Schmitt-oscar-dame-rose

Lors de vacances, plusieurs livres traînaient dans le gîte que j’avais loué. J’ai choisi celui-là un peu au hasard, à cause de l’auteur que je connaissais très peu et à cause de sa taille : je n’avais pas beaucoup de temps à passer dans ce gîte, et il fallait que j’aie le temps de finir le livre. J’ai été surprise de voir qu’il s’agissait plutôt d’un ouvrage destiné à la jeunesse. Seconde surprise, le genre est assez inclassable : ce n’est pas vraiment un roman, ni un conte philosophique, ni une pièce de théâtre et pourtant, c’est un peu tout cela à la fois.

Il s’agit de quatorze lettres écrites par Oscar, cloitré dans un hôpital pour soigner son cancer. Dans chacune d’elle, il s’adresse à Dieu. Dans la quatorzième et dernière lettre c’est Mamie-Rose qui s’adresse au même destinataire. Oscar est un enfant de 10 ans qui comprend que ses jours sont comptés. La greffe de moelle osseuse censée soigner sa leucémie ne semble pas avoir été un succès. À l’hôpital, il s’est lié d’amitié avec une des dames en rose qui rendent visite aux malades, et qu’il a affectueusement surnommée Mamie-Rose car il s’est attaché à cette grand-mère de substitution. Cette dernière, chrétienne, lui soumet la voie de la foi et parle avec lui à la manière d’un philosophe et son disciple, comme dans un dialogue socratique, comme ici, lorsqu’ils observent un Christ sur la croix.

« – Réfléchis, Oscar. De quoi te sens-tu le plus proche ? D’un Dieu qui n’éprouve rien ou d’un Dieu qui souffre ?

– De celui qui souffre, évidemment. Mais si j’étais lui, si j’étais Dieu, si, comme lui, j’avais les moyens, j’aurais évité de souffrir. 

– Personne ne peut éviter de souffrir. Ni Dieu ni toi. Ni tes parents ni moi.

– D’accord. Mais pourquoi souffrir ?

– Il y a souffrance et souffrance. Regarde mieux son visage. Observe. Est-ce qu’il a l’air de souffrir ?

– C’est curieux. Il n’a pas l’air d’avoir mal.

– Voilà. Il faut distinguer deux peines, mon petit Oscar, la souffrance physique et la souffrance morale. La souffrance physique, on la subit. La souffrance morale, on la choisit. »

Il évoque dans ces lettres toutes les choses importantes de la vie : l’amour, l’amitié, la famille, la peur de la mort, la maladie, la foi. Mamie-Rose a en effet proposé à Oscar une expérience originale : imaginer que chacun des prochains dix jours qu’il va vivre compte pour 10 ans. Il va ainsi vivre un condensé de la vie humaine en une journée. Par exemple, il découvre l’adolescence, l’amour et la rivalité avec ses camarades infortunés qui eux aussi habitent à l’hôpital en seulement 24 heures.

Cette idée insolite permet à Oscar de se poser les bonnes questions, d’aller à l’essentiel et d’éviter de perdre le temps qu’il n’a plus. Le langage est cru, familier, allant même jusqu’à l’argot à certains moments, qu’il s’agisse des paroles de l’enfant ou de celles de Mamie-Rose : cela donne une touche de réalisme et montre l’urgence de la situation. La langue n’a pas le temps de se parer d’atours et se fait donc simple sans être simpliste, reflétant le discours supposé d’un enfant de cet âge. Le rythme est intéressant ; il s’accélère puisque globalement, les lettres sont de plus en plus courtes, créant là encore un sentiment d’urgence et reflétant également la brièveté de la vie.

J’ai aimé que ce roman ne tombe pas dans le pathos auquel on aurait pu s’attendre. L’auteur évite ce piège et propose une amorce de réflexion philosophique qui peut parler à chacun de nous. J’ai apprécié aussi le personnage de Mamie-Rose, femme au discours enjoué, qui est la seule à affronter l’idée de la mort qu’elle partage, en raison de son âge avancé, avec le jeune malade. Elle est très créative et imaginative, ne cherche jamais à convertir Oscar mais plutôt à lui proposer une voie à laquelle il n’avait pas songé. Elle est amusante lorsqu’elle évoque son ancienne vie de catcheuse, bref, elle est un vrai rayon de soleil qui aborde la mort sans l’éluder, et se montre positive sans jamais donner de faux espoirs à Oscar.

C’est donc un petit livre qui explore les questions existentielles de manière originale et plaisante et qui peut séduire même les plus jeunes lecteurs.

Oscar et la dame rose, d’Éric-Emmanuel Schmitt

Roman français paru en 2002 chez Albin Michel. 100 pages. 

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Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt
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4 commentaires sur “Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt

  • 26 août 2016 à 11 h 43 min
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    Une lecture dont je garde un très fort souvenir, très émouvante, et particulièrement intelligente !

  • 1 septembre 2016 à 3 h 59 min
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    C’est exactement cela, une écriture fine et intelligente sur un sujet très délicat.

  • 2 septembre 2016 à 4 h 23 min
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    Pendant des années il fut mon livre préféré. Pour moi qui ait une peur bleue de mourir ça me faisait beaucoup de bien de lire ce livre.

  • 2 septembre 2016 à 8 h 49 min
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    Ce livre a le mérite effectivement de dédramatiser la mort, et il est touchant.

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