La Perle et la coquille de Nadia HashimiCassie, sur le forum de Livraddict, avait signalé que La perle et la coquille était proposé au téléchargement gratuitement pendant un court laps de temps. Il se trouve que j’avais noté le titre de ce roman pour le découvrir un jour, alors en un clic, je l’ai téléchargé sur ma liseuse et bien m’en a pris.

Je savais juste que l’histoire se déroulait en Afghanistan et j’avoue que pendant les vacances, j’aspirais à quelque chose de léger. Cependant, j’ai dévoré les pages les unes après les autres.

Le roman commence à la première personne. La narratrice, Rahima, 9 ans vit dans un petit village, entourée de ses parents et de ses 4 sœurs. Shaima, la tante maternelle, non mariée car handicapée par un dos bossu, vient régulièrement rendre visite à la famille. N’ayant jamais eu à subir la domination d’un mari, Shaima n’a pas la langue dans sa poche, se montrant capable d’irrespect et d’une franchise incroyable au sein de sa famille.

« Khala Shaima était notre voix. Elle disait ce que les autres n’osaient pas dire. J’avais besoin d’elle. »

C’est elle qui suggère que ses nièces aillent à l’école, et quand elles en sont privées parce que des garçons rôdent autour d’elles et que le père décide que ce n’est pas convenable, Shaima propose de transformer la narratrice en bacha posh, c’est-à-dire en garçon. Rahima change de coupe de cheveux et de vêtements et devient provisoirement Rahim. Cette métamorphose lui procure un sentiment de liberté extraordinaire : elle peut sortir à sa guise sans chaperon, apprendre à lire et à écrire, jouer au foot avec ses copains garçons qui ne se doutent de rien etc.

« Électrisée, je me mis à courir plus vite. Personne ne me regarda de travers. Mes jambes étaient libérées, je courais dans les rues sans que mes genoux ne frottent contre ma jupe et sans me soucier des regards réprobateurs. J’étais un jeune homme et c’était dans ma nature de courir dans les rues. »

Mais bien sûr au fil du temps elle s’enhardit et sa mère la croise un jour dans la rue dans une position qu’elle juge indécente. La vie de Rahima et de toute la famille va alors basculer…

Lorsque Shaima rend visite à ses nièces, elle leur raconte l’histoire de leur arrière-arrière-grand-mère, Shekiba née à la toute fin du XIXe siècle. Certains chapitres évoquent la vie extrêmement dure de cette femme hors du commun dotée d’une âme et d’un courage qui forcent l’admiration. Les deux histoires s’entrelacent, se rejoignent et celle de l’aïeule va être déterminante pour sa descendante.

Je me suis très vite attachée aux personnages bien campés. La structure du roman qui croise les deux destins m’a toujours poussée dans ma lecture pour connaître le sort réservé à Shekiba autant qu’à Rahima. J’ai aussi beaucoup aimé les thèmes abordés.

La féminité d’abord est clairement décrite comme une soumission à des hommes (le père d’abord, le mari ensuite et la belle-famille). La condition féminine est marquée par le mariage et la maternité : la femme est sur terre pour procréer et donner à son mari des enfants (des fils plutôt que des filles). J’ai été frappée par l’absence de solidarité inter générationnelle : les belles-mères qui ont subi la méchanceté de leur propre belle-mère n’en deviennent pas douces pour autant, loin s’en faut. De même, lorsqu’un homme a plusieurs épouses, les jalousies et mesquineries sont légion entre toutes ces femmes qui ont pourtant de nombreux points communs.

La violence est partout, physique, psychologique, symbolique. On la perçoit dans le sort subi par les femmes, mariées de force à des hommes qu’elles ne connaissent même pas, rouées de coups par leur père et/ou leur mari, dans le sort des habitants des villages éloignés de Kaboul, victimes d’abandon du gouvernement ou d’exactions commises par les seigneurs de guerre, dans les fléaux qui s’abattent sur l’Afghanistan comme le choléra ou les guerres incessantes.

Je me suis toutefois demandé si les faits rapportés étaient exacts historiquement puisque j’ai vu maintes fois cette célèbre photo de 1972 qui montre des jeunes femmes à Kaboul, non voilées, en jupe courte qui laisse voir leurs jambes etc. 

kaboul-1972

Même si le style n’a rien d’exceptionnel, le texte est rendu vivant par les nombreux dialogues et l’alternance des chapitres qui évoquent deux femmes dont le parcours de vie se ressemble : chacune essaie de trouver une échappatoire à cette condition féminine si malmenée et trace son chemin avec persévérance et courage, malgré les nombreux événements souvent tragiques qui jalonnent leur vie.

C’est en même temps une leçon de vie pour l’européenne que je suis : quelle chance et quel privilège ai-je de vivre en Europe (et au Japon) au XXIe siècle même s’il faut rester sur ses gardes car rien n’est jamais acquis ! C’est aussi malgré tout un roman plein d’espoir pour toutes les femmes opprimées dans le monde, et Dieu (ou Allah) sait à quel point elles sont nombreuses, hélas ! Le combat parallèle que mènent Shekiba et Rahima doit faire écho à d’autres luttes qui n’appartiennent pas à la fiction mais à la dure réalité. À découvrir !

La perle et la coquille de Nadia Hashimi

Roman américain paru en 2014. 576 pages chez Bragelonne (collection Milady). 

Titre original : The pearl that broke its shell, traduit par Emmanuelle Ghez.

Prix des Lectrices 2016.

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14 commentaires sur “La perle et la coquille de Nadia Hashimi

  • 25 août 2017 à 9 h 13 min
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    Je suis bien tentée de lire ce livre !
    Tu as raison, notre vie de femme en Europe ou comme toi au Japon ne subit pas ces atrocités que certaines femmes subissent à l’étranger. Ainsi ce matin j’ai appris qu’au Maroc les viols et les agressions des femmes dans les bus sont devenus quotidiens !!
    Je viens de finir un livre bouleversant et tragique, il s’agit de « La Couleur du Lait » de Nell Leyshon.

  • 25 août 2017 à 11 h 57 min
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    Je ne connais pas le roman que tu lis, merci pour le conseil.
    Ce que tu écris au sujet du Maroc est atroce et très choquant. Dans d’autres pays au contraire comme en Jordanie, une nouvelle loi prévoit que les violeurs ne soient plus disculpés s’ils épousent leur victime. Gloups, même si on peut sans doute considérer ça comme un progrès qu’une femme n’ait pas à supporter son violeur comme mari… Il y a encore beaucoup, beaucoup de combats à mener pour les femmes !

  • 25 août 2017 à 12 h 34 min
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    Rien que pour la cause féministe je pense le lire, j’avais longuement hésité mais ton avis m’a convaincu d’y jeter un long regard ! Du coup, les faits sont véritables aux vus de la photographie que tu as mise ?

  • 25 août 2017 à 12 h 40 min
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    Eh bien dans le roman, les femmes sont voilées, cachées, « protégées » des regards masculins. Or, la photo montre au contraire des femmes beaucoup plus libres. N’étant pas une spécialiste de la question, je ne sais pas si c’est romancé, ou si la photo est « vraie »… Bref, si une âme charitable et experte en la matière passe par là, qu’elle éclaire notre lanterne, merci ! 😉

  • 25 août 2017 à 12 h 47 min
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    Je crois que tu connais assez mon blog pour savoir que c’est typiquement le genre de lectures sur laquelle je vais me pencher un jour 😉

    Merci beaucoup pour ta chronique !

  • 25 août 2017 à 17 h 02 min
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    Je pense que ce roman pourrait bien te plaire ! En tout cas, il a séduit les lectrices de Elle qui lui ont attribué le prix des lectrices. Bonne lecture !

  • 26 août 2017 à 21 h 39 min
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    Le titre m’attirerait plutôt. Le renseignement « prix des lectrices » beaucoup moins. Je passe donc…
    Bon dimanche.

  • 26 août 2017 à 22 h 44 min
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    Le prix (surtout prix des lectrices de Elle) n’est pas du tout ce qui m’a poussée à le lire, mais il permet de voir comment des femmes vivent sous d’autres cieux et certaines choses sont inimaginables (et atroces). C’est le mérite de ce roman de le montrer.

  • 27 août 2017 à 8 h 10 min
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    Je l’ai téléchargé en juillet sur ma kindle mais avec les vacances et la garde de mes petits-enfants je n’ai pas encore pris le temps de le lire. Je pense que c’est un livre indispensable à lire et à partager sur les réseaux car le sujet nous concerne tous. Merci pour ton passage sur mon blog et de me faire découvrir le tien

  • 27 août 2017 à 9 h 43 min
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    Bienvenue par ici ! Oui, je pense que cette histoire peut nous faire réfléchir à la condition des femmes dans le monde, ce qui ne peut pas faire de mal 😉

  • 30 août 2017 à 14 h 23 min
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    Le titre de ce roman me parle beaucoup ! Je trouve que ce n’est pas évident de traiter ce genre de sujet d’une manière qui sonne juste, mais ce que tu en dis m’a pas mal convaincue. Je note, merci pour la découverte 🙂

  • 30 août 2017 à 23 h 28 min
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    Tu as raison, c’est un roman qui décrit une réalité difficile, mais justement, l’auteure s’en sort plutôt bien je trouve car le lecteur est vite embarqué dans cette histoire et a envie de voir comment les personnages vont évoluer dans un climat si tendu. Bonne lecture !

  • 31 août 2017 à 22 h 26 min
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    Merci pour la découverte, le thème de féminisme et de féminité m’intéressant beaucoup , je le note :).

  • 4 septembre 2017 à 13 h 21 min
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    Oh oui, vu le thème, ça devrait te plaire ! Je te souhaite une bonne lecture 😉

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