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Comment parler d’un tel monument de la littérature ? C’est ce roman, ainsi que deux autres œuvres qui ont conduit Camus à se voir décerner le prix Nobel de littérature, et on comprend bien à quel point ce prix était mérité.

L’histoire se déroule en Algérie, à Oran, dans les années 40. La peste s’abat progressivement sur la ville, ce qui oblige les autorités à la fermer complètement pour éviter la propagation de l’épidémie. Nous suivons alors le quotidien de plusieurs personnages et notamment du docteur Bernard Rieux qui se retrouve séparé de son épouse partie suivre des soins à l’extérieur. Rieux soigne les malades, tente des vaccins au départ inefficaces et décide de créer des formations sanitaires avec l’aide d’autres habitants. Pendant plusieurs mois, ils vont lutter, unis, pour sauver ceux qui peuvent encore l’être et accompagner ceux qui sont hélas condamnés.

La peste est un personnage à part entière, souvent personnifiée, sournoise, injuste et cruelle, à l’image de la vie parfois. On ne peut s’empêcher de voir dans ce roman une analogie avec une autre forme de cette maladie, la peste brune qui sévit à cette époque en Europe. La montée du nazisme va mettre en lumière les mêmes types de personnages, ceux qui vont accepter, ceux qui vont résister et surtout les mêmes sentiments, les mêmes valeurs humaines.

« Mais le bien public est fait du bonheur de chacun. »

C’est en effet un roman sur l’héroïsme ordinaire, celui de Rieux qui patiemment, au détriment de sa propre santé physique vient en aide aux malades.

« Mais vos victoires seront toujours provisoires, voilà tout. Rieux parut s’assombrir.  – Toujours, je le sais. Ce n’est pas une raison pour cesser de lutter. »

Il n’est pas le seul héros de l’histoire, on peut citer par exemple son voisin et ami Jean Tarrou qui aidera Rieux jusqu’au bout. Il représente l’engagement, la résistance car profondément humain, il croit en l’homme et cherche à devenir un saint laïc. De même Raymond Rambert, qui au départ voulait quitter la ville pour rejoindre sa fiancée, finit par renoncer et par aider les autres résistants.

« Je n’ai pas de goût, je crois, pour l’héroïsme et la sainteté. Ce qui m’intéresse, c’est d’être un homme. »

J’ai beaucoup aimé le personnage de Joseph Grand, un fonctionnaire chargé de fournir les statistiques des victimes de la peste. Son engagement est louable aussi, et son désir d’atteindre la perfection romanesque est touchant : il écrit un livre mais n’arrive pas à avancer car il remanie sans cesse la première phrase qu’il veut parfaite et dont il n’est jamais satisfait.

La narration est assez originale car le roman est présenté comme une chronique dont on apprend qui est le narrateur seulement à la toute fin du roman.

J’ai trouvé que ce roman ressemblait à une tragédie en 5 actes, qui nous fait réfléchir sur les passions humaines et qui est intemporelle. En effet, elle est toujours d’actualité car elle met en scène le courage, la solidarité, l’amitié entre des personnes face au destin implacable et parfois injuste comme en témoigne la mort d’un enfant dont l’agonie, décrite avec autant de précision que de retenue émeut autant le lecteur que les adultes qui l’entourent.

C’est aussi un roman qui dénonce l’absurdité de la condition humaine, thème cher à Camus et qu’il exploite dans d’autres de ses oeuvres. Camus pose la question de l’existence de l’homme, du sens qu’il donne à sa vie, il évoque (et critique) la religion à travers le personnage du père Paneloux, qui est ébranlé dans sa foi lors de la mort de l’enfant, mais qui continue cependant à dire que l’homme ne peut tout comprendre et doit accepter ce qui vient de Dieu.

C’est enfin un roman qui continue de nous parler car comme cela est indiqué à la fin, la peste est toujours susceptible de revenir – quelle que soit la forme qu’elle prendrait dans un nouvel environnement. C’est ce qui en fait un chef d’œuvre de la littérature, plein d’humanité.

« ce qu’on apprend au milieu des fléaux, [c’est] qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. »

La Peste, d’Albert Camus

Roman français paru en 1947. 288 pages chez Gallimard (collection Folio). 

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La Peste d’Albert Camus
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17 commentaires sur “La Peste d’Albert Camus

  • 13 janvier 2017 à 16 h 02 min
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    J’ai lu ce livre à mon adolescence et je l’ai étudié durant mes cours de français. Un chef d’oeuvre !!

  • 13 janvier 2017 à 17 h 50 min
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    Oui, c’est souvent à cet âge-là qu’on le découvre, et il est bouleversant !

  • 13 janvier 2017 à 18 h 02 min
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    Ce livre m’a profondément marquée étant adolescente et je le relirais avec plaisir 😉

  • 14 janvier 2017 à 3 h 08 min
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    Ah ce Camus ! C’est un livre qu’on aime souvent à cet âge-là et qui en effet est assez marquant. Relire des classiques fait du bien, c’est toujours une valeur sûre 😉

  • 14 janvier 2017 à 8 h 49 min
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    Cela fait parti des auteurs et des livres qu’il faut que je lise.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  • 14 janvier 2017 à 15 h 05 min
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    Je te le recommande, c’est un auteur grandiose ! À bientôt !

  • 14 janvier 2017 à 21 h 46 min
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    Ca me rappelle des souvenirs ta chronique, je le relirai peut-être à l’occasion.

    Le truc que je trouve assez fascinant avec ce livre, c’est qu’on peut le trouver bien sans forcément voir du premier coup la dénonciation du nazisme ou de toute autre forme de totalitarisme derrière. J’ai lu/vu des critiques qui n’en avaient absolument pas conscience (et j’avoue que la première fois, le doute planait pas mal pour moi aussi, même si j’étais arrivée à discerner son objectif mais sans en être sûre, aha) et qui ont adoré le livre. De toute façon, comme tu l’as mentionné, il y a tellement de réflexions à explorer que ce n’est pas bien grave. D’ailleurs, Camus disait qu’il voulait que ce livre « se lise sur plusieurs portées ».

    Un très bon livre, donc. 🙂

  • 15 janvier 2017 à 0 h 51 min
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    Tu as tout à fait raison. Même si l’on ne voit pas les analogies (il y en a plusieurs) ou pas du premier coup, le texte est empreint d’une telle bienveillance à l’égard de l’homme, d’une telle humanité qu’il ne peut que nous toucher. C’est ce qui d’après moi en fait un classique : on peut le lire à tous les âges et être bouleversé à chaque fois, y lire une « portée » supplémentaire. C’est un roman intemporel qui nous interroge sur la vie et le sens que nous lui donnons : tout le monde est concerné.

  • 16 janvier 2017 à 15 h 01 min
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    Cela fait longtemps que je me dis que je devrais lire ce classique de la littérature, et ta chronique me donne encore plus envie de m’y pencher, merci !

  • 16 janvier 2017 à 22 h 57 min
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    Merci ! J’aime la foi de Camus en l’homme ! Je pense que tu ne seras pas déçue, c’est à la fois simple et beau. Bonne lecture !

  • 17 janvier 2017 à 3 h 05 min
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    Très, très grand chef d’œuvre en effet ! Ce que je trouve passionnant avec ce genre d’ouvrages, c’est qu’ils sont écrits avec les tripes et que l’auteur, à travers une histoire inventée, montre la vie telle qu’il se la représente au fond de lui, dans ce qu’elle a de plus fabuleux et de plus sombre. C’est un exercice extrêmement difficile, et je suis vraiment admirative de tous ces grands auteurs qui y parviennent (Hugo en tout premier lieu pour moi, le plus grand génie de la littérature française à mes yeux).

    Bonne semaine Sandra !

  • 17 janvier 2017 à 5 h 49 min
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    Absolument, Camus est un génie et il écrit avec ses tripes (tu as un truc avec les tripes en ce moment – private joke). Hugo est aussi un monument de la littérature (sa poésie est magnifique, qu’elle soit lyrique ou engagée) mais j’ai plus lu Camus. Très belle semaine à toi aussi !

  • 18 janvier 2017 à 1 h 31 min
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    Ah, ah, en effet, ça parle beaucoup de tripes en ce moment autour de moi ^^ !

  • 21 janvier 2017 à 9 h 39 min
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    Jamais lu mais faudrait que je le lise c’est un classique. J’ai lu l’étranger de cet auteur que j’ai adoré
    Passes un bon week-end
    Xoxo
    Juliette

  • 21 janvier 2017 à 10 h 07 min
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    Si tu as aimé l’Étranger, la Peste devrait te plaire. Bonne lecture !

  • 23 mai 2017 à 20 h 14 min
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    Lu récemment, j’ai beaucoup aimé ce roman. Quand on parle de Camus, on cite souvent l’étranger comme son chef d’oeuvre. Mais pour moi, la peste est bien au dessus.

  • 23 mai 2017 à 23 h 31 min
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    Je les trouve très différents. L’Étranger peut paraître dénué de sentiments, froid alors que la Peste est un roman plein d’humanité. Moi aussi, j’ai préféré la Peste.

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