La Louve de Paul-Henry Bizon

Pour cette rentrée littéraire j’avais choisi un premier roman d’une écrivaine dont j’ai été très déçue. Pour ne pas rester sur un échec, j’ai alors tenté un autre premier roman d’un nouvel écrivain. Comme d’habitude, je n’ai pas lu la 4e de couverture, je ne savais donc à quoi m’attendre et j’imaginais, en raison du titre, un roman de terroir ou sur une mère-poule. Mais ce roman ne correspond pas à ce à quoi je m’attendais et m’a bien surprise.

Le début commence plutôt comme une histoire de famille : Camille Vollot reprend la boucherie de son père dans la campagne vendéenne. Mais une succession d’événements va changer le cours des choses. Camille, aidé de sa compagne Victoire va finalement créer une coopérative de paysans vertueux baptisée La Louve, et tenter de rivaliser avec la production et vente industrielles de malbouffe pas chère. Ensuite, un parisien sans scrupule avide d’argent et menteur comme un arracheur de dents va feindre être intéressé par cette agriculture alternative et lui proposer une association.

Camille m’a fait penser à une partie grandissante de la société actuelle des pays dits développés : on le voit évoluer, passer de la viande aux légumes, d’une agriculture plutôt néfaste pour la nature (le bœuf par exemple nécessite l’usage de beaucoup d’eau) à la permaculture qui non seulement ne détruit pas la nature mais produit des aliments sains. Camille symbolise donc la prise de conscience d’une partie de la population qui voudrait se nourrir mieux et autrement et surtout sans massacrer la Terre.

« Il avait confiance en la nature et ne cherchait pas à la contraindre par des moyens artificiels mais plutôt à la soutenir, à magnifier son génie. Tous les gens qu’il admirait et qui lui avaient appris des choses fondamentales sur la culture de la terre et l’élevage étaient des penseurs, des anarchistes, des intellectuels marginaux qui refusaient toute forme d’habitude. »

À l’opposé, on trouve Raoul Sarkis, toujours prêt à « faire du fric » et qui compte surfer sur la vague des bobos parisiens soudainement épris d’écologie qu’il méprise au plus haut point. Son magnétisme est aussi le reflet d’une certaine partie de la société qui ne valorise que l’argent, prétendument symbole de la réussite professionnelle, et les apparences de la richesse. Or il s’avère que cet homme est un escroc de taille qui va menacer le fragile équilibre que Camille a réussi à mettre en place. C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer, et je vous laisse lire la fin du roman pour voir s’il est permis ou non de contredire les morales de La Fontaine…

Ce roman a le mérite de nous faire réfléchir sur la société de consommation dans laquelle nous vivons, et très clairement, l’auteur prend parti pour les paysans. J’ai cependant trouvé que les personnages étaient un peu caricaturaux (même si je sais que la vérité dépasse parfois la fiction), notamment ces parisiens superficiels qui ne cherchent qu’à paraître et à se montrer avec d’autres plus riches et influents qu’eux. Très ancré dans le réel avec les noms de lieux, de personnalités politiques réelles, ce roman attire notre attention sur ce qu’est notre société actuelle industrialisée. Les romans militants écolos ne courent pas les rues, et ça fait bien plaisir d’en lire un.

« En massacrant le sol sur lequel elle vivait, l’humanité s’était condamnée plus sûrement qu’avec ses guerres continuelles. »

Mais il manque un petit quelque chose pour me satisfaire pleinement. L’écriture elle-même est fluide, mais je l’ai trouvée relativement neutre, sans effet particulier. D’autre part, quelque chose m’a gênée ; je me pose une question à laquelle vous saurez peut-être répondre : pourquoi les écrivains intègrent-ils de plus en plus souvent des scènes de cul dans leurs romans ? Là, franchement, je n’ai pas trouvé que ce soit très utile ! Et si c’est pour vendre, alors l’auteur tombe dans le piège qu’il dénonce lui-même du « tout pour faire du chiffre », ce qui m’étonnerait un peu. Cela dit, c’est un roman écolo et engagé assez agréable à lire, qui dénonce une partie du système dans lequel nous vivons.

La Louve, de Paul-Henry Bizon

Roman français paru en 2017. 256 pages chez Gallimard (collection Blanche). 

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8 commentaires sur “La louve, de Paul-Henry Bizon

  • 3 novembre 2017 à 8 h 47 min
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    Entre roman et documentaire ce livre ?
    Concernant ta remarque sur les scènes de « cul » … je n’en ai pas spécialement remarqué dans mes lectures 😉 par contre dans certains films c’est le passage obligé !

  • 3 novembre 2017 à 9 h 21 min
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    Ce roman est bien une fiction mais qui s’inscrit dans une réalité bien concrète. Cela nous fait ainsi réfléchir au monde qui nous entoure, car c’est bien, hélas, celui qui est décrit dans le roman et qui tarde à se préoccuper d’écologie pour contenter les lobbies et rois de la finance !

  • 3 novembre 2017 à 11 h 19 min
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    J’étais complètement passée à côté de ce titre… Pourquoi pas !

  • 3 novembre 2017 à 22 h 36 min
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    Oh il y a tellement de livres qui sortent chaque année (environ 800 je crois) qu’il est impossible de tout lire ni même d’avoir entendu parler de tout. Je ne sais plus comment j’avais repéré le titre, et la lecture fut assez agréable.

  • 4 novembre 2017 à 16 h 44 min
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    On ne peut absolument pas tout lire et j’oserais même dire que c’est préférable, car tout n’est pas de la même qualité.

  • 5 novembre 2017 à 12 h 31 min
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    Bienvenue sur Bibliblog ! Tout à fait d’accord sur le fait qu’il est impossible de tout lire, et heureusement !

  • 6 novembre 2017 à 7 h 32 min
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    Moi aussi je me laisse surprendre par le sujet et je ne lis qu’exceptionnellement les quatrième de couverture. Je n’ai pas entendu encore parler de ce roman écolo et dans l’air du temps, ni remarqué les scènes de cul dans mes précédentes lectures sauf dans « le garçon » de Marcus Malte. Selon le thème, cela n’est pas à propos en effet. Je verrai si je me laisse tenter par celui-ci ou pas et avant tout je vais le chercher en médiathèque. Une belle journée

  • 6 novembre 2017 à 13 h 56 min
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    Il y a tant de livres à découvrir ou à relire ! Celui-ci, d’après moi ne fait pas partie des lectures majeures, mais il a le mérite de dénoncer les arnaques dont sont parfois victimes les paysans qui essaient de nous nourrir sainement et de lutter contre le système. J’ai appris hier qu’il s’inspire d’un fait réel mais n’étant plus en France depuis un moment, je n’étais pas au courant. Belle journée à toi aussi !

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