La princesse de Montpensier de Mme de La Fayette

Dans le cadre du challenge « Au fil des siècles » que j’ai proposé à d’autres lecteurs, j’ai choisi comme première œuvre une nouvelle du XVIIe siècle. J’avais beaucoup aimé La Princesse de Clèves mais ne connaissais pas encore cette courte nouvelle. 

Je l’ai téléchargée et la version était en orthographe non modernisée, ce qui ne m’a pas posé de problème. Comme pour La Princesse de Clèves, Mme de La Fayette situe le cadre de son histoire à la Cour, un siècle plus tôt qu’au moment de sa rédaction, quand les guerres de religion font rage en France. L’héroïne est tombée amoureuse du Duc de Guise et réciproquement, mais un mariage arrangé la contraint à épouser un autre homme, le Prince de Montpensier. Son mari étant parti guerroyer, elle se retrouve chez elle à Champigny en compagnie du Comte de Chabannes, meilleur ami de son mari. Le Comte ne tarde pas à tomber très amoureux de la Princesse, mais elle refuse cet amour et garde Chabannes comme son meilleur ami.

Quelques temps plus tard, alors que son mari est revenu, la Princesse revoit par hasard le Duc de Guise qui s’était perdu près de chez elle en compagnie du Duc d’Anjou ; leur flamme se ranime et le Duc d’Anjou tombe aussi amoureux de la belle. Le Prince de Montpensier comprend que sa femme est l’objet de passions et devient jaloux.

« Comme elle estoit bien persuadée de cette passion, elle commença, nonobstant toutes les resolutions qu’elle avoit faites à Champigni, à sentir dans le fonds de son coeur quelque chose de ce qui y avoit esté autrefois. »

Cette nouvelle évoque d’abord la passion amoureuse pour mieux nous convaincre de nous en défier. On trouve ici la rigueur toute classique et le jansénisme de Mme de La Fayette qu’elle convoquera à nouveau dans La Princesse de Clèves. J’ai aimé ce côté classique et intemporel de l’histoire : il est difficile de maîtriser ses passions. Bien sûr l’auteure va plus loin en cherchant à démontrer qu’il ne faut pas y céder car elles sont dangereuses.

« L’on est bien foible quand on est amoureux. »

J’ai apprécié l’héroïne que j’ai trouvée plus audacieuse que Mme de Clèves, mais elle est aussi moins fouillée. Il semble que cette première nouvelle soit un coup d’essai avant le grand roman d’analyse qui paraîtra une quinzaine d’années plus tard.

J’ai apprécié que l’on entre très vite dans le vif du sujet, sans détours. Les péripéties sont racontées de manière simple, concise et précise et tournées dans un beau style classique. J’ai trouvé intéressante la question de la femme à l’époque de la Renaissance, sa dépendance à une famille, surtout si elle est noble, et à son mari. Sa soumission à son conjoint se double ici d’une soumission aux passions dont elle est à la fois objet et victime.

Le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer puisque plusieurs péripéties s’enchaînent et précipitent l’action vers un drame que l’on pressent mais dont on ignore la nature exacte. Le suspense nous fait tourner les pages où se mêlent jalousies, rivalités, secrets. J’ai regretté toutefois ce qu’il advient au Duc de Guise dans les dernières pages, j’ai trouvé cela peu vraisemblable ou trop rapide.

La Princesse de Montpensier, de Mme de La Fayette

Nouvelle parue en 1662. 128 pages chez Gallimard (collection Folioplus-classiques). 

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10 commentaires sur “La princesse de Montpensier, de Mme de La Fayette

  • 15 septembre 2017 à 11 h 25 min
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    Coucou ! Je prends enfin le temps de venir flâner sur ton blog, et je tombe sur ta chronique de « La Princesse de Montpensier ». Je n’ai pas encore lu la nouvelle de Madame de La Fayette, qui a rejoint assez récemment mes étagères.

    Ton avis me donne encore plus envie de me plonger dans cette lecture, qui avait déjà suscité mon intérêt à travers le très beau film de Bertrand Tavernier. J’en ai parlé sur mon blog, donc tu peux toujours aller jeter un œil si cela t’intéresse.

    J’aime beaucoup ton blog, je pense que je vais m’abonner à ta newsletter. En plus de la lecture, nous avons une autre passion commune, qui est le Japon 🙂 N’hésite pas non plus à suivre mon blog via la newsletter, je serais ravie de te compter parmi mes lecteurs (tu trouveras article explicatif pour valider correctement ton abonnement dans la colonne de gauche sur mon blog).

    À bientôt, bises !

    Sue-Ricette

  • 15 septembre 2017 à 11 h 54 min
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    Merci pour ton passage par ici et bienvenue dans mon petit univers. Je n’ai pas vu l’adaptation cinématographique de cette nouvelle mais j’essaierai de la trouver (pas facile depuis le Japon). Bien sûr, je vais aller découvrir ton blog et ton article sur le film 😉 À bientôt !

  • 15 septembre 2017 à 14 h 22 min
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    Superbe analyse !
    Je vais tenter de la trouver pour la lire (elle doit être libre de droit depuis le temps) parce que tu m’en donnes fichtrement envie !

  • 15 septembre 2017 à 19 h 56 min
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    Merci ! Oui, elle est libre de droits, je l’ai téléchargée (mais comme tu as pu voir dans les extraits, l’orthographe n’a pas été modernisée, mais il existe peut-être des versions plus récentes). Même si j’ai préféré la Princesse de Clèves, j’ai trouvé cette nouvelle très réussie. Bonne lecture !

  • 16 septembre 2017 à 21 h 18 min
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    Un roman historique de temps en temps me plait bien.
    Je lis aussi Stéphane Berne et ses « secrets d’histoire ».
    Malheureusement, je ne retiens pas grand-chose !
    Bon dimanche.

  • 17 septembre 2017 à 2 h 01 min
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    Personnellement, je ne suis pas grande amatrice de romans historiques, surtout s’ils évoquent une période que je connais mal car j’oublie, je mélange les gens et au bout du compte, j’ai l’impression d’être passée un peu à côté (c’est l’âge !). Ici cependant, il s’agit des guerres de religion, mais surtout de la passion qu’éprouvent 4 hommes pour une même femme. Même si l’on voit clairement le message moraliste que Mme de La Fayette veut nous faire passer, c’est malgré tout une histoire universelle et bien écrite, ce qui ne gâche rien. Bon dimanche aussi !

  • 17 septembre 2017 à 14 h 41 min
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    Mince, j’ai raté l’annonce de ton challenge. Il m’intéresse! J’avais lu la Princesse de Clèves avant mon entrée en prépa, et j’avais beaucoup aimé, même si j’avais été un peu déçue par la fin. Bon, à 18 ans, j’étais tout feu tout flamme!

  • 17 septembre 2017 à 19 h 49 min
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    Je ne l’ai pas annoncé sur Bibliblog mais sur le forum de Livraddict. Même si tu n’es pas membre de ce forum, je t’invite à y participer si tu en as le temps et l’envie. J’ai beaucoup aimé La Princesse de Clèves, qui est plus abouti. La Princesse de Montpensier semble être une première idée qu’elle développera plus tard avec Clèves.

  • 17 septembre 2017 à 21 h 43 min
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    Ton billet me fait réaliser que je n’ai jamais rien lu de Mme de La Fayette ! Une lacune que je comblerais bien en 2018, tiens, moi qui suis toujours à l’affût de classiques qui ont échappé à mes années collège-lycée.:-)

  • 18 septembre 2017 à 12 h 52 min
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    Eh bien ce n’est pas bien grave, tu as dû lire tout plein d’autres choses. Mais si tu as l’occasion, sa plume est très élégante et elle décrit la passion amoureuse comme personne. Bon, après, c’est très moraliste, mais à son époque et compte tenu de sa mentalité, c’est assez logique 😉 Bonne lecture !

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