Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi

C’est encore mon amie Sandrine qui m’a suggéré ce roman. Il raconte une tranche de vie du jeune Magyd, un arabe des cités nord de Toulouse. On plonge dans la vie de la cité au début des années 80, au moment où Giscard va laisser sa place à Mitterrand. Cette année-là, le héros passe son bac et c’est le premier beur de la cité à le faire.

La question essentielle du roman porte sur l’identité de ces jeunes de banlieue, qui ne se sentent jamais vraiment à leur place, ballottés entre la culture arabe et française. Magyd comprend très vite que l’école et la réussite scolaire lui permettront de s’émanciper et de ne pas reproduire certains aspects qui le choquent.

L’identité passe essentiellement ici par la langue.

« Ces deux mots racontaient l’effort de ma mère de n’être pas qu’algérienne, ou que femme ou que mère, mais d’être plus que ça, un mouvement. […] Avec ces deux mots en français, elle montrait qu’elle pouvait vaincre. […] Comment parle-t-on à un père qui parle une autre langue que la vôtre ? »

Et justement, la quête identitaire et le métissage des cultures se traduisent très bien par le mélange des langages : familier, argotique, soutenu, courant, parfois au cours d’une même phrase. Ce langage à part est intéressant (comme le dit Hélène, une des amies du héros) et à la fois représentatif de la façon de parler de chacun. Même les parents pratiquent un français prononcé avec des sonorités arabes que Magyd traduit. Cela rend le roman très vivant, certains passages ressemblent d’ailleurs à des extraits de théâtre.

D’autre part, la grande violence qui est décrite dans la cité m’a frappée, c’est le cas de le dire, autant qu’elle choque Magyd. Cette violence est présente à l’égard des femmes, souvent battues par leur mari, à l’égard des filles de la cité sur lesquelles pleuvent les coups de leurs frères et père, et à l’égard des « intellos », ceux qui préfèrent lire plutôt que d’aller jouer au foot. J’ai moi-même vécu près d’une cité et je n’ai jamais ressenti cela, jamais vu le visage de mes camarades tuméfié et cela m’a autant surprise que choquée.

Cependant et assez paradoxalement, j’ai trouvé étonnante la puissance du clan, qu’il soit familial, amical, religieux ou identitaire. Ainsi le lien qui unit Magyd à sa mère est extraordinaire : cette femme mise tout sur la réussite de son fils, tout en lui mettant une énorme pression. La solidarité est ainsi très prégnante dans le livre. Magyd occupe son temps libre à écrire des poèmes ou des sketches, monte une petite troupe de théâtre amateur, propose du soutien scolaire aux plus jeunes, aide des familles à rédiger des lettres administratives et se soucie énormément de la place des filles dans la société.

Ce roman du parolier du groupe Zebda est donc intéressant à plus d’un titre car il donne avec humour et tendresse mais aussi avec un réalisme cru, une image haute en couleurs de la vie dans une cité au début des années 80, et il reste à espérer que certaines choses ont évolué depuis…

Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi

Roman français paru en 2016. 272 pages chez Actes Sud. 

Prix Le Parisien Magazine, Prix des députés.

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18 commentaires sur “Ma part de Gaulois, de Magyd Cherfi

  • 18 août 2017 à 9 h 29 min
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    Ce livre m’intéresse bien sûr 😉 il parle de métissage, de solidarité, d’amour filial, tout ce qui fait l’enrichissement entre différentes cultures.

  • 18 août 2017 à 9 h 35 min
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    Je pense qu’il te plaira, il est plein de tendresse et en même temps l’auteur est très cru. Le langage à la fois théâtral et multiforme est intéressant.

  • 18 août 2017 à 10 h 52 min
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    C’est le problème quand on fait partie des groupes « minoritaires », le problème de définition, entre ne pas vouloir être cliché et être soi-même malgré tout.

  • 18 août 2017 à 10 h 56 min
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    Tout à fait. Et c’est terrible car ces personnes sont rejetées des deux côtés et ont du mal à se faire leur place au sein de la société. Dans ce roman, Magyd est différent de ses copains arabes, mais il est aussi différent des blancs ; c’est compliqué et il a eu le mérite de s’en sortir très honorablement, même si ses anciens copains de la cité ont mal pris un certain nombre d’éléments quand le roman est sorti…

  • 20 août 2017 à 9 h 30 min
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    Je l’ai lu et j’ai beaucoup aimé, je suis ravie qu’il t’ait plu 🙂

  • 20 août 2017 à 9 h 57 min
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    C’est un livre intéressant qui m’a replongée dans une autre époque (même si moi, en 81, j’étais loin de passer mon bac ^^!).

  • 21 août 2017 à 22 h 53 min
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    Je l’ai découvert en audio lu par l’auteur et j’ai beaucoup aimé. Il rend l’ensemble très vivant.

  • 22 août 2017 à 7 h 34 min
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    J’imagine !Je n’ai jamais encore testé de livre audio mais là, lu par l’auteur, je suppose que c’est très chouette d’autant que le texte est lui même très vivant au départ.

  • 22 août 2017 à 13 h 47 min
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    Le thème est très intéressant. Pourquoi pas. 🙂

  • 22 août 2017 à 17 h 44 min
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    C’est exactement ce que je me suis dit en le commençant 🙂

  • 22 août 2017 à 22 h 06 min
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    Je ne pense pas avoir entendu parler de ce roman dont le thème est pourtant intéressant et plutôt d’actualité.

  • 23 août 2017 à 11 h 46 min
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    Je n’en avais jamais entendu parler non plus avant que mon amie ne me le propose et je ne l’ai pas vu passer sur la blogosphère. Pourtant, en effet, il mérite notre attention.

  • 23 août 2017 à 14 h 10 min
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    Beaucoup entendu parler de ce roman, il faut que je me laisse tenter !

  • 23 août 2017 à 14 h 33 min
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    Ah c’est drôle, moi je n’en avais pas entendu parler, mais je n’ai pas regretté ma lecture. Laisse-toi tenter 😉

  • 23 août 2017 à 20 h 07 min
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    J’ai hâte de le lire !
    Merci pour ta critique !

  • 24 août 2017 à 8 h 00 min
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    J’espère que te plaira 😉

  • 7 septembre 2017 à 1 h 52 min
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    C’est un roman agréable que je ne regrette pas d’avoir découvert. J’irai voir ton blog plus longuement ce week-end 😉

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