La ferme des animaux, de George Orwell

J’ai lu plusieurs fois le célèbre roman de science-fiction 1984 du même auteur et souhaitais découvrir cet autre grand classique anglais. Je me suis naturellement penchée sur cette courte dystopie qui est particulièrement intéressante. Par facilité, je l’ai lue en traduction et non pas en anglais… Honte à moi !

Mr Jones est un fermier qui possède de nombreux animaux. Un jour, ceux-ci, sous l’impulsion du cochon Sage l’Ancien, se rebellent contre lui et le mettent à la porte, bien décidés à vivre en autonomie et à s’accorder plus de liberté, persuadés que l’homme un monstre.

« L’Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’œufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici le suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches : entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui le surplus. […] L’Homme ne connaît pas d’autres intérêts que les siens. »

Ils imaginent sept commandements qui doivent guider leur nouvelle vie. Mais hélas, très vite, des dissensions apparaissent et une lutte de pouvoir s’engage entre Boule de Neige et Napoléon, deux cochons. Le premier souhaite construire un moulin à vent sur la propriété afin de produire de l’énergie qui allègera ensuite le travail de tous les animaux. Napoléon n’est pas d’accord et s’organise pour que Boule de Neige soit chassé de la ferme. Ensuite, il prend les rênes de la petite communauté.

Peu à peu, les anciens principes qui guidaient les animaux sont pervertis, dévoyés, le passé est transformé jusqu’à faire croire qu’il n’a jamais existé et les animaux se retrouvent encore plus malheureux qu’avant, affamés et exploités comme des esclaves. Parmi les différentes espèces animales, seuls les cochons qui se sont arrogé le pouvoir et les chiens vivent correctement, créant ainsi de profondes inégalités. Les autres animaux, abasourdis devant les changements qui ne sont jamais en leur faveur, n’osent que très rarement se plaindre ou se révolter. La terreur est instaurée avec de sombres exécutions de traitres (ou de supposés tels).

« Mais sans doute ç’avait été pire dans les anciens temps, ils étaient contents de le croire. »

Ce court roman est très agréable à lire. D’abord, il est très rythmé, il n’y a pas de temps mort, le style est vif en raison de nombreux dialogues, les animaux personnifiés, ce qui rend l’ensemble très vivant. De plus, au-delà de l’histoire des animaux, il faut bien entendu voir la critique de notre société humaine. À l’instar de La Fontaine ou d’autres avant lui, Orwell imagine une allégorie pour mieux servir son message. L’auteur critique le communisme et notamment le stalinisme – les personnages s’appellent « Camarades » – mais plus largement toute forme de totalitarisme et d’autoritarisme qui conduisent à de criantes inégalités et rendent le peuple malheureux. Ceux qui prétendent libérer les autres se révèlent encore plus tyranniques que leurs anciens maîtres.

On reconnait ainsi de vrais personnages historiques de l’époque d’Orwell à travers les animaux : Napoléon figure Staline, le fermier voisin Mr Frederick qui conclut une alliance avec Napoléon puis le trahit évoque Hitler, les moutons qui suivent toujours le chef aveuglément représentent le peuple etc. J’ai été particulièrement touchée par le cheval Malabar, stakhanoviste infatigable qui malgré les difficultés veut toujours faire davantage pour la communauté. Il ne sera hélas pas récompensé pour ses efforts laborieux et constants, bien au contraire. La fin du roman est terrible, les dernières pages très marquantes.

Cet apologue conduit donc à réfléchir sur le pouvoir dans nos sociétés modernes, dans lesquelles on cherche parfois à nous manipuler, en feignant un intérêt général et universel pour en fait mieux asseoir le pouvoir de certains et servir encore les intérêts de ceux qui jouissent déjà de tous les privilèges. Ce court roman est donc à mettre entre toutes les mains, même celles d’assez jeunes lecteurs tant cette fable est efficace, juste et toujours d’actualité.

La ferme des animaux, de George Orwell

Roman anglais paru en 1945. 160 pages chez Gallimard (collection Folio). 

Titre original : Animal Farm. A Fairy Story, traduit par Jean Queval.

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18 commentaires sur “La ferme des animaux, de George Orwell

  • 8 juin 2018 à 12 h 33 min
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    Si les photos redeviennent classiques, sur quoi peut-on rebondir ? Je suis perdu. Sur le texte ? Audacieux ! 😀
    Je crois pouvoir déduire que ce livre t’a également beaucoup plu ! Il est fascinant. Et les dernières pages sont tellement marquantes ! Les livres de Orwell (tout du moins 1984 et La ferme des animaux pour ne parler que de ceux que j’ai lus) n’ont pas pris une ride (ils ont bien de la chance eux 😀 ). C’est à la fois formidable et inquiétant, préoccupant.
    Tu fais souvent l’effort de lire en VO ? Je dois avouer que je fais rarement cet effort là. Il est vrai que c’est ce qu’il faudrait faire pour apprécier pleinement le travail de l’auteur, sa plume. Au moins en anglais ou dans les langues que l’on maîtrise plus ou moins. D’autant que la traduction n’est pas un exercice anodin. Y a-t-il des traductions meilleures que d’autres ? Qu’est-ce qu’une bonne traduction ? Voilà des questions que je me pose ces derniers temps. Intéressant 😀 .

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    • 8 juin 2018 à 22 h 52 min
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      Bonjour Vincent (et Sandra ! )

      Je me permets de te répondre concernant les traductions car c’est une question que je me suis vraiment posée il y a peu 🙂

      J’habite aux US depuis 7 ans donc je suis à l’aise en anglais, mais bizarrement je n’aime pas trop lire en anglais alors que pourtant je comprends bien. J’ai voulu lire « Orgueils et Préjugés » récemment, mais comme je ne peux pas le trouver en format papier ici, s’est posée la question du Kindle. Et là, en cherchant à le télécharger, je me suis rendue compte qu’il y a des tonnes de débats sur la meilleure traduction de ce livre ! Certaines traductions sont apparemment proches mais ne retranscrivent pas l’humour de l’auteur (la Pleiade par exemple) tandis que d’autres rendent le texte beaucoup plus mièvre que ce qu’il n’est en réalité.

      Bref, après avoir passé une heure à essayer de démêler tout ça pour trouver la traduction qui me correspondrait vraiment, j’ai décidé… de le lire en VO ! Finalement j’apprécie beaucoup de lire les mots choisis précisément par l’auteur, et en effet l’histoire est ainsi pleine de traits d’humour, et loin d’être mièvre.

      Du coup, je me dis que ce débat doit se retrouver pour tous les livres traduits, notamment pour les grands classiques dont le choix des mots est précis pour donner le ton de l’histoire. Il ne me viendrait pas à l’esprit de lire « Les misérables » en anglais, alors dorénavant je lirai si je peux en VO, comme ça ça règle cette épineuse question de la traduction ! 😉

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      • 9 juin 2018 à 9 h 09 min
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        Merci pour ce retour d’expérience !
        Pour ma part, j’ai commencé à m’interroger sur cette question lorsque j’ai voulu me pencher sur Faust, de Goethe. Mais quel Faust lire parmi la diversité des nombreuses traductions proposées ? Si maintenant j’ai trouvé une réponse, là aussi, ce ne sont pas les débats qui manquaient sur la qualité des traductions. Et ne maîtrisant pas l’allemand, je ne pouvais pas me tourner vers la VO.
        Soit dit en passant, le débat peut être limité lorsque l’auteur a lui-même adoubé un traducteur pour ses livres (Stefan Zweig – Alzir Hella par exemple). Mais je ne suis pas persuadé que ce soit courant.
        Au regard du nombre de VO, de « langues mères », il semble difficile de passer à côté d’une oeuvre traduite, et par conséquent de ces questions.

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        • 11 juin 2018 à 14 h 29 min
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          Oui, c’est vrai que lorsqu’un auteur a choisi un traducteur de son vivant, ou que le traducteur de Poe par exemple s’appelle Baudelaire, il n’y a rien à craindre, on va passer un bon moment 😉

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      • 11 juin 2018 à 14 h 20 min
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        Je suis d’accord avec toi Sophie, notamment sur l’humour. Par exemple si on prend Aristophane, la plupart des traductions sont vieilles et pas drôles du tout. Mais Victor-Henry Debidour par exemple, a traduit son oeuvre en traduisant autant que possible les jeux de mots, même dans le nom des personnages. Eh bien ça n’a rien à voir, et certains aspects peuvent être plaisants et drôles, même pour des lecteurs d’aujourd’hui que plusieurs siècles séparent de l’auteur. Donc bien sûr l’idéal serait de pouvoir lire tous les livres du monde en VO, mais pour cela il faudrait maîtriser plein de langues, ce qui n’est pas chose facile. Alors heureusement que les traductions existent tout de même ! 😉

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        • 11 juin 2018 à 15 h 03 min
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          Ah mais je te rassure, quand je parle de lire en VO, je ne parlais que de l’anglais en fait, lol ! 😀 Déjà que je peine à maîtriser cette langue, alors pour le reste je lirai des traductions en espérant qu’elles restent proches du style de l’auteur 😉

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          • 13 juin 2018 à 10 h 29 min
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            Ha ha ! Mais bientôt, tu pourras lire Pessoa dans le texte 😉

    • 11 juin 2018 à 14 h 13 min
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      Oui, La ferme des animaux m’a beaucoup plu et c’est tellement actuel encore aujourd’hui que c’en est inquiétant, je suis d’accord avec toi.
      Concernant la lecture en VO, très honnêtement, il n’y a qu’en anglais que je peux lire, mais je ne le fais pas souvent. Là, j’ai téléchargé un roman en anglais et je compte m’y mettre quand je serai en congés, car il me faudra plus de temps pour achever ma lecture, mais ce sera une première avec une liseuse, et donc sûrement assez agréable avec un dictionnaire intégré. J’adore les films en VO (même dans une langue que je ne connais pas du tout) car ça permet de voir vraiment le jeu de l’acteur, ses intonations etc. C’est pareil pour les livres mais c’est parfois fastidieux. Et la traduction n’est en effet pas une mince affaire. Je connais deux traductrices professionnelles et c’est un sacré défi que de passer d’une langue à une autre, certaines choses sont intraduisibles. Et oui, il y a des traductions meilleures que d’autres. J’ai entendu dire il y a quelques années qu’une nouvelle traduction de Kant en français était désormais plus claire et exacte et permettait de mieux comprendre l’oeuvre du philosophe. J’ai également lu des traductions vraiment vieillottes qui mériteraient un coup de jeune. La seule chose que je lis vraiment rarement en traduction, c’est la poésie. J’aime trop ça pour ne pas sentir le rythme, les jeux de sonorités de l’auteur, si juste soit la traduction.

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  • 8 juin 2018 à 13 h 25 min
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    Ce roman m’a l’air bien vu et tellement d’actualité! Je connaissais l’auteur mais pas cette oeuvre, merci encore pour la découverte!

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    • 11 juin 2018 à 14 h 14 min
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      C’est vite lu et ça pourrait vraiment te plaire ! Bonne journée Frau !

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  • 8 juin 2018 à 22 h 55 min
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    C’est rigolo, je connais ce livre par ma grande sœur qui a dû le lire pour l’école, et qui a tellement détesté que j’ai toujours cru que ce livre était le diable en personne !!! 😀 Bon, si ma copine Sandra le recommande, c’est peut être qu’avec un peu de maturité je pourrais essayer de passer au dessus de tout ça 😉

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    • 11 juin 2018 à 14 h 22 min
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      Rhaaa ! Ta soeur ne devait pas être en phase à ce moment-là de sa vie avec le roman. Et puis les livres imposés par les profs ont rarement bonne presse quand on est ado. Je parie qu’il lui plairait davantage maintenant 😉

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  • 10 juin 2018 à 14 h 07 min
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    J’ai beaucoup aimé dans la dèche à Paris et à Londres du même auteur.
    Moi non plus je ne l’ai pas lu en anglais ! 😉

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    • 11 juin 2018 à 14 h 27 min
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      Ah je ne connais pas du tout ce titre, je n’en ai jamais entendu parler alors merci beaucoup pour ce partage de référence ! Je vais me renseigner et voir (si ce n’est pas trop long) si je peux essayer de le lire en anglais 😉 Belle journée !

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  • 12 juin 2018 à 7 h 22 min
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    Je l’ai lu il y a bien longtemps et c’est un des rares que je n’ai pas relu…tu m’en donnes envie 🙂 peut-être un jour prochain ? bonne journée

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    • 13 juin 2018 à 10 h 30 min
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      Je trouve la relecture des classiques souvent intéressante puisque justement ils sont intemporels. Je suis rarement déçue. Belle journée Manou !

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  • 21 juillet 2018 à 20 h 36 min
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    Lu il y a très longtemps et j’avais tout simplement adoré. Comme tu le dis si bien, c’est un livre encore (malheureusement) d’actualité.

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    • 23 juillet 2018 à 19 h 03 min
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      Ben tu vois que tu en lis, des classiques ! Celui-ci est frappant (surtout la fin !) et a le mérite de nous faire réfléchir sur notre société. Passe une belle semaine !

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