Ferrante-le-nouveau-nom

Après avoir découvert l’enfance et le début de l’adolescence de Lina et Lenu dans L’Amie prodigieuse, je n’ai pu résister à l’envie de lire la suite tant le premier tome m’avait plu. Ce deuxième volet m’a conquise encore une fois. Le Nouveau nom raconte la fin de l’adolescence et le début de la vie d’adulte des protagonistes.

Les personnages sont toujours aussi attachants et changent par rapport au premier tome puisqu’ils atteignent un âge où la personnalité se forge. Lina, jeune mariée de 16 ans s’est rendue compte dès le soir de ses noces qu’elle ne pourra jamais aimer Stefano qui l’a déçue en s’alliant aux camorristes, les frères Solara. Quant à Lenu la narratrice, elle poursuit sa vie de lycéenne et se montre zélée et soucieuse de réussir. Mais lorsque l’été arrive, les deux amies se retrouvent sur l’île d’Ischia où elles vont découvrir l’amour ce qui fera prendre un nouveau tournant à leur vie.

J’ai aimé la force de caractère de ces jeunes femmes qui osent affronter, chacune à sa manière, les hommes et les codes de leur époque pour s’émanciper et jouir de leur liberté. Cette liberté se retrouve à tous les niveaux : par rapport aux hommes, à la famille, aux préjugés sociaux, à l’éducation. Lina et Lenu sont de véritables héroïnes, symboles des féministes qui ont participé à la révolution sociale (même s’il reste encore beaucoup à faire), bien qu’elles ne se revendiquent pas comme telles.

J’ai aimé la façon de l’auteur de montrer la difficulté de l’ascension sociale de Lenu. Elena souffre toujours de son milieu d’origine, malgré les diplômes qu’elle obtient au fil des années. Elle est trahie par son accent napolitain, par ses gestes gauches, par la méconnaissance de codes d’un niveau social auquel elle n’appartient pas. C’est très dur, je trouve, et bien injuste mais beaucoup de personnes ayant vécu l’ascenseur social se reconnaîtront sans nul doute dans les tourments de l’héroïne. Finalement, elle se sent exclue de son milieu d’origine et de celui auquel elle tente d’accéder. Quelle solitude ! Et il est lui est impossible de partager cette incertitude avec quiconque : qui la comprendrait ?

« Le mérite ne suffisait pas, il fallait autre chose, que moi je n’avais pas et ne savais pas apprendre. »

La plume de l’auteur, toujours aussi belle et fluide, nous fait une peinture sociale de l’Italie d’après-guerre : la mafia, les combines, la pauvreté, les cercles d’intellectuels, la politique, tout y est et comme la première fois, emporte le lecteur au fil des pages. On entend crier en dialecte dans la cour, des clans familiaux se font, s’affrontent, se défont, les médisances sur les uns et les autres vont bon train. L’ensemble est très réaliste, haut en couleur et le lecteur s’y laisse prendre avec délices. J’aime cette écriture authentique et cette phrase qui s’adresse à Lenu pourrait tout à fait s’appliquer à l’auteure dont elle est peut-être le double de papier :

« […] ne changez pas une virgule, dans votre écriture il y a la sincérité, le naturel et le mystère qu’on ne trouve que dans les vrais romans. » 

Au cours de ce roman, Elena et Lina vont prendre leurs distances l’une par rapport à l’autre, se retrouver, se séparer à nouveau etc. Le lecteur sent à quel point ce roman traite de l’amitié. Ce lien indéfectible se trouve malmené, mais leur complicité, leur complémentarité sont plus fortes que les aléas de la vie et les chemins très différents qu’elles empruntent, et on a l’impression que rien ne pourra vraiment les séparer. Pourtant, par moments elles ne se comprennent plus si bien. 

« Toute la vie, on aime des gens qu’on ne connaît jamais vraiment. »

Je trouve cruelle la différence de vie entre les amies, toutes les deux n’ayant pas obtenu les mêmes chances. Encore un très bon roman. J’attends avec impatience de lire la suite dans les mois qui viennent…

Le nouveau nom, (L’amie prodigieuse tome 2) d’Elena Ferrante

Roman italien paru en 2016.

560 pages chez Gallimard (collection Du monde entier). 

Titre original : Storia del nuovo cognome, traduit par Elsa Damien.

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9 commentaires sur “Le nouveau nom, d’Elena Ferrante

  • 14 avril 2017 à 10 h 13 min
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    Je n’ai pas encore lu le premier mais cette histoire me tente – j’en ai entendu beaucoup de bien. Et je pense me laisser séduire par cette fresque Italienne.
    Merci Sandra et belle fin de journée!

  • 14 avril 2017 à 13 h 13 min
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    C’est vrai qu’on entend beaucoup parler de cette saga et c’est une bonne chose car elle est vraiment passionnante. Je te la recommande chaudement. Profite bien du grand week-end !

  • 14 avril 2017 à 14 h 10 min
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    Critique rondement menée encore une fois ! L’histoire a l’air vraiment intéressante tout comme les deux héroïnes. Merci pour cette découverte <3

  • 15 avril 2017 à 9 h 15 min
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    Merci ma jolie, je te conseille cette très belle histoire superbement écrite, je pense que ça pourrait te plaire. <3

  • 1 mai 2017 à 11 h 48 min
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    Je suis justement en train de lire le 1er volet, je ne fais que survoler ton billet ^^

  • 3 mai 2017 à 2 h 59 min
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    Je comprends tout à fait, et je pense que si tu aimes le premier tome, tu ne pourras qu’apprécier le deuxième : il est de la même veine ! Très bonne lecture et à bientôt !

  • Pingback: Celle qui fuit et celle qui reste d'Elena Ferrante

  • 1 octobre 2017 à 13 h 54 min
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    C’est dingue, je réalise en lisant ton avis sur ce tome 2 combien nos mots pour en parler sont proches, voire similaires! Et cela me fait presque bizarre et pourtant cela ne devrait pas car cela montre l’universalité de ce roman qui nous a si bien touché et parlé.

    Oui il y a quelque chose de cruel dans l’impossibilité qu’a eu Lila de poursuivre ses études malgré son intelligence et d’être « réduite » à ce statut d’épouse « insoumise » limite caractérielle. Cela tend bien à prouver que les rencontres que nous faisons sur le chemin de nos vies ont leur importance quant à nos chances de réussite ou pas.
    Parce que je n’ai pas lu le tome 3, je me dis que la roue va tourner et qu’il y aura aussi un moyen pour elle de briller intellectuellement et sortir de la misère. D’autres paramètres, me font craindre aussi le contraire…

    Elena Ferrante nous montre aussi que rien n’est acquis et que les barrières sociales sont plus que réelles et ne s’abattent jamais vraiment.

    J’ai vraiment hâte de lire la suite 🙂

    (merci d’être passée sur mon blog et de m’avoir permis de découvrir le tien)

  • 2 octobre 2017 à 14 h 52 min
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    Oui c’est amusant que nous disions la même chose 🙂 C’est vrai, rien n’est jamais acquis, surtout pour les femmes comme le disait si bien Simone de Beauvoir. Quant aux barrières sociales, comment les abattre ? On peut encore aujourd’hui se poser la question… C’est pourquoi cette saga est intéressante à plus d’un titre : elle nous fait découvrir un pan de l’histoire récente de l’Italie tout en nous faisant réfléchir à des questions toujours d’actualité. Je te souhaite une très belle lecture du tome 3 😉

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