izakaya-tokyo

La vie sociale est assez limitée au Japon en dehors du travail parce qu’inviter des amis chez soi ne se fait pas, cela ne fait pas partie de la culture nippone. Il faut reconnaître que les logements sont très exigus et qu’il est difficile en ce cas de recevoir du monde. Du coup, lorsqu’on veut voir ses collègues ou ses amis, on se retrouve dans un izakaya (ou une izakaya, je ne sais jamais trop comment dire puisqu’en japonais, les noms n’ont pas de genre). Vous êtes prêts ? On y va !

Qu’est-ce qu’un izakaya ?

L’extérieur ne paie pas de mine et affiche souvent des lanternes rouges en papier et des bouteilles d’alcool, pour donner le ton 😉 L’izakaya est en effet une sorte de pub/bar qui sert à boire (très majoritairement de l’alcool puisque l’étymologie du mot est liée au saké) et à manger des plats plutôt traditionnels japonais. On peut parfois y choisir des sortes de packs « alcool + nourriture » à volonté pour un temps limité. Il existe des izakaya microscopiques où on ne peut guère entrer à plus de 6 ou 7 personnes, tenus en général par un couple âgé. On y retrouve alors les habitués du quartier qui, pour éviter la solitude, viennent là prendre leur dîner.

izakaya-exterieur

D’autres izakaya au contraire sont immenses et peuvent être réservés pour de grands groupes. Dans certains, il convient de se déchausser pour marcher sur les tatamis ou pour pénétrer dans des sortes de box pour 4 à 10 personnes. On dîne alors sur des tables basses, ou assis sur des tatamis. Dans d’autres, cela ressemble un peu plus à nos bars ou restaurants avec des chaises et tables à l’occidentale. On peut aussi dîner au comptoir, face aux cuisiniers.

izakaya-comptoir

Faire une nomikai dans un izakaya

C’est un concept japonais. Nomikai veut dire « il faut boire ». C’est un repas un peu spécial entre collègues, à l’initiative de leurs chefs. Cette fête particulière a plusieurs fonctions. Lorsqu’on est nouveau dans son entreprise, la nomikai permet d’abord de faire connaissance avec ses collaborateurs, de les voir dans un autre cadre, très détendu comme vous allez le voir. On commence par trinquer avec la célèbre formule « Kanpai » (ne dites surtout pas tchin-tchin, en japonais, ça veut dire zizi !)

izakaya1

Tout le monde parle très fort, on picole beaucoup, on met en commun toute la nourriture que l’on partage comme des tapas en Espagne, c’est très enfumé, et assez marrant. En général, on y voit moins de femmes que d’hommes puisque, comme je vous l’avais expliqué, le monde du travail ne facilite pas les choses pour les femmes. Au bout de 2 heures, chacun rentre chez soi. Pour certains, c’est plus difficile que d’autres, tout dépend du nombre de verres que l’on a bus 😉 

Voici la seconde fonction de la nomikai : boire suffisamment pour pouvoir dire à son chef et à ses collègues ce qu’on a sur le cœur. Tout le monde sort ivre-mort, après s’être dit les pires insanités mais le lendemain au bureau, personne ne garde aucune rancœur contre celui qui vous a dit un truc pas sympa, et le travail reprend normalement. Chacun essaie cependant de tenir compte des remarques qui lui ont été faites… ou pas.

Izakaya-hiroshima

C’est tout de même assez amusant de voir que derrière l’extrême politesse des Japonais se cache le besoin de franchise. Mais comme il serait sans doute délicat voire impoli de critiquer un collaborateur directement, on passe par ce subterfuge social qui permet de vider son sac et son verre en même temps. Curieux, non ? Ça peut paraître fun de faire la fête avec son patron et ses collègues, mais si c’est institutionnalisé et que cela oblige les gens à boire, je ne suis pas certaine que ce soit très sain sur toute une carrière…

À propos, savez-vous que la plupart des Japonais ne tiennent pas du tout l’alcool ? Au bout de deux bières, ils commencent à être sacrément ivres. Moi après deux gin-fizz, je me tiens encore pas trop mal 😉 Il semblerait que ce soit physiologique et génétique. Une grande proportion d’asiatiques ont une enzyme, l’aldéhyde déshydrogénase 2 (ALDH2) chargée de métaboliser l’alcool qui ne fonctionnerait pas. Du coup, les asiatiques deviennent vite très rouges et sombrent à une vitesse supersonique. Cela étant, cette particularité ne les empêche pas de boire tout de même beaucoup et j’en ai vu plusieurs qui frôlaient le coma éthylique dans le métro après ce genre de festivité. 

Faire bonenkai dans un izakaya

La bonenkai, c’est beaucoup plus soft. Il s’agit de la fête de fin d’année, fin décembre, que l’on fait entre collègues. J’ai fait ma première Bonenkai il y a quatre ans. J’en ai donc profité pour goûter du saké. Ici, saké veut dire alcool, donc si vous commandez du saké, vous pouvez vous retrouver avec une bière ou du vin. Il faut demander de « l’alcool japonais » que vous pouvez boire tiède ou froid. J’ai testé les deux, et franchement, cela n’a rien à voir avec ce que l’on nous sert en France dans les restos asiatiques. C’est moins fort, ça fait environ 15 degrés et (selon moi) pas génial. Mais mes collègues m’ont dit qu’il en existe du très bon mais que là, comme c’était une soirée avec alcool à volonté, la qualité n’était pas terrible. On a bien rigolé, ça faisait du bien de (re)faire la fête.

bonenkai au Japon

Il y avait un « after » pour ceux qui voulaient. N’écoutant que mon courage taux d’alcool pas encore trop élevé, j’ai donc été dans un autre izakaya goûter le célèbre alcool de prune japonais appelé umeshu, doux et sucré avec quelques collègues rescapés comme moi du premier izakaya. L’ambiance était différente et très festive. Il y avait une bande d’une vingtaine de jeunes. Quand je dis « jeunes », je n’arrive pas à donner d’âge aux Japonais. Ils sont toujours beaucoup plus jeunes que ce que l’on croit. Eux, je leur donnais plutôt 15 ans mais c’est impossible, la majorité ici est à 20 ans : on n’a pas le droit de boire de l’alcool avant. Ils étaient déchainés et on a bien ri avec eux, ils ont fait un vacarme terrible et nous ont associés à leur fête, ravis de rencontrer quelques étrangers, trouvant que nous ressemblions à des stars américaines. Ils m’ont bien fait rire.

Quand je suis rentrée chez moi après cette première bonenkai, j’ai regretté de ne pas pouvoir passer tout entière dans la machine à laver : tous mes vêtements, mes cheveux puaient le tabac immonde que j’ai fumé malgré moi au cours de la soirée. Ça m’a rappelé le temps où fumer était autorisé dans les lieux publics en France… Une autre époque ! Depuis, je vais chaque année fêter la bonenkai, et là, ça ne va pas tarder…

Se voir entre amis ou en famille dans un izakaya

On peut également se retrouver pour des occasions plus simples entre amis ou même en famille. Les enfants sont admis dans ces lieux mais bien sûr, boivent des sodas ou de l’eau et pas de la bière ! J’aime cette ambiance détendue. Dès notre entrée, on est accueillis par un tonitruant « Irashaimaseeeeee ! » qui signifie « bienvenue ». On voit souvent les cuisiniers s’affairer, on entend les gens rire, c’est vraiment très sympathique ! Les Japonais que je vois habituellement si calmes dans les transports en commun se lâchent un peu et font retomber la pression (sans jeu de mot, rhooo !).

L’endroit ci-dessous, c’est un ami qui me l’a fait découvrir et j’y suis retournée plusieurs fois depuis, entre amis ou même en famille. C’est immense et dans certaines zones, on est sur des tables basses, dans d’autres sur des tables à l’européenne. Tous les serveurs sont en costumes traditionnels. La spécialité de cet izakaya, c’est le poulet, cuit d’une étrange façon si bien que ça lui donne une couleur grise et un goût de fumée, c’est très bon ! 

izakaya-interieur

Alors, les izakaya au Japon, すごい, non ? 

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

12 commentaires sur “L’izakaya, une institution au Japon

  • 5 décembre 2017 à 13 h 52 min
    Permalink

    Coucou ma belle! A côté de ces Izakaya, il existe des restaurants traditionnels aussi? En fait, c’est l’équivalent de nos bars, non? Ca a l’air super sympa en tous cas! Je ne savais pas que les Japonais ne recevaient pas chez eux. Ca me manquerait beaucoup je crois, mais bon, c’est une question de culture!

  • 5 décembre 2017 à 14 h 02 min
    Permalink

    Oui, c’est une sorte de bar dans lequel tu peux aussi manger. Mais il existe des restaurants traditionnels qui ne servent pas spécialement d’alcool.
    Ah si tu savais comme ça me manque de ne pas recevoir, c’est horrible ! En même temps, vu la taille de ma cuisine, je ne vais pas faire des folies en termes de plats sophistiqués… J’ai l’impression d’être une étudiante : mon plan de travail mesure 80 cm… 🙁

  • 5 décembre 2017 à 14 h 18 min
    Permalink

    Le surmenage mène à l’alcoolisme de toute façon c’est bien connu ^^
    Pour l’aspect « on s’insulte bourré et on oublie tout le lendemain » ça évoque fortement la coutume des banquets de la grèce antique c’est marrant. Ou plutôt carrément すごい , non ?

  • 5 décembre 2017 à 15 h 36 min
    Permalink

    Le vin traverse les siècles comme les pays 😀 Mais ici, c’est à un point incroyable, on voit certaines personnes dans le métro, méchamment avinées. Et personne ne fait attention à elles. La première fois, comme j’ai pensé que le gars était au bord du coma, je suis allée prévenir un employé du métro qui avait l’air embêté, non pas pour le type ivre mort mais d’être obligé de se déranger pour aller constater les dégâts. Je l’ai observé : dès que j’ai tourné les talons, il est remonté et n’a strictement rien fait pour le pauvre type qui a dû décuver tranquillement sur le quai…

  • 5 décembre 2017 à 16 h 57 min
    Permalink

    Ces Izakaya semblent bien sympathiques et chaleureux ! l’alcool aide peut être 🙂
    ça peut paraitre étonnant de ne pas pouvoir recevoir sa famille ou ses amis chez soi mais pourquoi pas 😉

  • 5 décembre 2017 à 21 h 38 min
    Permalink

    Oui, l’ambiance est festive et agréable.
    Moi aussi, je trouve très étonnant qu’on ne se reçoive pas, même si vu le peu d’espace, ça se comprend. Je pense qu’en famille, les Japonais doivent le faire (pour les fêtes de fin d’année notamment), mais entre amis, non. Ça me manque !

  • 6 décembre 2017 à 13 h 24 min
    Permalink

    Article très intéressant ! En le lisant, j’avais en tête des scènes de films avec des asiatiques ivres morts dans la rue, en tenue de travail… Je comprends mieux d’où ça sort ^^

  • 6 décembre 2017 à 13 h 40 min
    Permalink

    Merci ! C’est exactement ça : le sas de décompression des travailleurs avant de rentrer chez eux 🙂

  • 8 décembre 2017 à 7 h 46 min
    Permalink

    Et bien j’apprends plein de choses sur le Japon que je ne savais pas. Je savais que leur logement était petit mais je n’avais jamais pensé que c’était culturel de ne pas recevoir chez soi en dehors de la famille. Alors heureusement qu’il y a ces izakaya. Ces lieux jouent un rôle important finalement si cela permet de décompresser après le travail. Mais je n’aimerai pas ce côté « alcool » obligatoire car je ne suis pas d’une génération où faire la fête= boire. Mais pour oublier le solitude et l’ennui, ça aide ! Merci pour tes reportages très précis et intéressants

  • 8 décembre 2017 à 9 h 45 min
    Permalink

    Avec plaisir ! Je suis très contente de partager un peu de mon quotidien à l’autre bout du globe ! Je ne connaissais rien au Japon avant de venir y habiter et tant de choses me paraissent différentes, intéressantes que je suis ravie de les partager. Comme toi, j’appartiens à une génération où on sait très bien faire la fête sans que cela nécessite une beuverie et ce concept m’a quelque peu surprise. C’est la richesse des voyages que de découvrir d’autres coutumes 😉 Bon week-end !

  • 8 décembre 2017 à 14 h 04 min
    Permalink

    Très intéressant, et instructif. Merci de nous faire partager ces expériences 🙂 !

  • 9 décembre 2017 à 2 h 11 min
    Permalink

    Avec plaisir ! Ça m’amuse beaucoup d’écrire sur ma vie au Japon ; c’est une façon de partager mes découvertes et en même temps de ne pas oublier tous ces détails et expériences lorsque je quitterai Tokyo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *