Didierlaurent-liseur

Voilà un petit roman original et bien sympathique ! Après l’avoir vu partout sur les blogs et dans les devantures, me voici revenue en France et devant l’étal de romans, je me surprends à le choisir comme lecture estivale. Bien m’en a pris. Comme je me doutais que je le lirais sans doute un jour, je n’avais pas voulu compulser les critiques professionnelles ou bloguesques pour ne pas me laisser influencer, et c’est à partir de la seule couverture et du titre que j’avais imaginé de quoi pouvait bien parler ce petit roman. Ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’étais attendue.

Guylain Vignolles est un jeune homme célibataire de 36 ans, plutôt solitaire, qui vit avec Rouget de Lisle, son compagnon poisson rouge. Il déteste son travail qui consiste à s’occuper d’une machine ressemblant à une ogresse qui broie des livres pour en faire du papier recyclé. Pour s’échapper de son quotidien sordide et déprimant, il sauve de la machine chaque jour en cachette quelques feuillets. Et le lendemain matin, invariablement, il les lit à haute voix dans la rame de son RER sous l’œil attentif ou médusé des autres voyageurs. Ces lectures vont l’amener à faire des rencontres de personnages atypiques et hauts en couleurs : les sœurs Delacôte et Julie.

Ce que j’ai aimé dans ce roman, ce sont d’abord les personnages, croqués sans concession et avec un humour parfois féroce. C’est le cas notamment des collègues de Guylain. Le gros et le con, ainsi nommés sans même le respect d’une majuscule qui les rendrait humains, images à peine caricaturales du chef aussi autoritaire que tonitruant et de l’employé complètement stupide et jaloux que l’on peut tous rencontrer au cours de notre vie professionnelle, nous font particulièrement sourire.

Mais d’autres personnages, sont aussi dépeints avec beaucoup de tendresse, par exemple, Guiseppe, seul véritable ami du héros, vieux cul-de-jatte italien et l’étonnant Yvon passionné de théâtre qui ne s’exprime qu’en vers. Les uns représentent la bêtise et l’inculture tandis que les autres évoquent au contraire la beauté de l’écriture, la connaissance contre la barbarie. Le héros lui-même, malheureux dans son emploi, plein d’égards pour Guiseppe et pour les petites vieilles est particulièrement attachant. Voici son autoportrait lors de sa visite médicale avec le médecin du travail :

« Pas de problème particulier à signaler ? Je vois que vous semblez en forme malgré un poids à la limite inférieure de la courbe. »

Non, tout ne va pas si bien que ça, eut envie de rétorquer Guylain. J’attends le retour d’un père mort depuis 28 ans, ma mère me croit cadre dans une société d’édition. Tous les soirs, je raconte ma journée à un poisson, mon boulot me dégoûte à tel point qu’il m’arrive de dégueuler tripes et boyaux, et enfin pour couronner le tout, je suis en train de tomber sous le charme d’une fille que je n’ai jamais vue. En résumé, donc, pas de problème, sauf que je suis quand même dans tous les domaines un petit peu « à la limite inférieure de la courbe », si vous voyez ce que je veux dire. Au lieu de cela, Guylain répondit un « Ça va » laconique. »

J’ai également aimé l’histoire, servie par une écriture travaillée et jamais simpliste, où les choses se transforment en personnages sous la plume de l’auteur grâce aux nombreuses personnifications et images. Cela rend le roman tendre et vivant, sans jamais céder à la mièvrerie. Deux personnages poursuivent une quête : Guiseppe est à la recherche de ses jambes perdues, et Guylain à la recherche du bonheur. Ce roman m’a un peu fait penser au film humain, tendre et poétique Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Le liseur donne des petites tranches de bonheur à ses auditeurs matinaux comme ce roman donne à ses lecteurs des petits instants plein d’humanité à savourer, pour voir le monde d’une plus jolie manière. C’est donc un petit roman tendre et savoureux, qui fait du bien, et à mettre entre toutes les mains, surtout en ce moment où le monde semble aller si mal…

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Roman français paru en 2014 chez Gallimard collection Folio. 208 pages. 

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10 commentaires sur “Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent

  • 2 août 2016 à 11 h 41 min
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    Je te le conseille, il fait du bien. Merci beaucoup pour le tag, c’est adorable, je vais aller voir ça 🙂

  • 7 août 2016 à 15 h 46 min
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    Je l’ai lu et j’ai trouvé un peu difficile de rentrer dans l’histoire , mais c’est vrai qu’en s’accrochant, l’intrigue devient plus captivante et la fin est très bien ficelée 😉

  • 9 août 2016 à 11 h 43 min
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    Ah moi je suis vite rentrée dans l’histoire mais c’est vrai qu’elle est très particulière ! 😉

  • 6 avril 2017 à 3 h 31 min
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    Je l’ai fini hier et j’ai a-do-ré ! Je l’ai trouvé drôle et léger, mais bien écrit, avec une plume qui mène là où l’auteur veut nous emmener. J’ai aimé l’aspect un peu loufoque, comme ce personnage qui ne parle qu’en alexandrins ou le poisson Rouget de Lisle 6ème de son nom. C’est le genre de petits détails qui me donnent le sourire en fermant mon livre le soir et qui me donnent envie de le reprendre dès mon réveil pour découvrir d’autres petites extravagances littéraires 🙂

    Dès la première page où Guylain Vignolles nous explique que son nom est sujet à une contrepèterie ridicule depuis toujours, j’ai su que j’allais m’attacher au personnage et que ce livre allait me faire rire. Pari tenu ! Et ça fait du bien 😉

  • 6 avril 2017 à 15 h 28 min
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    Ah je suis très contente qu’il t’ait plu, et en même temps, ça ne m’étonne pas de toi ! C’est vrai que lire un roman feel good et bien écrit, c’est un vrai plaisir. Et maintenant, que vas-tu emporter en vacances ?… Je réponds à ton mail très vite, bisous Sophie !

  • 6 avril 2017 à 16 h 06 min
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    Ah, alors ça, c’est une excellente question !

    J’ai commencé hier un livre écrit par une amie sur la schizophrénie, c’est très intéressant mais assez difficile à lire émotionnellement parlant, c’est pas tellement adapté pour un voyage relax au Costa Rica du coup ! 😀 J’ai aussi commencé « La promesse de l’aube » de Romain Gary, mais les premières pages ne m’ont pas emballé plus que ça. J’ai « J’irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian et « Les racines du ciel » de Romain Gary dans ma liste de livres à lire, mais pareil, je le sens pas trop pour des vacances… Va falloir que je me décide vite pourtant, et surtout que je rentre vite en France cet été pour renouveler mon stock avec les idées piochées sur ton blog !

    Bises Sandra !

  • 7 avril 2017 à 11 h 09 min
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    Oh j’ai adoré La Promesse de l’aube : c’est plein de tendresse, mais aussi d’humour, et c’est tellement bien écrit ! Cette mère envahissante est très attachante. Insiste un petit peu et si vraiment ça ne vient pas, tant pis laisse tomber ! Pour des vacances, je te conseille Les délices de Tokyo, c’est super beau !

  • 7 avril 2017 à 15 h 07 min
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    ALors j’emmène La promesse de l’aube, je te fais confiance ! Je te dirai ce que j’en ai pensé !

  • 7 avril 2017 à 15 h 50 min
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    Ouh là, j’ai la pression maintenant ! J’espère que ça te plaira finalement, mais je l’ai lu deux fois et j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est poétique et tout. J’ai hâte de savoir si tu vas le finir ou le jeter aux crocos…

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