raufast variante chilienne

Complètement loufoque ! Voici les premiers mots que m’a inspirés ce roman étonnant, plein d’humour et de fantaisie.

L’histoire réunit trois personnages différents : le quinquagénaire Pascal, professeur de littérature, amateur de tabac et de bon vin, emmène en vacances une de ses anciennes élèves tout juste bachelière, Margaux, jeune fille brillante et sensible qui se cache pour des raisons mystérieuses dévoilées au fur et à mesure du roman. Pascal a loué un gîte perdu au fin fond de la campagne française pour écrire des articles et pour que la jeune fille puisse se reposer.

Là-bas ils rencontrent Florin, leur voisin, un homme du même âge que Pascal et au passé aussi trouble qu’étonnant. Peu à peu, Florin va raconter sa vie rocambolesque à ses compagnons d’un été. Sa vie est narrée d’une manière assez surprenante.

En effet, l’homme n’a pas de mémoire : il a besoin pour se souvenir de toucher des cailloux qu’il ramasse et met dans des bocaux. Il dispose ainsi d’un bocal par année qui contient de nombreux cailloux qui sont autant de souvenirs. Chaque pierre lui permet de se rappeler une anecdote de son passé. Le récit est ainsi constitué de tranches de vie, racontées par Florin à ses récents amis. Le thème du roman est donc assez original et poétique d’autant que Florin a vécu des événements peu ordinaires qui rendent ce personnage haut en couleurs et ses auditeurs médusés assez attachants.

« Quand un corps est mis en bière, on enterre surtout des secrets inavouables, des anecdotes savoureuses, des drames personnels, des passions fugaces, bref toute une vie. Depuis, quand je visite un cimetière, je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces histoires enfouies et oubliées. Quel gâchis ! Un cimetière, c’est comme une bibliothèque remplie de vieux livres dont on aurait perdu la clef. C’est le drame d’Alexandrie dans chaque ville. D’ailleurs, en Afrique, un proverbe dit : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »

On trouve beaucoup d’humour dans ce roman. Sa rencontre avec le célèbre écrivain Borgès par exemple, décrite de manière apparemment tout à fait sérieuse est en fait une plaisanterie très drôle, et c’est le cas de toutes les anecdotes plus invraisemblables les unes que les autres, comme celle de la fameuse partie de carte qui donne son nom au roman. L’écriture est vive et pétillante car de nombreux dialogues ponctuent et entrecoupent les récits de Florin, lesquels malgré leur aspect sérieux sont tellement incroyables qu’ils font sourire le lecteur. Peu de réalisme ici, mais une imagination bienfaitrice, débordante et pleine de vie.  

Les chapitres sont écrits avec des points de vue variés : au départ, c’est Pascal qui raconte mais progressivement il laisse de plus en plus souvent la parole à Florin, tandis que quelques chapitres sont de courts passages du journal intime de Margaux. Ainsi, l’on apprend des éléments sur la vie des trois compères et l’on cerne mieux chacun des personnages et l’on voit se tisser peu à peu leur amitié. On trouve plusieurs références littéraires (n’oublions pas que Pascal enseigne la littérature !) en particulier à Giono. Cela donne envie de relire Que ma joie demeure. L’ensemble est empreint d’humour, de beaucoup de fantaisie mais nous donne aussi à réfléchir sur ce que nous faisons de nos souvenirs et sur les rencontres de la vie qui nous font avancer, évoluer et voir le monde autrement. Margaux découvrira la voie qui lui convient grâce à sa rencontre avec Florin. Un roman touchant et original.

La Variante chilienne, de Pierre Raufast

Roman français paru en 2015 chez Alma. 264 pages. 

Blog de l’auteur.

Présentation de La Variante chilienne par Pierre Raufast

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La variante chilienne, de Pierre Raufast
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8 commentaires sur “La variante chilienne, de Pierre Raufast

  • 12 mars 2016 à 10 h 55 min
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    Merci Sandra pour cette belle critique ! 🙂
    Vous pouvez poursuivre l’aventure de Florin sur mon blog raufast.wordpress.com

  • 12 mars 2016 à 11 h 01 min
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    Merci beaucoup pour votre visite sur mon blog, je suis flattée ! Je suivrai les cailloux… 🙂

  • 12 mars 2016 à 12 h 54 min
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    Ce livre est dans ma wish, il a l’air vraiment sympa ! Ton avis me conforte en ce sens.

  • 12 mars 2016 à 13 h 46 min
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    Oui, il est vraiment atypique, et c’est assez rare dans la littérature pour être souligné. Je te souhaite autant de plaisir que j’en ai eu à le lire.

  • 22 mars 2016 à 17 h 57 min
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    bonjour

    ta chronique m’a rendue curieuse : un livre de plus à ajouter dans mon ptit carnet des « à lire » …

  • 22 mars 2016 à 23 h 05 min
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    Tu m’en vois ravie, j’espère qu’il te plaira aussi !

  • 28 mars 2016 à 16 h 13 min
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    Les bergers de l’antiquité qui ne savaient pas compter mettaient un caillou dans un pot pour chaque mouton qui sortait de la bergerie, et en enlevaient un pour chaque animal qui rentrait. S’il restait un caillou, c’est qu’il manquait un mouton, et donc qu’il fallait le chercher ! Il n’est donc pas surprenant qu’il y ait une étymologie latine commune (calculus) entre « caillou » et « calcul ». Mais curieusement ma tête dure comme un caillou n’a jamais été forte en calcul, et quand je la touche avec ma main cela ne me redonne pas la mémoire ! Bizarre non ?

  • 28 mars 2016 à 23 h 56 min
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    😀 De même, j’ai toujours préféré les lettres aux mathématiques !

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