Police-japon

Statistiquement, le Japon est un des pays les plus sûrs au monde en termes de sécurité. C’est vrai qu’il est très agréable d’y vivre au quotidien. Même dans une mégapole comme Tokyo, vous vous sentez partout et à chaque instant en sécurité. Je n’ai jamais peur, ni pour moi-même ni pour mes enfants qui peuvent aller et venir sans crainte, seules, même la nuit. La seule source d’insécurité ici vient des phénomènes naturels dont je vous ai parlé dans cet article, et de la centrale de Fukushima. Mais pour le reste… Je me suis alors demandé : la sécurité existe-telle dans tous les domaines ? Comment les Japonais font-ils donc pour créer ce climat de tranquillité qui en est sa conséquence ?

La sécurité sanitaire

Comme dans la majorité des pays développés, le Japon jouit d’une sécurité sanitaire optimale. Les Japonais sont tous vaccinés systématiquement dès l’enfance contre la plupart des maladies. Il sont aussi très nombreux à porter des masques en hiver. C’est à la fois pour ne pas attraper les microbes des autres et pour ne pas transmettre les leurs. Actuellement une épidémie de grippe sans précédent sévit ici en raison de températures froides qui durent depuis un bon moment. Il a neigé à deux reprises en 15 jours et même si le soleil est réapparu, il fait autour de zéro degré. Mais lors de la grippe H1N1, aucun cas n’a été recensé au Japon, pas un ! On trouve littéralement des masques en vente à tous les coins de rue dans les combinis.

Masques Japon
Crédits photo Flickr

Cela dit, l’accident nucléaire de Fukushima a toujours des conséquences sanitaires et écologiques désastreuses : des tonnes d’eau arrosent quotidiennement les réacteurs, et cette eau, une fois irradiée, s’écoule… dans la nature ! Et malgré les rapports rassurants du gouvernement japonais, je continue de privilégier des produits qui ne sont pas issus de cette zone et consomme de l’eau en bouteille – ce que je ne faisais pas en France.

La sécurité dans les rues

Les caméras de surveillance existent surtout dans les gares, couloirs de métros etc. Je vois néanmoins rarement des policiers dans les rues, sauf s’ils circulent à bord de leur véhicule, toutes sirènes hurlantes. J’ai l’impression que la sécurité vient de la cohésion sociale importante : tout le monde a appris, de la même manière, à respecter les choses publiques, qui ne sont pas « à personne », mais plutôt au contraire « à tout le monde ».

Les Japonais ne traversent par exemple jamais le passage piéton si le bonhomme est rouge, même si la route est déserte. C’est une question de principe et d’éducation. Le piéton est donc en sécurité, puisqu’il ne prend aucun risque. Et l’automobiliste aussi.

L’éducation

La sécurité vient en effet d’abord de l’éducation qui est donnée dès le plus jeune âge à tous les petits nippons. On apprend très tôt, par exemple, à ne pas prendre ce qui ne nous appartient pas, même si on découvre quelque chose dans la rue. Du coup, les gens qui trouvent un objet, ont deux solutions : la première consiste à le rapporter au koban, reconnaissable à son logo sur fond vert.

Koban au Japon

Le koban est une sorte de poste de police de proximité qui vous renseigne sur le plan quartier et qui garde les objets trouvés. Généralement, c’est là que l’on rapporte par exemple un portefeuille (sans l’avoir ouvert). Prendre l’argent d’autrui porte malheur, si bien que vous retrouverez votre portefeuille plein (et souvent même assez plein puisque je vous rappelle qu’on paie tout en liquide).

S’il s’agit d’un objet moins précieux, par exemple un gant, un doudou d’enfant, un casque audio etc., on le dispose en évidence soi-même près de l’endroit où on l’a trouvé. Voici par exemple un chapeau déposé sur une clôture. Celui qui l’a perdu refera probablement le chemin qu’il a emprunté dans l’autre sens et le retrouvera sans peine:

chapeau-trouvé

Ce sentiment de sécurité est vraiment agréable. C’est très pratique parce que l’on peut ainsi laisser ses affaires dans un endroit public pendant un bon moment sans craindre le moins du monde que l’on vous les vole. Voici par exemple un iphone abandonné sur la table d’un bar d’une personne qui s’est absentée un bon moment. Personne n’aurait l’idée de le prendre, donc son propriétaire n’aurait pas eu l’idée non plus de l’emporter aux toilettes ou dehors. Il sait qu’il le retrouvera intact à son retour. Et on aperçoit l’anse d’un sac à main posé sur la chaise, sac qui doit contenir tous les papiers de la personne. Cela m’est arrivé souvent de voir ce genre de scène, même quand les barmaids n’étaient pas là 😉

Iphone-abandonné

Personnellement, je ne fais pas très attention à mon sac lorsque je suis au Japon, il est souvent ouvert et je n’ai jamais eu l’ombre d’un problème de chapardage. Dans le métro, on voit souvent des gens endormis auxquels il serait très facile de subtiliser leur téléphone ou tablette. Mais au Japon c’est impensable. L’honnêteté et le contrôle social des autres empêchent tout désir de tricher ou de voler.

Il y a cependant 3 choses qui sont régulièrement dérobées à Tokyo : les parapluies, les vélos et… les petites culottes. Sur ce dernier point, il semblerait que certains pervers profitent du linge étendu sur les balcons en rez-de-chaussée pour se servir ! C’est arrivé à plusieurs reprises à une de mes anciennes collègues.

La prévention

Au Japon, la moindre difficulté est prévue. Effectivement, ici, tout est organisé pour qu’aucun accident (ni même incident) ne puisse survenir. Dès qu’il y a des travaux sur une route par exemple, une déviation (même pour les piétons) est mise en place. Un être humain en chair et en os (souvent un retraité) toute la journée, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, va vous saluer et vous indiquer la voie à suivre, en s’excusant de la gêne occasionnée. Dingue, non ? Combien de fois m’est-il arrivé, en France, en voiture de suivre un panneau de déviation et puis pfuit… plus rien et vous vous retrouvez complètement perdu-e ! Ici, c’est absolument impossible, je pense que si ça arrivait, il y aurait une émeute. Voici par exemple des barrières indiquant le danger. Z’avez vu comme elles sont kawaii, en plus, ces barrières ?

barrières-sécurité-japon

D‘un côté on a l’esprit tranquille, mais en même temps, c’est parfois étouffant car aucune place n’est laissée à la fantaisie. J’ai une copine française qui vit ici depuis peu et qui aime selon ses dires « le joyeux bordel ». Elle n’apprécie pas trop sa vie au Japon qu’elle trouve trop conformiste et trop plan-plan. Prévenir à ce point le moindre danger relève pour moi de troubles obsessionnels. Mais c’est sûrement parce que j’ai une mentalité de Française 😉 Tenez, par exemple la semaine dernière il a neigé à Tokyo. Autant vous dire que les gamins étaient fous de joie ! Eh bien en allant faire mes courses le soir dans mon quartier, j’ai vu une barrière de sécurité qui empêchait d’emprunter le plan incliné pour les handicapés. La voilà :

Barriere-securite-neige-japon

Grâce à elle, on ne peut ni glisser, ni tomber, ni se faire mal. Oui. Mais bon. Quid du gosse qui justement a envie de le dévaler avec une luge ou même sur ses chaussures ? Allez, juste pour rire et s’amuser un peu, pour une fois ! Ben le pauvre il ne peut pas. Pas permis, fermé, interdit… Or, moi, j’aurais adoré ça…

Alors, la sécurité au Japon, すごい, non ? Qu’en pensez-vous ?

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22 commentaires sur “La sécurité au Japon

  • 6 février 2018 à 10 h 00 min
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    Ce sentiment de sécurité doit être très appréciable. J’habite un coin tranquille dans une petite ville où l’environnement n’est pas anxiogène.
    Voler des petites culottes 😉 ça peut faire rire mais ça craint aussi !!! Voit-on au Japon des affaires de pédophilie ??
    Pour finir lorsque les Japonais viennent en France, ils doivent subir un choc 🙂

  • 6 février 2018 à 10 h 05 min
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    Oui c’est très agréable de vivre avec ce sentiment de sécurité, et je pense que ce n’est pas souvent le cas dans les villes de cette taille ; j’apprécie vraiment. Oui, au Japon, il y a comme ailleurs des affaires de pédophilie. Il existe des pervers dans le métro qui profitent des rames surchargées pour essayer de toucher de très jeunes filles. L’uniforme des écolières fait fantasmer certains hommes.
    Tu as raison, les Japonais qui font du tourisme en France peuvent être choqués. J’ai d’ailleurs entendu qu’il existe maintenant des accueils réservés aux asiatiques à Paris pour les prévenir des dangers des pickpockets etc. Les voleurs savent bien que ces touristes ont l’habitude d’avoir beaucoup d’argent liquide sur eux.

  • 6 février 2018 à 10 h 09 min
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    Je ne m’étais jamais sentie autant en sécurité qu’au Japon – un peu moins à Osaka, mais je pense que c’est parce que ça tranchait si fort avec Kyoto et que j’étais très fatiguée haha. Après, je peux imaginer qu’on puisse ne pas supporter que tout soit si policé tout le temps, comme ta collègue…

  • 6 février 2018 à 10 h 20 min
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    Je me suis toujours sentie bien partout au Japon, même à Osaka (tu devais en effet être fatiguée 😉 ) même s’il existe ici aussi des crimes bien glauques. C’est en effet parfois pesant que tout soit parfaitement huilé, un peu de fantaisie n’a jamais fait de mal !

  • 6 février 2018 à 10 h 23 min
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    Ce niveau de sécurité est impressionnant, mais je trouve dommage de trouver cela impressionnant. Apres tout c’est quand même plus normal de pouvoir laisser quelques choses sans craindre de se le faire voler. Par contre pas question de sortir des sentiers battus c’est un peu dommage. Merci pour ce joli article et la photo avec le chapeau est magnifique. Je te souhaite une belle journée.

  • 6 février 2018 à 12 h 29 min
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    Merci Stéphanie ! Oui c’est compliqué : d’un côté, ça devrait être normal de se sentir tout le temps et partout en sécurité, mais de l’autre cette obsession de tout vouloir prévoir et maîtriser peut s’avérer pesante. Rien n’est jamais parfait 😀 !

  • 6 février 2018 à 13 h 45 min
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    Décidément, je crois que je ne vais jamais me lasser de tes articles sur le Japon. On en apprend toujours tellement !
    Le fait de se sentir en sécurité, ça doit vraiment être appréciable. Venant de la campagne et faisant mes études dans une pas si grosse ville que ça, j’avoue n’avoir jamais eu de problème de vol, ni même d’angoisse à l’idée d’être volée. Par contre, je me suis déjà rendue dans des lieux très fréquentés, et c’est une autre histoire. C’est vraiment génial qu’ils aient réussi à instaurer ce sentiment-là ! Si on pouvait leur piquer une ou deux astuces, sans en faire trop non plus, ça pourrait être bien ^^
    Pour le ‘joyeux bordel’, comme tu dis, et bien… à force, je ne le remarque presque plus, je suppose que ça veut dire qu’il ne me gêne pas plus que ça.
    Un très chouette article en tous cas !

  • 6 février 2018 à 14 h 34 min
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    Merci beaucoup Coccinelle pour ton adorable message. L’idéal se situe sans doute entre les extrêmes : de la sécurité, mais aussi de la souplesse et de la fantaisie. J’essaie de profiter à fond de ce que j’ai aujourd’hui à Tokyo, et demain, j’irai sans doute voir comment est la vie ailleurs. Belle journée à toi !

  • 6 février 2018 à 14 h 35 min
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    En fait les gens sont éduqués et civilisés. Ce qui contraste avec ce qu’on connait chez nous. La sécurité c’est quand même l’essentiel. Même si trop de sécurité laisse très peu de marche de manœuvre. Encore une fois tout est question d’équilibre. Jamais facile de trouver le bon!
    Article très intéressant Sandra. Merci

  • 6 février 2018 à 15 h 37 min
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    Exactement ! Je suis tout à fait d’accord avec toi, l’équilibre est toujours la chose la plus difficile à trouver. Mais je reconnais que les gens civilisés et éduqués, c’est toujours agréable. heureusement, il y en a plein en France aussi 😉 ! Belle journée à toi, Marie.

  • 6 février 2018 à 16 h 13 min
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    Vu de France, le Japon est en quelque sorte un paradis sur terre en matière de sécurité. Vu d’un(e) français(e) vivant au Japon, je comprends qu’à force on puisse regretter pour certaines choses un manque de fantaisie. Penses-tu qu’un(e) japonais(e) du Japon perçoit un manque de fantaisie, voire le regrette ?

  • 6 février 2018 à 18 h 43 min
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    Je me pose souvent la même question ! Je pense que la plupart des Japonais ayant été élevés dans cette culture, l’absence de fantaisie ne doit pas les gêner beaucoup. Mais certains sont très originaux et montrent leur fantaisie dans leur art ou leur façon de s’habiller (les cosplayers par exemple). Peut-être que le bien-être qu’on éprouve à se sentir en sécurité prime sur tout le reste, je ne sais pas trop ; je demanderai à mes amis japonais (mais beaucoup d’entre eux ont vécu aussi à l’étranger, ils ne seront sans doute pas très représentatifs des Tokyoïtes). Bonne journée, Vincent !

  • 6 février 2018 à 19 h 00 min
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    c 1 autre monde clairement
    jamais rien n fait dérailler la machine,
    moi j aime les pays latins ou y a de l imprévu j ne sais pas si j m y plairais mais en même temps ça doit être tellement agréable d ne pas s en faire pr ses affaires etc
    c 1 société différente de la notre

  • 6 février 2018 à 21 h 45 min
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    J’aime comme toi un peu de fantaisie (je suis du sud-ouest, donc plutôt latine aussi 😉 ) mais j’avoue que c’est extrêmement reposant de vivre sans s’inquiéter de rien. Du coup, l’idéal se situe sans doute entre les deux, point le plus difficile à atteindre ! À bientôt, Tania !

  • 7 février 2018 à 0 h 20 min
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    Super article avec les points positifs et négatifs d’une telle sécurité. Je suis admirative d’un tel respect d’autrui :).

  • 7 février 2018 à 7 h 46 min
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    Merci Isa ! C’est vrai que ce respect est incroyable, et que les Japonais sont sur ce point un exemple à suivre.

  • 7 février 2018 à 8 h 25 min
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    Comme toujours ton reportage est très intéressant ! C’est à la fois très bien de se sentir en sécurité en ville comme ailleurs et de pouvoir laisser ses affaires sans risque de se les faire voler( sauf les petites culottes…comme quoi les interdits donneront toujours lieu à des fantasmes car je crois que c’est plutôt à cause de la solitude, qu’à cause d’une quelconque perversion).
    Je trouve que l’éducation explique beaucoup de choses…c’est plus facile pour un enfant d’accepter les interdits s’il ne voit aucun adulte les détourner, non ?
    Mais c’est dommage aussi cette absence de liberté en ville…Tu ne nous dis pas si dans les campagnes les enfants peuvent faire des glissades sans se faire gronder !
    Bonne journée

  • 7 février 2018 à 10 h 00 min
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    Absolument d’accord avec toi sur le fait qu’éduquer un enfant est plus facile si tout le monde respecte les règles. En France c’est plus compliqué car les modes de vie et d’éducation sont bien plus variés, et on rencontre des gens qui ne respectent pas les règles. Du coup, l’enfant doit se construire avec plusieurs modèles (parfois très différents) sous les yeux, ce qui ne doit pas lui simplifier la tâche.
    Pour ce qui est de la vie à la campagne, j’ignore totalement si les Japonais jouissent d’un peu plus de liberté, n’ayant vécu qu’à Tokyo depuis que je suis au Japon. J’essaierai de me renseigner. À bientôt Manou !

  • 9 février 2018 à 14 h 41 min
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    C’est impressionnant cette mentalité japonaise! D’un côté, on se dit: quelle chance! d’un autre, comme tu le soulignes, ça fait un peu flipper… Au fait, rien avoir avec la choucroute (ou les sushis) mais je me demandais comment vous faisiez si vous aviez envie de vous ouvrir une bonne bouteille de vin le soir: ça doit être très cher non? Pardon pour cette considération triviale, mais je me dis que ça me manquerait beaucoup si je devais vivre dans un pays asiatique!

  • 11 février 2018 à 6 h 30 min
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    Oui c’est très particulier, mais se sentir en sécurité est tout de même une chance énorme, peu d’endroits au monde sont aussi sûrs… mais il manque un peu de souplesse ou de fantaisie.
    Concernant le vin on en trouve très facilement à Tokyo. On peut acheter du vin australien, chilien etc., et bien sûr même du vin français. Evidemment, au niveau des prix, ça peut monter très vite (le champagne français coûte 40 à 50 euros la bouteille). Le truc que je trouve moins facilement alors que j’adore ça, c’est le cidre. Mais pour le vin, no problem. Allez Frau, je te sens prête à venir vivre en Asie 😀 !

  • 15 février 2018 à 18 h 12 min
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    Je suis grave à la bourre pour rattraper tes articles, et je commence par celui-ci qui est ma foi bien intéressant ! Ca me rappelle ce que me disaient mes amies parties au Japon, elles ont aussi ressenti cette sécurité permanente, ça fait un choc quand tu rentres en France ! Moi qui est un tempérament anxiogène, je ne serais pas contre…

  • 17 février 2018 à 11 h 32 min
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    Je comprends, c’est vrai que c’est très rassurant et fort agréable au quotidien. Je pense que quand je quitterai le Japon, ça va me faire tout drôle !

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