Monde-flottant-de-Crécy

J’ai reçu Un monde flottant à Noël, c’est une de mes filles qui me l’a offert. Comme elle sait que j’adore les haïkus et que mon mari adore les BD, elle a pensé qu’un ouvrage qui combine à la fois le dessin et la poésie pourrait nous plaire. Je n’ai pas du tout l’habitude de cette forme si particulière d’art et je trouve très bien de sortir parfois de sa zone de confort.

Il s’agit donc de mon premier billet sur un roman graphique présenté sous la forme d’un livre-accordéon. En fait, je ne sais pas trop comment appeler ce livre, parce que ce n’est pas à proprement parler un « roman » graphique. J’invente alors le concept de haïku-graphique.

Nicolas de Crécy explique en préambule son souhait de faire apparaître les yokai, qui sont des sortes de divinités japonaises plutôt espiègles au sein du Japon moderne, dans les villes de Tokyo et de Kyoto. Et le pari est réussi ! Les dessins nous font percevoir ce que nous ne voyons pas dans notre quotidien, soit parce que nous ne prenons pas le temps, soit parce que nous manquons de poésie… Un chat à deux queues qui tire la langue à des divinités-chiens sur un passage piéton au cœur de Tokyo par exemple. Ou le yokai qui abat son marteau pour secouer la terre, provoquant ainsi un séisme. Ce haïku graphique permet de nous faire voir la réalité autrement. Moi qui suis tokyoïte depuis quelques temps, j’ai particulièrement apprécié de voir ma ville d’adoption d’une manière inédite.

Certains dessins sont en noir et blanc, d’autres en couleurs. La précision est de mise dans les dessins de la ville : les rues, les bâtiments, les nombreuses enseignes et publicités sont tracées de manière sûre sans être trop appuyées. Le graphisme urbain est assez réaliste, on reconnaît tout à fait des quartiers comme Ikebukuro, ou la douceur de Kyoto. Cela peut paraître surprenant de qualifier des dessins de réalistes alors qu’ils représentent aussi des fantasmagories. Mais le dessin est alors différent.

Les yokai, eux, sont en effet réalisés d’un trait plus simple, presqu’enfantin par moments, comme pour nous dire qu’il faut les yeux d’un enfant pour apercevoir l’invisible ; la beauté grotesque des yokai, leur esprit facétieux sont mis en valeur par des rondeurs et une taille démesurée dans une capitale pourtant géante. Ces divinités flottent ainsi au-dessus du Japon, sans que la vie des habitants semble perturbée : les taxi continuent de rouler, la pluie de tomber et les gens de marcher…

Cet univers particulier évoque les anime de Miyazaki dont je ne suis pourtant pas friande, car je trouve ceux que j’ai vus effrayants et pessimistes (peut-être faudrait-il que je les revoie). Mais dans Un monde flottant, les couleurs des yokai sont gaies et chaudes, ce qui contraste avec le côté sombre de la ville ou la blancheur de la neige et lui donne une atmosphère plus chaleureuse, plus vivante et plus fantaisiste.

Crecy-monde-flottant

Certains dessins, comme celui de la couverture, représentent la nature, une allée, un temple, et j’ai beaucoup aimé leur graphisme. Ce sont des endroits reposants, qui pourraient donner une impression d’austérité en raison de leur fixité, mais cela est justement contrebalancé par la présence inattendue des yokai.

Les dessins, qui s’ouvrent sur une double page sont presque tous accompagnés de textes. Je pensais que ce seraient des haïkus d’auteurs japonais mais ils sont de Nicolas de Crécy aussi. J’ai trouvé que les haïkus étaient trop peu nombreux à mon goût. En voici que j’ai particulièrement appréciés :

« On ne plaisante plus

Les cœurs sont en suspens

Quand la terre tremble. »

« Parapluie oublié

Elle rêve du bonheur

À sa porte. »

Mais curieusement, les dessins qu’ils accompagnent ne sont pas mes préférés, c’est pourquoi j’ai séparé les dessins des textes dans ce billet, ce qui peut apparaître comme une hérésie pure et simple aux amateurs éclairés. J’assume ce choix et rappelle que c’est mon premier billet du genre 😉 Un haïku graphique à lire, pour découvrir le Japon autrement.

Un monde flottant, de Nicolas de Crécy

Roman graphique français paru en 2016. 62 pages (livre-accordéon) chez Soleil, collection Noctambule. 

 

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7 commentaires sur “Un monde flottant de Nicolas de Crécy

  • 20 janvier 2017 à 10 h 05 min
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    Ca a l’air vraiment très beau ! J’en avais déjà entendu parler, du coup ça me rend encore plus curieuse. 🙂 Faute de pouvoir l’acheter, je le feuilletterai sûrement dans une librairie, aha.

  • 20 janvier 2017 à 11 h 05 min
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    J’espère qu’il te plaira si tu le lis, on voit ensuite les choses différemment, c’est intéressant et poétique.

  • 20 janvier 2017 à 11 h 19 min
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    Super découverte, ce que tu en dis donne envie d’aller y fourrer le nez en tout cas ! Merci pour le partage.

  • 20 janvier 2017 à 11 h 30 min
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    Pour moi aussi ce fut une très belle découverte, surtout d’un univers livresque que je ne connais pas. L’idée d’associer haïku et dessins est vraiment intéressante. L’auteur explique au début que cela ressemble aux anciens rouleaux japonais.

  • 21 janvier 2017 à 23 h 01 min
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    Les dessins ont l’air magnifiques!
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  • 22 janvier 2017 à 1 h 00 min
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    Oui, les dessins sont très originaux, je n’avais jamais pensé aux yokai quand je traverse les rues et maintenant, ça me fait sourire !

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