route-tokyo

Au Japon, la conduite, c’est quelque chose ! D’abord, on conduit à gauche et le volant est donc logiquement à droite ; les feux sont comme aux États-Unis, c’est-à-dire placés après les carrefours, et les panneaux indiquant les destinations sont généralement doublés en anglais (du moins à Tokyo). Mais comme partout, il faut un permis de conduire…

panneau-japon-tokyo

Les Japonais n’ont pas l’air aussi fous que les Français au volant. Par exemple, quand le feu passe au vert, il n’y a personne pour klaxonner derrière vous comme un branquignol si vous n’avez pas démarré dans la milliseconde. Mais comme vous allez le voir, mon expérience de la route se limite aux taxis que je prends de temps à autres et qui, ma foi, roulent assez vite (pas autant qu’à Manhattan mais quand même).

D’une manière générale, je m’attendais à voir régulièrement des bouchons très importants mais la plupart des gens utilisent d’autres moyens de transports pour se déplacer. Moi, j’utilise le plus souvent le métro. Il faut dire que pour avoir le droit d’acheter une voiture ici, il est nécessaire d’avoir une place de parking. En effet, le stationnement est difficile à Tokyo. Il existe des parkings payants (hors de prix et tout en hauteur) si vous devez laisser votre véhicule près de votre lieu de travail pour la journée : 

parking-voiture-tokyo

Lorsque je suis arrivée au Japon, j’ai voulu transformer mon permis de conduire français en permis japonais. Le permis international ne peut être utilisé que sur une durée réduite et n’est pas autorisé pour les résidents. Ce permis est valable 2 ans et l’an dernier, j’ai oublié de le renouveler, je n’ai donc plus le droit de conduire ici, sauf si je refais la démarche qui suit. Et comme vous le savez, j’adooore les démarches administratives (voir mon passage au bureau de l’immigration)

Comme vous allez le voir, j’ai passé une journée passionnante pour faire transformer mon permis : 7 h (dont 2 h de transport, le plus souvent debout) pour ce précieux document ! Je me rends d’abord à l’autre bout de Tokyo par rapport à chez moi. Il pleut, et en arrivant, il faut mettre un préservatif à mon parapluie, pour ne pas mouiller, et donc salir, le sol du bâtiment. Une borne, prévue à cet effet, délivre des sacs plastique et en sortant, on jette son sac dans la poubelle qui se trouve contre le distributeur. J’ai vu quelques-uns de ces distributeurs en France (rarement) mais ici, il y en a absolument partout.

On m’indique que je dois me rendre au Guichet 1 puis on me donne une fiche m’indiquant une suite de numéros qui correspondent à tous les guichets auxquels je dois me présenter : 1-0-1-7-1-8-9-1

Guichet 1 : armée de patience et de mon plus beau sourire, je commence par donner tous les papiers à un monsieur à qui j’explique que je ne parle pas japonais mais qui me répond en mélangeant l’anglais et le japonais…. J’y suis déjà allée la semaine dernière et l’homme me reconnait : il me manquait un document original (quelle erreur ! j’avais porté une copie de mes diplômes puisque la plupart des originaux sont en France et que je ne voyais pas bien le lien entre mes diplômes universitaires et le permis de conduire…). Il faut également que je prouve que j’ai passé plus de 3 mois en France après l’obtention de mon permis… Ben, heu, comment vous dire, c’est là que j’ai toujours habité, la France, c’est mon pays si vous voulez… Heureusement, sur mon passeport figurent les tampons des visas de mes deux précédents voyages : USA (mais les Américains ont oublié de tamponner la date de mon départ !), et la Turquie, où rien ne manque, ouf ! Entre les deux voyages, j’ai donc passé du temps en France. On me prie d’attendre 1 h ½ minimum ; chouette, ça me manquait les files d’attente administratives !

Guichet 0 : je paye (voui voui, c’est payant la transformation du permis, mais c’est pas cher !)

Retour au Guichet 1 : on vérifie que j’ai payé et on m’envoie au

Guichet 7 : pour vérifier que sur ma fiche, que j’ai remplie moi-même, aucun médecin ne m’a interdit de conduire, que je ne prends aucune drogue ou médicament etc. Le chocolat noir ne comptant pas pour une drogue dure, je suis clean !

Retour au Guichet 1 : on m’invite simplement d’aller au

Guichet 8 pour un test de vue. J’avais craint d’être obligée de lire quelques kanjis ou hiraganas, mais c’est bien plus simple : des sortes de ronds s’affichent sous mes yeux mais chaque rond est en fait légèrement ouvert, il suffit de dire si l’ouverture se trouve en bas, en haut, à gauche ou à droite. Je montre, ne possédant pas le vocabulaire suffisant. Test de 4 couleurs, facile ! Je remporte le test brillamment !

test-vue-japon

Guichet 9 : photo. On vous demande d’arriver avec des photos, mais c’est seulement pour le dossier ; la photo du permis, c’est l’administration japonaise qui la prend. Seulement le tabouret est prévu pour les gens qui mesurent 1.10 m les bras levés. Je me tasse donc lamentablement sur le siège pour ajuster mes yeux à la hauteur indiquée, et la dame me dit Okaaaaaay. Mais en fait, elle a déjà pris la photo, la coquine, et je n’ai rien vu venir. Du coup, j’hésite à vous montrer ma tête !

Guichet 1 : j’ai tout fait, tout rempli et le monsieur me montre le brouillon de mon futur permis pour approbation et là c’est la catastrophe… Je remarque une erreur : les deux dernières lettres de mon prénom sont inversées ! Le monsieur se courbe 3 fois en me suppliant d’accepter ses excuses « gomennasai ». S’il savait que ce n’est pas grave, que personne ne verra jamais rien, cela lui mettrait du baume au cœur mais je suis incapable de lui expliquer tout ça en japonais. Le pauvre homme se morfond derrière son guichet et m’envoie au 4e étage après m’avoir annoncé 40 minutes d’attente supplémentaires. Au point où j’en suis, on n’est plus à 40 minutes près ! Mais en fait, si…

4e étage : j’ai une faim atroce (il est 14 h !) et au 4e étage, devinez ce qu’on trouve ? Une cafétéria, juste à côté du guichet et de la (grande) salle d’attente (bien pleine) ! L’odeur de fumets divers emplit mes narines et je songe que j’ai sûrement le temps de me sustenter quelque peu. Sauf qu’il faut passer commande sur une machine et que tout est écrit… en japonais, of course ! Dépitée, je cherche à tromper mon ennui en bouquinant et en observant les gens autour de moi.

salle-attente-permis

Enfin mon tour arrive, et je découvre mon permis plastifié, qui a la taille d’une carte bancaire. D’autres expatriés m’ont raconté depuis qu’ils ont dû, en plus de tout ça, se farcir une vidéo (pendant laquelle tout le monde dormait) à laquelle j’ai miraculeusement échappé. Je m’estime donc très chanceuse. Voilà mon permis ! Et vous savez quoi ? Entre mon nom de jeune fille suivi de mon nom d’épouse, mon prénom est coupé car il ne rentre pas sur la carte ! C’était bien la peine de me faire attendre 40 minutes de plus pour une minuscule erreur à la fin de mon prénom alors qu’on ne le voit même pas en entier !!

permis-conduire-japon

J’ai passé 5 heures dans cet endroit charmant. Le pire, c’est que je n’ai aucune intention de conduire ici : j’ai trop peur de conduire à gauche, de ne pas comprendre les panneaux etc. Je n’ai donc pas de voiture, comme beaucoup de tokyoïtes, je n’en ai pas besoin car on peut aller pratiquement partout au Japon grâce aux transports en commun, et je me sens beaucoup moins stressée qu’en France. Mais j’avais besoin d’un papier d’identité officiel japonais car j’ai un visa un peu spécial qui m’empêche d’avoir une carte de résident. Tout ça pour ça ! Cela dit, une question d’importance demeure, et que vous brûlez sans aucun doute de me poser : pourquoi m’a-t-on fait venir 4 fois au guichet 1 ???

Réponse a) : le monsieur veut m’obliger à écouter un mélange de japonanglais pour me faire prendre conscience qu’il est grand temps que j’étudie le japonais

Réponse b) : il veut se sentir indispensable dans son travail

Réponse c) : il est amoureux de moi

Qu’en pensez-vous ? すごい, non ?

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21 commentaires sur “Conduire au Japon ?

  • 6 décembre 2016 à 9 h 20 min
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    Un véritable parcours du combattant dis donc !!! Tu es très patiente, je ne suis pas sûre de l’être autant 😉

  • 6 décembre 2016 à 9 h 22 min
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    Au Japon, on n’a pas du tout le même rapport au temps ; les gens s’énervent très rarement et de toute manière cela ne sert à rien ici. Le Japon m’a appris la patience. 🙂

  • 6 décembre 2016 à 9 h 29 min
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    Ton article est un régal (et me fait relativiser quant à la lenteur et au tarabiscotage des administrations françaises) ! Conduire à gauche c’est vraiment tout simple, j’en ai fait l’expérience, mais en effet pour les panneaux ce doit être une autre paire de manches…

  • 6 décembre 2016 à 10 h 13 min
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    Merci Lola ! Hummm, « vraiment tout simple » pour toi peut-être mais moi, je ne me sens pas de le faire ;). J’ai essayé sur 20 m en Irlande il y a longtemps, mon mari était mort de rire parce que je cherchais le levier de vitesse du mauvais côté, bref, une catastrophe ! Il aurait peut-être fallu persévérer mais j’avais trop peur de provoquer un accident. Alors ici, où en plus il faut comprendre la signalétique japonaise… je passe mon tour ! À bientôt ! 🙂

  • 6 décembre 2016 à 14 h 30 min
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    Réponse C!!!! Petite joueuse, tu as encore caché ta tête ! Franchement, je te comprends, rien que l’idée d’avoir à conduire à gauche me donne des sueurs froides… mais quel courage !

  • 6 décembre 2016 à 17 h 51 min
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    Ah je vois que je ne suis pas la seule à avoir peur de conduire à gauche ! Ça me rassure un peu… 😉

  • 6 décembre 2016 à 19 h 14 min
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    Ah ah ah je crois que tes déboires avec l’administration sont mes articles préférés! C’est tellement drôle (beaucoup moins pour toi mais la prochaine fois tu pourra toujours te dire que ça fera un excellent article!^^). Tout le monde à l’air tellement poli.
    J’avais aussi peur de conduire à gauche en Nouvelle Zélande mais on prend très vite l’habitude en fait, à part qu’on envoi souvent les essuie-glaces au lieu des clignotants… mais au moins tout était en anglais et c’est un pays très peu peuplé donc ce n’était pas si stressant.

  • 7 décembre 2016 à 10 h 55 min
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    Tant mieux si ça t’a fait rire. L’écrire m’a fait marrer aussi, mais j’avoue que sur le moment, j’ai trouvé le temps un peu long ! Cela dit, c’est vrai que les gens sont tellement gentils, que ça passe assez bien.
    Quant à la conduite à gauche en Nouvelle Zélande, chapeau ! Peut-être que s’il y avait moins de monde, j’aurais osé essayer après ma piètre performance d’Irlande il y a des années, mais à Tokyo, franchement non, je passe mon tour !

  • 7 décembre 2016 à 19 h 41 min
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    Bon, déjà, tu vas tout de suite enlever ce vilain ovale blanc sur ta carte pour nous montrer ta jolie frimousse !!! Et pour le QCM, je vote pour la réponse C !

    En tout cas, je te comprends, je serais bien incapable de m’essayer à la conduite au Japon… En arrivant aux US, j’ai mis du temps à comprendre le code de la route, et pourtant c’était assez simple car le volant est à gauche, les voitures sont automatiques et les panneaux en anglais ! Alors je n’imagine pas pour toi… Je me souviens qu’au Japon nous avions loué une voiture et qu’à chaque approche de rond-point on criait dans la voiture pour mon beau-frère qui conduisait :  » Tourne à gggaaaauuuuccchhhheee !!! » 🙂

  • 8 décembre 2016 à 12 h 38 min
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    Oui, c’est vrai qu’aux USA, ce n’est pas si simple : d’abord les boites automatiques, ça fait tout drôle, mais c’est surtout les feux de l’autre côté des carrefours et avec des possibilités pour tourner mais pas pour aller tout droit par exemple. C’est pareil ici et je ne suis pas habituée. Et de toute façon, c’est tellement pratique d’utiliser les transports en commun que je n’ai aucun besoin ni aucune envie d’avoir une voiture ici ! Je t’imagine en train de crier à ton pauvre beau-frère =D Il te parle toujours ? 😉 À très bientôt !

  • 8 décembre 2016 à 14 h 45 min
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    Je suis bien contente de n’avoir jamais du prendre le volant au Japon ! Ce qui me faisait rire là bas ce sont tous ces gens qui sont là pour aider à se garer et faire la circulation 😀

  • 9 décembre 2016 à 5 h 20 min
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    C’est vrai que les personnes qui aident à la circulation au stationnement, et d’une manière générale à éviter les dangers, même lors de simples travaux, sont amusants, surtout avec leurs « sabres laser rouges » la nuit !

  • 9 décembre 2016 à 6 h 50 min
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    ah ben alors on ne vt pas conduire au Japon !!! je dis ça mais je n ai jamais conduit à l étranger
    je ne le fais plus en France alors !!!
    c est un le parcours du combattant cette histoire pour finalement écorcher ton nom lol
    perdre sa journée dans l’administration grrrr

  • 9 décembre 2016 à 15 h 15 min
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    J’avoue que le fait de ne plus conduire depuis plusieurs années me fait un peu peur pour quand je vais rentrer… Mais si je repars pour une autre expatriation, j’espère au moins que les démarches ne seront pas aussi longues ! 😉

  • 13 décembre 2016 à 12 h 00 min
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    Et ben, cela n’est pas beaucoup mieux que chez nous finalement 😉 ton récit m’aura fait rire en tout cas (oups… désolée 😉 et comme je te comprends pour la conduite. Cela doit être tellement différent de chez nous, les repères ne sont plus les mêmes…la panique !

  • 13 décembre 2016 à 13 h 48 min
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    Je pense que pour la sécurité de tous, il vaut mieux que je m’abstienne de conduire au Japon 😉 C’est pas gentil de rire des mésaventures des autres, mais j’aurais fait pareil :p

  • 16 décembre 2016 à 14 h 32 min
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    Ca ferait un bon sketch !

  • 16 décembre 2016 à 14 h 35 min
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    C’est exactement ça ! 😉

  • 20 août 2017 à 19 h 32 min
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    Ahah, quelle aventure !
    Je m’amuse à découvrir les parcours de celles et ceux qui ont passé comme moi le permis de conduire à l’étranger 😉 J’avoue qu’au Japon, ça doit être impressionnant quand même (bon, heureusement, tu n’as pas eu à repasser le permis, c’est déjà ça !)

  • 21 août 2017 à 14 h 59 min
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    Oui, heureusement que j’avais déjà mon permis français ! Ce qui m’amuse, c’est qu’en France, tout le monde râle à propos de la lenteur des administrations, mais franchement, c’est pareil partout, je pense, il y a des procédures à suivre, et les employés font tout simplement leur travail. Je note tout de même qu’en France, ils sont bien moins nombreux, ceci explique sans doute leur « lenteur » : ils ne peuvent pas tout faire en même temps, à moins de s’appeler Shiva;)

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