Gogol Manteau nez

L’histoire se déroule à Saint Pétersbourg, en Russie, sans doute au début du XIXe siècle. Gogol a réussi à faire d’Akaki Akakievitch un véritable héros. Pourtant rien ne le prédisposait à en devenir un.

C’est en effet un bureaucrate terne d’une cinquantaine d’années, célibataire, repoussé voire harcelé par ses collègues de bureau, qui nous est présenté dans cette nouvelle. Le travail de cet homme consiste à faire de la copie d’articles à la main. C’est un travail qui pourrait sembler, à l’image du héros lui-même, monotone et fastidieux mais Akaki Akakievitch l’aime avec passion, il est d’ailleurs la risée de ses collègues pour cette raison. Lorsqu’un de ses supérieurs lui propose de rédiger une lettre (une promotion en somme, puisqu’il ne s’agit plus simplement de copier), notre fonctionnaire zélé refuse : il préfère continuer à s’adonner à son art de recopier avec soin et application les articles qui lui sont fournis. Même pendant son temps libre, il aime copier et n’a d’ailleurs pour seule richesse que quelques plumes. La narration est à la troisième personne, mais le narrateur intervient de temps à autres pour nous donner l’illusion qu’il retrace l’histoire d’une personne ayant vraiment existé, et il le fait de manière vive, agréable et assez drôle. Un jour, Akaki Akakievitch se rend compte que son manteau est très usé et se rend chez son tailleur pour le faire arranger. Ce dernier refuse car l’étoffe est trop abimée pour être réparée et conseille à notre héros de s’en faire faire un nouveau. Mais le prix d’un manteau est très élevé pour le maigre salaire d’un bureaucrate. La nécessité de renouveler son manteau va bouleverser la vie d’Akaki Akakievitch… Gogol parvient à faire d’une histoire apparemment banale une très belle nouvelle, qui au passage critique le système de l’administration russe autant que certains comportements humains. Il ose élever au rang de héros un personnage au départ fade et qui pourrait paraître sans épaisseur, mais qui inspire peu à peu le respect du lecteur devant son amour du travail bien fait et son dévouement. La fin de la nouvelle évolue dans un registre fantastique, ce qui crée un rebondissement aussi inattendu qu’appréciable.

« Nulle part on n’eût trouvé d’employé qui remplît ses devoirs avec autant de zèle que notre Akaki Akakievitch. Que dis-je, zèle, il travaillait avec amour, avec passion. Quand il copiait des actes officiels, il voyait s’ouvrir devant lui un monde tout beau et tout riant. Le plaisir qu’il avait à copier se lisait sur son visage. Il y avait des caractères qu’il peignait, au vrai sens du mot, avec une satisfaction toute particulière ; quand il arrivait à un passage important il devenait un tout autre homme : il souriait, ses yeux pétillaient, ses lèvres se plissaient et ceux qui le connaissaient pouvaient deviner à sa physionomie quelles lettres il moulait en ce moment. S’il avait été payé selon son mérite, il se serait élevé, à sa propre surprise, peut-être au rang de conseiller d’Etat. Mais, comme disaient ses collègues, il ne pouvait porter une croix à sa boutonnière et toute son assiduité ne lui valait que des hémorroïdes. »

Le Nez est la première nouvelle de Gogol et même si dans le recueil que j’ai lu elle est placée en seconde position, elle a été écrite avant Le Manteau. Le Nez est une nouvelle fantastique assez amusante. Un barbier trouve un matin dans le pain de son petit déjeuner… un nez. Il le reconnaît immédiatement car il rase de près son propriétaire très régulièrement. Le barbier cherche alors à s’en débarrasser discrètement, de peur d’être accusé d’avoir volé ce nez. Parallèlement, Kovaliov son propriétaire se réveille sans nez et va tout faire pour cacher son visage devenu très étrange, et pour retrouver son appendice nasal… Cette nouvelle avait été très décriée à sa sortie car considérée comme « sale et triviale ». Personnellement, je l’ai moins aimée que Le Manteau que j’ai trouvée plus aboutie et plus construite. Je n’avais jamais encore rien lu de cet auteur et j’avoue que j’ai été surprise car je ne savais pas qu’il avait rédigé des œuvres fantastiques.

« Mais ce qui est le plus étrange et le plus incompréhensible, c’est que les auteurs puissent choisir des sujets pareils pour leurs récits. Cela, je l’avoue, est tout à fait inconcevable ; cela, vraiment… non, non, cela me dépasse. En premier lieu, il n’en résulte aucun bien pour la patrie et en second lieu… mais en second lieu également, il n’en résulte non plus aucun mal. C’est tout simplement un je-ne-sais-quoi. Et pourtant, avec tout cela, quoique… certes, on puisse admettre bien des choses, peut-être même… et enfin où ne se glisse-t-il pas certaines discordances ?… Et tout de même, quand on y réfléchit bien, il y a vraiment quelque chose là-dedans. On a beau dire, de pareils faits arrivent dans ce monde, rarement, mais ils arrivent… »

Le Manteau, le Nez, de Nicolas Gogol

Nouvelles russes parues respectivement en 1843 et 1836, puis éditées en 2006 chez Garnier-Flammarion (collection Étonnants classiques). 107 pages. Lu en format électronique. 

Titre original : Шинель, Нос, traduites par Lucile Nivat.

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6 commentaires sur “Le Manteau et Le nez de Nicolas Gogol

  • 11 mai 2016 à 17 h 00 min
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    ça me rappelle le bac ! On avait « nouvelles de St Petersbourg » de Gogol à lire et celles-ci en font partie ! J’ai jamais rien capté à ces lectures ! Le gars qui retrouve son nez dans un pain, avoue qu’il faut de l’imagination ! lol
    Bref, j’en garde un souvenir vraiment négatif ! Trop bizarre pour moi ! 🙂

  • 11 mai 2016 à 23 h 35 min
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    Oui c’est vrai que c’est très étrange, surtout Le Nez, j’ai largement préféré Le Manteau ! 😉

  • 18 mai 2016 à 8 h 11 min
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    C’est un récit très plaisant, tant mieux s’ils apprécient ! Personnellement, j’ai préféré le Manteau, mais les deux nouvelles sont vraiment agréables à lire.

  • 23 septembre 2016 à 16 h 50 min
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    j’ai adoré « Le manteau » et « Le nez » m’a amusée, j’ai enchaîné avec « Le journal d’un fou » qui m’a aussi beaucoup plu.
    donc envie de découvrir toute son œuvre

  • 23 septembre 2016 à 16 h 51 min
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    Je ne connais pas Le Journal d’un fou, mais rien que le titre, ça me plait bien, ça doit être assez amusant.

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