musset-badine

Pour le classique du mois, j’ai choisi cette fois-ci une pièce de théâtre. J’ai relu avec un plaisir toujours aussi grand cette pièce de Musset que j’avais découverte il y a longtemps au lycée. C’est un court drame romantique en prose et en 3 actes, dont l’intrigue est assez simple. Le Baron veut marier son fils Perdican avec la cousine du jeune homme, Camille, qui sort du couvent. Mais très vite, le Baron est déçu : autant Perdican semble heureux de retrouver Camille qui fut sa partenaire de jeux lorsqu’ils étaient enfants, autant la jeune fille affiche une froideur et une dureté incompréhensible à l’égard de son cousin.

Elle finit par expliquer qu’elle compte repartir le lendemain au couvent où elle entend se faire nonne, influencée par les sœurs qui lui ont donné une image très négative des hommes et de l’amour, ce qui rappelle les mises en garde de Mme de Chartres à sa fille la Princesse de Clèves dans le roman éponyme de Mme de La Fayette… Perdican tente de la dissuader d’une telle voie.

« Es-tu sûre que si l’homme qui passe était celui qui les a trompées, celui pour qui elles pleurent et elles souffrent, celui qu’elles maudissent en priant Dieu, es-tu sûre qu’en le voyant elles ne briseraient pas leurs chaînes pour courir à leurs malheurs passés, et pour presser leurs poitrines sanglantes sur le poignard qui les a meurtries ? ô mon enfant ! sais-tu les rêves de ces femmes qui te disent de ne pas rêver ? Sais-tu quel nom elles murmurent quand les sanglots qui sortent de leurs lèvres font trembler l’hostie qu’on leur présente ? Elles qui s’assoient près de toi avec leurs têtes branlantes pour verser dans ton oreille leur vieillesse flétrie, elles qui sonnent dans les ruines de ta jeunesse le tocsin de leur désespoir, et qui font sentir à ton sang vermeil la fraîcheur de leurs tombes, sais-tu qui elles sont ? »

J’ai aimé le contraste entre les deux protagonistes : l’un est lyrique, amoureux et tendre tandis que l’autre est sèche, orgueilleuse et mal aimable, à l’image de leurs gouverneurs respectifs Maitre Blazius et Dame Pluche.

« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Mais les personnages évoluent au cours de la pièce, et Perdican s’il est réellement amoureux, décide de tendre un piège à Camille. C’est Rosette, sœur de lait de Camille, qui fera les frais du dévoilement progressif des vrais sentiments des deux jeunes héros.

J’ai adoré le personnage romantique de Perdican, qui s’exprime avec un magnifique lyrisme et qui se fait prendre à son propre piège sous l’œil horriblement culpabilisateur de Camille. Même les personnages secondaires sont intéressants, qu’il s’agisse des gouverneurs ou du curé, car ils sont de véritables caricatures aussi drôles que ridicules.

J’ai trouvé intéressantes les critiques de la religion vue comme un dogme en dehors de toute considération de la réalité des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs qualités et leurs défauts. J’ai apprécié aussi les critiques à l’égard des préjugés sur le niveau social et le comportement à adopter selon sa naissance, sur l’image que l’on donne aux autres etc. Enfin, j’ai adoré le style de Musset, limpide, simple et en même temps beau grâce à de très belles envolées lyriques.

C’est donc une excellente pièce de théâtre, très bien écrite, qui fait réfléchir sur l’amour, qui fait rire par moments, et qui fait pleurer sur la malheureuse Rosette, jouet nécessaire pour que la vérité des sentiments éclate. Cette courte pièce très facile à lire est vraiment à mettre entre toutes les mains.

On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset

Pièce parue en 1834. 185 pages chez le Livre de Poche. 

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4 commentaires sur “On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset

  • 5 août 2016 à 11 h 06 min
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    Hmm bel article. Ce livre me fait de l’œil à chaque fois que je le croise, puis je l’oublie pensant, à tort, que je n’aimerais les classiques. Ta chronique vient de me démontrer le contraire. Je pense que cela pourrait être très rafraichissant. Et puis aprés tout, comme tu l’as si bien démontré, ce sont des choses sérieuses, on ne badine pas avec l’amour 😀

  • 15 août 2016 à 3 h 55 min
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    Il ne faut pas avoir peur des classiques, je trouve que souvent, ce sont des valeurs sûres. en plus celui-la est très vite lu, donc au pire s’il ne plaît pas, tu n’auras pas perdu trop de temps 😉

  • 20 août 2016 à 21 h 28 min
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    Je suis totalement d’accord avec ton analyse 🙂

  • 21 août 2016 à 16 h 03 min
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    En fait, je me rends compte que les classiques plaisent plus qu’on ne le croit (sauf peut-être quand ils sont en lecture obligatoire au lycée). Beaucoup de gens les apprécient, même parmi les jeunes 🙂

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