La joie, de Charles Pépin

Lorsque j’ai vu ce titre, La joie, j’ai tout de suite eu envie d’acheter ce roman ; pourtant, je n’en avais jamais entendu parler et je ne connaissais pas l’auteur, même de nom. S’agirait-il d’un roman feel good ? Oui mais pas seulement, c’est aussi d’un certaine façon un roman philosophique. Je ne regrette pas de l’avoir téléchargé. Je l’ai lu en une soirée, complètement emportée. Il s’agit d’une réécriture moderne de l’Étranger de Camus, divisée en plusieurs parties aussi.

Malgré le titre, le début ne commence pas gaiement. Le héros, Solaro est parfaitement bien nommé. Outre le soleil qui irradie de sa personne à chaque instant, il est aussi un clin d’œil à Camus qui a fait du soleil un véritable personnage qui pousse quasiment Meursault au crime. Solaro est en train de perdre sa mère, a des difficultés financières, mais parvient malgré tout à se réjouir des petites choses simples de la vie, comme un temps ensoleillé, la sensation de son corps vivant etc.

« C’est le genre de choses que j’apprécie, tous ces petits miracles de la vie, une barrière qui obéit, des feux qui passent au vert, un ami qui appelle alors qu’on pense à lui, deux corps qui dorment ensemble, parfaitement emboîtés, sans même le faire exprès. »

Il a une relation avec Louise, une femme mariée mais libre, un ami corse plutôt hors-norme, un frère, et un père qui sombre dans la déprime. Un jour, lors d’une succession d’événements liés au hasard, Solaro tue un jeune dealer des cités. Lors de son procès, le héros, comme Meursault, se sent étranger à son cas, même s’il reconnait les faits et accepte tout à fait l’idée de payer pour son crime. En effet, la cour d’assises veut comprendre cet homme, ce qui a pu le conduire à un tel crime. Or Solaro, en raison de sa capacité à se réjouir de la moindre chose se satisfait de sa vie d’accusé et de futur prisonnier. La société ne peut comprendre une telle réaction. Il évoque par exemple sa libération :

« Je lui dis que ma sortie, je n’y pense jamais. Jamais. Je lui dis que j’ai cette vie-là à aimer et que c’est bien assez. Je lui dis que je ne veux pas de son espoir parce que l’espoir est un poison : un poison qui nous enlève la force d’aimer ce qui est là. »

J’ai trouvé le personnage principal émouvant. La narration à la première personne et le fait qu’il exprime facilement ses émotions, sensations et sentiments en font un héros très humain et attachant. Ce n’est pas parce qu’il heureux que la cérémonie pour sa mère soit réussie qu’il n’éprouve pas de tristesse en raison de sa mort. Si Meursault paraît froid, ce n’est pas le cas du solaire Solaro qui est capable de discerner la moindre lumière qui le rendra joyeux, quelles que soient les circonstances.

Je pense que l’auteur nous invite à réfléchir à notre façon de voir le monde. Le Carpe diem d’Horace est ici incarné par un personnage qui non seulement vit dans le présent, mais sait en saisir toute la beauté et en profiter complètement. Et le fait que le reste du monde ne le comprenne pas fait presque peur car on ne peut que se demander si ce n’est pas lui qui a raison (pas de tuer bien sûr, mais de jouir).

« D’une voix plus lasse, il me demande alors pourquoi j’ai crié, seul, au fond du jardin. C’est simplement parce que j’étais content, parce que c’était beau et imprévu. Ces fleurs s’ouvrent et se referment dans la même journée. L’une d’elles s’était ouverte à nouveau après s’être refermée, cela n’arrive jamais. Elle était complètement épanouie, traversée de soleil. Le médecin est contrarié. Je songe alors aux hurlements des supporters quand le ballon rentre dans le but, aux insultes des automobilistes quand la voiture de devant ne démarre pas assez vite, à ces mères qui perdent leurs nerfs et hurlent sur leurs petits. Tous ces cris-là ne le dérangent pas. Mais le mien, oui. Le mien, il ne le supporte pas. »

Ce roman évoque aussi la marginalité, celle de Solaro bien sûr, mais aussi celles de personnages secondaires comme Ange, le généreux truand corse qui a un cœur en or, ou Louise qui bien que mariée, est une libertine. Ce trio contraste avec le reste de la société qui ne comprend pas leur façon d’être ou de se comporter. Se pose alors aussi la question de savoir comment juger ceux qui sont différents et qu’on ne comprend pas. Un petit roman vraiment intéressant !

La joie, de Charles Pépin

Roman français paru en 2015. 180 pages chez Allary éditions. 

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4 commentaires sur “La joie, de Charles Pépin

  • 10 novembre 2017 à 13 h 43 min
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    En voilà un livre, qui m’a l’air hyper intéressant! Solaire même 🙂 J’aime ce genre d’ouvrages qui mettent du baume au coeur par le charisme de leurs pesonnages!

  • 10 novembre 2017 à 20 h 13 min
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    Ah mais tu vas voir, c’est particulier parce que c’est quand même aussi une réécriture de l’Étranger. Mais c’est vrai que le personnage principal est charismatique et qu’il nous entraîne vers la joie, malgré tout. J’espère qu’il te plaira 😉

  • 11 novembre 2017 à 10 h 11 min
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    Je suis très attirée par les romans philosophiques et je n’ai jamais entendu parler de cet auteur. Ta chronique me donne envie de le découvrir…Je le chercherai en médiathèque ou l’achèterai pour ma kindle si je ne le trouve pas. Merci et un bon week-end

  • 11 novembre 2017 à 13 h 15 min
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    C’est un roman étrange, à la fois réécriture et conte philosophique, j’espère qu’il te plaira ! J’ai beaucoup aimé la joie qui émane de ce personnage, malgré tous les aléas de sa vie, je trouve qu’il est sage de trouver la joie dans chaque petite chose de la vie, ça la rend tellement plus belle ! Beau week-end à toi aussi Manou !

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