Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

J’avais envie de relire un roman de Gaudé et comme il fait très chaud en été, le titre Le soleil des Scorta m’a semblé convenir parfaitement à la saison. C’est ainsi que depuis mon canapé, je suis partie dans le sud de l’Italie…

L’histoire est celle d’une famille, les Scorta et se déroule dans les Pouilles, région très pauvre de l’Italie, depuis la fin du XIXe jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. Un criminel qui vient de purger une longue peine a une relation unique avec une femme dont naîtra un fils, Rocco. L’enfant est protégé par Don Giorgio, le curé de Montepuccio contre les villageois qui voulaient le laisser mourir.

On suit ensuite la vie de Carmela, Guiseppe et Domenico, enfants de Rocco, ainsi que la vie de Rafaelle leur ami qui s’inscrit comme leur frère. Entachée par ce père peu recommandable, la famille Scorta connaît alors une vie difficile. À la manière d’une tragédie, les Scorta semblent maudits, marqués par la fatalité, comme les Atrides dont je vous avais parlé. Ils partent pour New-York espérant une vie meilleure que celle que leur village inondé de soleil leur promet. Mais ils reviennent très vite à Montepuccio et ouvrent un bureau de tabac…

Ce qui m’a plu, c’est le courage des personnages qui œuvrent pour le bonheur de leur clan.

« Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as plus le temps de voir ta femme et tes enfants, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. Crois-moi. Rien ne valait pour ta mère, tes oncles et moi les années où nous n’avions rien, pas un sou en poche, et où nous nous sommes battus pour le bureau de tabac. C’étaient des années dures. Mais pour chacun d’entre nous, ce furent les plus beaux instants de notre vie. Tout à construire et un appétit de lion. Il faut profiter de la sueur, Elia. Souviens-toi de cela. Après, tout finit si vite, crois-moi. »

La narration est originale : d’abord omniscient, le narrateur extérieur laisse place par moments à Carmela devenue vieille et qui se confie au curé Don Salvatore qui a remplacé Don Giorgio. Elle laisse ainsi remonter des secrets de famille enfouis depuis longtemps. La langue est simple et fluide ; on se laisse ainsi emporter sous le soleil de plomb de cette terre aride, sur le bateau de Domenico, dans le bureau de tabac de Carmela.

On croise les traditions italiennes, l’importance de la religion, la vie d’un village avec ses clans et ses alliances, qui sont autant de thèmes intéressants. La question du bonheur, surtout, se pose tout au long du roman :

« Avait-il été heureux ? Il repensait à toutes ces années. Comment peser une vie d’homme ? Elle avait été comme toutes les autres. Pleine, successivement, de joie et de larmes. »

Cela rend ce livre émouvant et susceptible de toucher chacun d’entre nous, puisque nous nous posons tous ces questions et cherchons tous à être heureux. C’est donc une très bonne lecture pour l’été que je vous recommande vivement !

Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

Roman paru en 2004. 250 pages chez Actes Sud.

Prix Goncourt. Prix Populiste. Prix Jean-Giono. Prix du Meilleur Roman adaptable du Forum international Cinéma & Littérature de Monaco – 2005

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

8 commentaires sur “Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé

  • 8 août 2018 à 21 h 45 min
    Permalink

    Alors là ! J’ai lu ce livre il y a quelques années, et impossible de me souvenir de ce qu’il se passait dans l’histoire, et en lisant ta critique ça ne m’a rien rappelé du tout non plus ! Pourtant je sais que je l’ai lu, je l’ai retrouvé chez moi justement au moment du déménagement… Ta critique me donne envie de le (re)lire du coup !

    Réponse
    • 12 août 2018 à 11 h 43 min
      Permalink

      Ah ça m’arrive parfois ! En tout cas, j’ai trouvé que c’est un bon roman et je croyais moi aussi l’avoir lu mais ça ne devait pas être celui-là parce que l’histoire ne me rappelait rien. Ou alors c’est la vieillesse 😀 ! Bisous Sophie !

      Réponse
  • 9 août 2018 à 8 h 41 min
    Permalink

    Coucou Sandra !
    Ta chronique donne vraiment envie de découvrir ce roman, que je m’empresse d’ajouter à ma wish-list ! ^^ Merci pour le partage ! Belle journée, bisous ♥

    Sue-Ricette

    Réponse
    • 12 août 2018 à 11 h 44 min
      Permalink

      Maintenant qu’il fait moins chaud, tu pourras le lire dans de meilleures conditions 😉 C’est un titre phare de Gaudé, et je pense que c’est mérité. Bon dimanche ensoleillé !

      Réponse
  • 12 août 2018 à 8 h 42 min
    Permalink

    Comme les autres, je ne me rappelle plus vraiment de l’histoire mais du fait que j’avais adoré ce roman oui… Une vraie chance, ça permettra de le redécouvrir avec un oeil neuf et certainement autant de plaisir que la première fois. Bises !

    Réponse
    • 12 août 2018 à 11 h 54 min
      Permalink

      Merci Tara pour ton commentaire, j’espère qu’il te re-plaira si tu as l’occasion de le relire 😉 Bises et bonnes vacances !

      Réponse
  • 29 août 2018 à 8 h 48 min
    Permalink

    Qu’est-ce que j’ai aimé ce livre, et comme vous le soulignez parfaitement, l’originalité de la narration rend ce petit livre parfaitement savoureux.

    Réponse
    • 19 septembre 2018 à 15 h 27 min
      Permalink

      C’est exactement cela : un récit savoureux ! À bientôt !

      Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.