Torii shinto dans la ville de Nara

Plus de 70 % des Japonais sont shintoïstes. Ils sont également adeptes du bouddhisme pour 68% d’entre eux. Les deux ne sont pas incompatibles. En occident, l’association de deux religions peut paraître étrange dans la mesure où la plupart des Européens sont monothéistes. En réalité, seuls 30% des Japonais considèrent qu’ils sont réellement croyants. Se rendre au temple et accomplir les rites relève plus de la coutume, de la tradition que de la foi véritable.

Qu’est-ce que le shintoïsme ? 

Le shintoïsme signifie « la voie des dieux ». C’est une religion, la plus ancienne du Japon, née vers le IIIe siècle. Le shintoïsme n’a pas vraiment de fondateur ou de dogme. Le principe essentiel est que la nature est sacrée, tout Japonais se doit donc de la respecter. L’homme n’est qu’une (petite) partie de l’univers, au même titre qu’une montagne, un ruisseau, un arbre ou une simple pierre. C’est sans doute ce qui rend ce peuple si humble. Le shintoïsme est donc une forme d’animisme panthéiste, dont les divinités, kami, sont généralement bienveillantes. 

parc botanique Tokyo

Si chaque élément de la nature est sacré, cela explique peut-être l’importance de l’observation de cette nature, comme on le voit par exemple au moment de la floraison des cerisiers au printemps ou dans les parcs publics particulièrement soignés.

Rikugien

Outre les divinités de la nature, on honore également quelques personnages historiques ou légendaires. Les Japonais possèdent souvent un autel particulier chez eux, mais se rendent volontiers dans les sanctuaires shinto, en particulier au moment des fêtes de fin d’année ou des examens scolaires ou universitaires.

Les sanctuaires shinto

Généralement très sobres, ils sont facilement repérables grâce aux torii, sortes de portiques qui séparent l’espace sacré du profane, le pur de l’impur. Voici celui, très imposant, du sanctuaire de Meiji-Jingū dans le quartier de Yoyogi à Tokyo. C’est le plus grand du Japon (les montants mesurent 1,2 m de diamètre !) et provient d’un cyprès datant de 1500 ans.

Torii du sanctuaire de Yoyogi à Tokyo

Souvent, les torii sont peints en rouge et il n’est pas rare d’en voir des dizaines en enfilade, comme ci-dessous dans le parc de Nezu à Tokyo :

Enfilade de torii au parc Nezu à Tokyo

Des statues de chiens gardent l’entrée. À l’intérieur du sanctuaire, il y a souvent un simple autel avec des offrandes (alcool de riz, fruits, menue monnaie) et une relique appartenant au kami. C’est cette divinité juchée sur un palanquin que l’on sort pour la distraire lors des matsuri. Ces sanctuaires ne servent pas exclusivement à la prière puisqu’on y célèbre aussi des événements festifs comme par exemple du théâtre, des festivals de tir à l’arc ou encore des mariages traditionnels.

Mariage shinto traditionnel Japon

 

mariage shinto

Les rites du shintoïsme

On commence par un rite de purification devant les fontaines aux ablutions, appelées chōzuya.

Chozuya fontaine aux ablutions Japon

On prend un hishaku, sorte de louche et on puise de l’eau que l’on porte d’abord à sa main gauche, puis à sa main droite. Une fois ses mains propres, on se purifie la bouche (sans boire l’eau pour autant !). Enfin, on fait couler de l’eau sur le manche de la louche afin de le purifier pour la prochaine personne qui l’utilisera.

ablutions Japon

On peut ensuite voir généralement une corde tressée et un gong. Après avoir donné une offrande (généralement 5 yens), on agite la corde et on s’incline deux fois, on frappe deux fois dans ses mains pour attirer l’attention de la divinité que l’on veut honorer. Enfin on fait son voeu et on s’incline une dernière fois.

gong-japon

Pour faire un voeu, on l’inscrit traditionnellement aussi sur une plaquette en bois appelée ema que l’on accroche dans le sanctuaire pour que les divinités puissent le lire et l’exaucer.

ema plaque votive Japon

On remarque aussi des barils de… saké et non d’eau bénite, considéré comme le nectar des dieux ! Voici les barils de Yoyogi.

Barils de saké Japon

On aperçoit également des gohei, bandes de papier pliées en forme de zig-zag ou d’éclairs fixées sur une tige de bambou, parfois accrochées en guirlandes. C’est un des objets rituels que l’on met à disposition de la divinité.

Gohei shinto à Kyoto Japon

Enfin, on peut tirer au sort une prédiction, inscrite sur un papier blanc. Si elle est positive, on la garde, mais si elle est néfaste, on l’accroche à un support prévu à cet effet pour que les kami conjurent le mauvais sort.

oracles-japon

Le shintoïsme d’état

Au début de l’ère Meiji (fin du XIXe siècle), le gouvernement japonais a élevé le shintoïsme au rang d’une religion d’état. En effet, certains nationalistes souhaitaient lutter contre les religions étrangères comme le bouddhisme ou le christianisme. Le recensement se faisait alors au sein du sanctuaire shinto dont on dépendait, et la famille impériale elle-même descendait prétendument des kami.

Mais à la fin de la seconde guerre mondiale, le shintoïsme nationaliste a disparu, laissant place à un ensemble de rites traditionnels que les Japonais sont libres de suivre ou pas, tout en ayant une ou plusieurs autres religions à côté. 

temple-shinto-kyoto

En effet, il est fréquent qu’une même personne accomplisse certaines traditions appartenant à des religions différentes au cours de sa vie. On peut ainsi se rendre au temple shinto régulièrement comme par exemple pour la Nouvelle Année, faire un mariage chrétien et recevoir des funérailles bouddhistes !

Alors le shintoïsme, すごい, non ?

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10 commentaires sur “Le shintoïsme

  • 17 octobre 2017 à 11 h 15 min
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    Merci pour cette explication sur le shintoïsme, parfaitement limpide sous ta plume… Durant nos vacances à Kyoto nous avons passé un moment inoubliable au temple shintoïste de Fushimi Inari, ça fait partie des billets prévus (enfin si j’arrive à faire autre chose que bosser) 😉

  • 17 octobre 2017 à 14 h 46 min
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    Merci pour ton message ! Il y a de très nombreux temples shinto en effet à Kyoto et à Tokyo, on a l’embarras du choix ! J’irai voir ton article quand tu auras eu le temps de le rédiger, car j’ai adoré cette ville 🙂 D’ailleurs plusieurs photos de ce billet viennent de Kyoto !

  • 18 octobre 2017 à 11 h 27 min
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    Encore et toujours, tu réussis à nous faire découvrir simplement de nouveaux horizons ♥

  • 18 octobre 2017 à 15 h 32 min
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    Merci pour ton commentaire, je suis contente si ce que j’écris vous intéresse 😉 À bientôt !

  • 18 octobre 2017 à 21 h 50 min
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    merci pr ton retour
    j avoue que j en savais peu
    je ne savais pas que les gens pouvaient mélanger les différentes tradition des différentes religions
    à la carte alors ?
    j ai été marqué par le film Silence de Martin Scorcese en début d’année moi
    aucune idée de cet aspect de l histoire des religions au Japon

  • 18 octobre 2017 à 23 h 30 min
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    C’est un fait assez curieux pour les européens que nous sommes de voir que plusieurs religions ou philosophies peuvent co-exister. Je trouve l’idée vraiment intéressante et le fait d’être en harmonie avec la nature me paraît tout à fait sensé.

  • 19 octobre 2017 à 8 h 34 min
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    Merci pour ton billet qui repond a plusieurs questions que je me posais sur le Shintoisme, en particulier celle de la relation entre la religion et la famille imperiale! Je trouve fascinant la facon dont en Asie, on arrive a cumuler les croyance et les traditions sans antagonisme. J’aime beaucoup aussi toute les symboliques, tous les petits signes et les objets qui se deploient autour des pratiques religieuses. Ils sont aussi emouvants que fascinants!
    Belle journee 🙂

  • 20 octobre 2017 à 10 h 35 min
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    C’est en effet un aspect qui m’a surprise lorsque j’ai vu que l’on pouvait « cumuler » différentes pratiques au sein de sa vie, sans que cela paraisse surprenant le moins du monde pour les Japonais. C’est un peuple qui me semble très traditionaliste et en même temps ouvert à plusieurs philosophies et croyances. C’est ce qui fait aussi sa richesse. Comme toi, j’aime beaucoup leurs petits objets attachés aux rituels. Belle journée à toi aussi !

  • 22 octobre 2017 à 22 h 20 min
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    Merci en effet Sandra pour cet exposé très clair. Il précise bien ce que j avais essayé de comprendre de l ouvrage pourtant simplifié consacré à cette religion .
    Les Kami me semblent aussi naturels que le monothéisme grec et peuvent correspondre au respect de certains ruraux anciens ou non pour ce qui les entoure
    Les rites en revanche me paraissent plus « etrangers»
    Mais s ils sont esthétiques, comme ceux du bouddhisme je pourrais les intégrer, sur place.
    Enfin cette liberté de culte au sein de sa propre vie me paraît aussi naturelle car il est nécessaire de prendre du temps pour s éprouver au contact d une croyance, religion ou pas. On peut aussi se sentir trop à l étroit dans chacune et s exprimer dans une plus synchretique, correspondant selon les circonstances, moments de l année à une ( mais l Histoire française est tellement liée au catholicisme et protestantisme, l islam désormais aussi, trop sur fond de guerre que papillonner paraîtrait trop léger !)
    Bref une chouette réflexion sur la tolérance et la liberté que nous pouvons prendre.

  • 24 octobre 2017 à 9 h 19 min
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    Tant mieux si c’est assez clair. J’avoue que j’ai fait quelques recherches, ne maîtrisant pas le domaine, mais je trouve ça toujours intéressant d’avoir un rapport privilégié à la nature dans les religions ou philosophies asiatiques. Et comme tu dis, cette liberté de cultes au pluriel est une sacrée différence avec nos monothéismes européens. D’accord avec toi pour prendre tous les messages de tolérance ! Bisous !

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