garde-l-effroi

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi de Babelio de se mettre à tous pour critiquer tous les romans de la rentrée littéraire. J’ai choisi un peu au hasard, le titre me plaisait et j’avais déjà entendu parler de l’auteur.

François Garde nous plonge immédiatement dans une situation pour le moins choquante : l’opéra de Paris s’apprête à jouer la première de Così Fan Tutte de Mozart sous l’œil des caméras qui retransmettront le concert en direct. Le chef d’orchestre arrive et fait un salut nazi en prononçant le fameux et glaçant « Heil Hitler ». Stupeur chez les spectateurs autant que chez les musiciens. Le premier, l’altiste Sébastien Armant se lève et refuse de jouer, aussitôt imité par ses collègues.

Cet acte d’opposition, ce refus d’obéir à la baguette de son chef va faire basculer la vie de Sébastien et propulser notre héros en haut de l’affiche : les journaux télévisés, la presse, le ministère, tout le monde veut voir celui qui a osé s’opposer au grand Louis Craon, chef d’orchestre pourtant naguère admiré et qui est désormais introuvable après sa fuite. Loin de se réjouir de cette soudaine notoriété, Sébastien va se sentir assez seul.

Grâce à un point de vue interne puisque le récit est raconté par la bouche de Sébastien Armant à la manière d’un journal intime, l’auteur nous fait réfléchir sur la célébrité immédiate autant qu’éphémère que chacun peut rencontrer. Sébastien est un héros ordinaire, simple, qui a refusé d’obéir à son chef qu’il n’estimait plus légitime. On nous donne à voir un monsieur-tout-le-monde désemparé par un succès inattendu dont il aurait sans doute préféré bénéficier pour des raisons musicales.

L’auteur en profite pour critiquer vivement les dessous de la politique et montre la manipulation des uns pour accroître leur propre renommée, le jeu des médias, bref l’envers du décor d’un monde apparemment pailleté mais dont on souligne ici la profonde absurdité. Le rôle et le pouvoir de l’image sont constamment critiqués :

« Elle et moi partîmes ensuite vers les sièges de différentes chaînes, pour des séquences identiques : embrassades insincères, camaraderie de façade, tutoiement de rigueur, arrivée de l’animateur entouré de sa cour, brève discussion filmée – debout, assis, en marchant devant un décor peint ou sur le trottoir, en studio devant un public applaudissant sur ordre –, remerciements, nouvelles embrassades. De tout cela ne resterait pour chaque émission au mieux que deux minutes d’antenne, où les mêmes questions provoquaient les mêmes réponses. […] Ma vie se découpait désormais en séquences brèves, mobiles, indépendantes, imprévisibles, aléatoirement juxtaposées, dont l’ensemble ne formait aucune mosaïque et me semblait dépourvu de sens. »

Les conséquences et implications de ce simple geste de refus d’obéissance à un chef d’orchestre indigne sont inimaginables et intéressantes. La comparaison d’un état avec un orchestre est assez bien vue, les problèmes de hiérarchie sonnent assez juste, de même que les réactions de l’entourage du musicien. Le côté absurde d’une vie transformée par les projecteurs est très bien mis en valeur. J’aurais tout de même voulu que le personnage de Julie, l’épouse de Sébastien soit bien plus travaillé, car elle est quasi-inexistante, ce qui m’a déçue. 

D’autre part, j’ai trouvé, malgré une plume très fluide et agréable, qu’il manquait quelque chose dans la structure du roman : le début est assez détaillé, développé, mais la fin et notamment l’épilogue arrive de manière trop précipitée et prive le lecteur du plaisir que l’on trouve au début du roman. La justification de l’acte du chef d’orchestre, les explications de la police qui assure la protection de l’altiste victime d’un groupuscule prétendument néo-nazi ne m’ont pas vraiment convaincue, même si j’ai bien apprécié la critique de notre société moderne.

L’Effroi, de François Garde

Roman français paru en 2016 chez Gallimard (collection Blanche). 304 pages. 

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L’effroi de François Garde
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2 commentaires sur “L’effroi de François Garde

  • 12 novembre 2016 à 9 h 45 min
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    Ce livre a l’air génial ! Le titre me plaît également ( on dirait un titre d’un film de Godard ), et effectivement, la comparaison entre un orchestre et un état a l’air intéressant je trouve.

  • 13 novembre 2016 à 6 h 55 min
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    Eh bien si tu le lis, je serais curieuse de savoir ce que tu en penses ! À bientôt !

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