Maalouf-jardins-lumiere

C’est ma correspondante du Mali, Sylvie, qui m’a conseillé de découvrir Amin Maalouf que je ne connaissais pas. Une de mes anciennes collègues en était fan aussi alors je me suis dit pourquoi pas ? Mais devant le nombre de romans de cet auteur franco-libanais, je n’ai su lequel choisir : je voulais lire Samarcande ou Léon l’Africain mais je suis tombée sur ce titre que j’ai trouvé très beau : Les jardins de lumière.

Il m’a aussitôt interpelée et j’ai acheté ce roman sans savoir le moins du monde de quoi il traitait. Il faut dire que je lis rarement les quatrièmes de couvertures car j’ai peur qu’elles dévoilent trop l’histoire et je ne lis jamais de critiques avant (juste la note éventuellement) car je ne veux pas être influencée dans ma lecture. Et là de toute façon, je l’ai acheté en version numérique, donc pas de résumé au dos…

J’avoue que j’ai été très surprise de découvrir qu’il s’agit en fait d’une biographie (romancée ?) du prophète Mani qui a vécu au IIIe siècle après J.-C. Je n’aime généralement pas trop les livres historiques et encore moins les livres qui parlent de religion, si bien que je me suis retrouvée un peu déconcertée. Toutefois, la beauté de la langue m’a vite fait oublier mon appréhension. J’ai trouvé l’écriture majestueuse, les phrases amples et puissantes, correspondant parfaitement au thème traité.

Le roman est composé de quatre parties. La première est celle qui m’a le plus plu ; elle narre la venue au monde et l’enfance de Mani, garçon né avec une infirmité à la jambe. Très tôt séparé de sa mère pour vivre avec son père Pattig qui lui cache sa parenté, Mani est élevé dans une secte très rigoureuse dont les dogmes et les principes sont tellement rigides qu’ils en sont ridicules.

« Ce fut au cours de ces longs moments de silence et de ravissement que Mani sentit monter en lui pour la première fois l’irrépressible désir de peindre. Désir étrange pour un Vêtement-Blanc, désir impie, désir coupable. Dans ce milieu réfractaire à toute beauté, à toute couleur, à toute élégance des formes, dans cette communauté pour laquelle la plus modeste icône trahissait un culte idolâtre, par quel miracle purent éclore le talent et l’œuvre de Mani. »

J’ai trouvé justement que la distance et la défiance que Mani ressent à l’égard des Vêtements-Blancs, comme s’appellent leurs adeptes, n’était absolument pas crédible : comment un adolescent qui vit depuis son plus jeune âge sans instruction, coupé du monde dans cette communauté peut-il vraiment prendre conscience que les principes d’éducation qui lui sont proposés sont aberrants ?

« Le soleil était légèrement voilé, l’air était tiède et langoureux, les palmes des dattiers avaient le balancement triste d’immenses ailes captives. Le temps de sa vie lui sembla soudain précieux. Sa décision était prise : avant le soir il partirait ! « Partir, se répétait Mani, partir est une fête, la seule peut-être, sous mille formes, sous mille habits de crêpe ou de chêne. Eternels otages de l’horizon, les hommes ont-ils jamais célébré autre chose ? »

De même, dans les parties suivantes, lorsque Mani quitte la palmeraie pour vivre comme bon lui semble, il se met à prêcher et obtient tout de suite un franc succès. Bien sûr, Mani est un personnage hors du commun puisque c’est un prophète, mais je n’ai jamais trouvé son personnage crédible un instant, et cela m’a beaucoup gênée.

À l’âge adulte, il intervient dans les affaires politiques des régions qu’il traverse dans tout l’empire perse et parvient comme par enchantement à se faire écouter de ceux qui décident des guerres ou des alliances, c’est-à-dire des chefs politiques dont il obtient la protection. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Shabuhr, le roi des rois (de l’Iran) et ce roman nous raconte aussi leur amitié aussi improbable que longue et intéressante.

Mani reçoit parfois aussi la parole de son « jumeau » que lui seul entend et qui lui délivre des messages d’origine divine. J’ai regretté que le roman n’aborde pas suffisamment les principes de la religion de Mani qui a donné son nom au manichéisme ; j’ai trouvé qu’ils n’étaient qu’esquissés, au profit d’intrigues politico-diplomatiques.

« La même étincelle divine est en nous tous, elle n’est d’aucune race, d’aucune caste, elle n’est ni mâle ni femelle, chacun doit la nourrir de beauté et de connaissance, c’est ainsi qu’elle parvient à resplendir, c’est seulement par la Lumière qui est en lui qu’un homme est grand. »

Le roman est extrêmement précis et documenté mais c’est surtout le début et la fin de la vie du prophète qui m’ont intéressée. Je pense que si j’avais su de quoi parlait ce roman, j’en aurais sans doute choisi un autre, moins historique, ce que je ferai sans doute un jour afin d’apprécier plus pleinement la plume de ce grand auteur, car même si le thème m’a moyennement intéressée, je reconnais que l’auteur écrit vraiment très bien.

Les jardins de lumière, d’Amin Maalouf

Roman français paru en 1991 chez Lattès. 365 pages. 

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8 commentaires sur “Les jardins de lumière d’Amin Maalouf

  • 9 juillet 2016 à 19 h 40 min
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    Je ne suis pas sûre que j’accrocherais spécialement à ce roman vu le thème. En même temps, je n’ai jamais rien lu sur le sujet, mais ta chronique ne m’a pas donné une envie irrépressible de me jeter dessus en tout cas.

  • 9 juillet 2016 à 19 h 41 min
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    L’écriture est vraiment très belle, je crois que plus tard, j’essaierai avec un autre titre du même auteur, mais je te comprends parfaitement ! 🙂

  • 11 juillet 2016 à 13 h 28 min
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    Merci je ne connaissais pas cet auteur, je note mais je ne commencerai pas ce livre, moi non plus l’historique ce n’est pas tout à fait mon dada 🙂 Enfin, il ne faut pas que ça tourne beaucoup là-dessus sinon on me perd facilement ^^

  • 15 juillet 2016 à 3 h 44 min
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    Moi non plus je ne suis pas trop fan des romans historiques ; c’est sans doute pour cette raison que mon avis n’est pas dithyrambique, même si ce fut un bonne découverte.

  • 19 juillet 2016 à 10 h 26 min
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    j’ai le souvenir d’avoir aimé le style mais d’avoir un peu regretté tous les détails historiques (qui m’ont un peu perdue je dois bien l’avouer). Même si l’histoire de Mani reste une de celles qui m’a beaucoup marquée.

  • 19 août 2016 à 3 h 46 min
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    Pareil ! Ce n’est pas ma tasse de thé mais je reconnais que c’est très bien écrit, très documenté ; ça reste donc une lecture agréable, mais je ne m’attendais pas à ça.

  • 23 mai 2017 à 20 h 23 min
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    Je te conseille Samarcande du même auteur, un roman qui m’a fait voyagé en plein mille et une nuits 😉

  • 23 mai 2017 à 23 h 27 min
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    Je ne suis pas très fan de romans historiques a priori, donc je vais attendre un peu pour voir si je réessaierai Maalouf.

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