’une violence redoutable.

Les dialogues, nombreux rendent le texte très vivant. Le style n’a rien de grandiose, mais écrire en français quand ce n’est pas sa langue maternelle relève pour moi de l’exploit. C’est un roman agréable et qui se lit facilement. Cependant, il a manqué quelque chose pour me satisfaire pleinement.

Giboulées de soleil, de Lenka Horňáková-Civade

Roman paru en 2016. 340 pages chez Alma. 

Prix Renaudot des lycéens

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8 commentaires sur “Giboulées de soleil, de Lenka Horňáková-Civade

    • 12 février 2018 à 6 h 09 min
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      Oui, dans ce roman, les hommes sont bien égratignés, et les femmes mises en valeur. Bonne lecture !

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  • 12 février 2018 à 12 h 57 min
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    le sujet traité est intéressant, mais je ne sais pas pourquoi, il ne me tente pas plus que ça…

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    • 12 février 2018 à 19 h 13 min
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      Ce n’est pas un livre essentiel, même s’il est agréable, tu as peut-être mieux à lire.

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  • 13 février 2018 à 8 h 01 min
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    Au départ je voulais le lire et puis d’autres sont passés devant lui au fur et à mesure de l’année…Cela arrive à beaucoup de livres sur ma liste !! En fait je crois que ce n’est pas un hasard si la rencontre avec un livre se fait ou ne se fait pas, tu ne crois pas. Ainsi celui-ci est toujours dans mon carnet ! Je ne sais pas encore si je le lirai un jour…bon mardi et merci de partager avec nous ton ressenti

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    • 14 février 2018 à 6 h 18 min
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      Ce que tu décris m’arrive souvent à moi aussi ! Je note un livre et puis d’autres le submergent voire le remplacent et parfois, je finis par le sortir de ma liste. Je suis absolument d’accord avec toi sur le fait qu’une rencontre se fait (ou pas) avec un livre à un moment donné. Parfois, juste avant ou juste après, c’est trop tard, il faut trouver le bon moment. Les Grecs avaient d’ailleurs un nom pour désigner le bon moment, kairos et j’adore ce mot que je trouve très juste. Giboulées de soleil n’est pas une lecture indispensable mais elle est sympathique.

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  • 15 février 2018 à 19 h 36 min
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    Certes, il avait eu le prix Renaudot, mais je l’ai très peu vu tourner sur la blogosphère ! (ou alors, je n’ai pas suivi les bons blogs) Merci d’en avoir parlé du coup, je ne connaissais pas du tout !

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    • 17 février 2018 à 11 h 47 min
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      C’est vrai que je n’en ai pas beaucoup entendu parler… Je ne savais d’ailleurs même pas de quoi ça parlait avant de le commencer ! Je ne regrette pas ma lecture, bien que ce ne soit pas un chef d’oeuvre, car il a le mérite de parler d’une période de l’histoire vue de l’autre côté de l’Europe et c’est intéressant.

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