Travailleurs au Japon
Crédits : Tomohiro Ohsumi/Bloomberg News.

Le Japon est un des plus grandes puissances mondiales, son taux de chômage est de 3% seulement, les financiers ont les yeux rivés sur la bourse de Tokyo. Ça, tout le monde le sait. Mais rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un billet économique mais plutôt vous parler du travail comme je le perçois en tant que Française vivant à Tokyo. Quand on évoque le monde du travail au Japon, on imagine des millions de fourmis besogneuses. 

Voici quelques points qui me frappent, sachant que je côtoie surtout des gens au travail en tant que consommatrice ou utilisatrice. Et ensuite, je vous présenterai quelques métiers qui n’existent pas au Japon ou au contraire qui n’existent qu’au Japon.

Le travail au Japon

D’abord, je trouve que les gens travaillent très lentement par rapport aux Français. J’en avais déjà parlé sur mon billet concernant les courses au Japon, mais c’est vrai que les caissiers par exemple ne resteraient pas 3 jours en poste s’ils travaillaient en France à Carrefour. Ou à Auchan, je ne suis pas sectaire. Même s’il y a la queue, les employés passeront le temps nécessaire avec chacun de leurs clients et ne les expédieront pas en moins de deux. Leur objectif ne semble pas être « faire du chiffre » mais « satisfaire ». Paradoxalement lorsqu’il s’agit de construire une maison ou de rénover un magasin, cela va très vite, les Japonais sont efficaces.

Je trouve qu’ils travaillent avec beaucoup d’application et ont le goût de bien faire leur travail (c’est sans doute à mettre en rapport avec le zen de la philosophie bouddhiste). Ils sont très soigneux et du coup, même si ça prend du temps, personne ne s’énerve et tout le monde est content que le travail soit bien fait : l’employé peut être fier de lui et développer une bonne image de lui-même et le consommateur n’a jamais rien à redire. Chacun semble satisfait du travail qu’il accomplit, quel que soit ce travail. Regardez par exemple ce jardinier qui taille toujours à la main les arbres après avoir observé et choisi avec soin quelle branche il doit couper. Jamais de tronçonneuse bruyante qui massacre la nature. Ici, on prend son temps pour bien faire les choses.

jardinier-japon

Concernant le soin, je suis notamment épatée par la propreté avec laquelle travaillent les gens dans le bâtiment : les bétonnières par exemple sont constamment nettoyées et lustrées, si bien qu’on croirait qu’elles sont neuves. Et l’espace des travaux est balisé, protégé au niveau du sol par des cartons pour ne pas salir la route devant le chantier. C’est incroyable ! De même, les ouvriers ne laissent jamais rien traîner et n’enterrent pas leurs déchets sur le terrain à bâtir par exemple. C’est toujours nickel.

bétonnière Japon
Crédits @Truck Kingdom

D’ailleurs, les gens respectent le travail d’autrui. Je prends par exemple le cas des personnes qui nettoient le métro. En France, ces personnes travaillent souvent la nuit, on ne les voit pas à l’œuvre. Ici, elles travaillent en journée et du coup, personne n’aurait l’idée de balancer un détritus par terre sous leurs yeux. C’est une question de respect (et d’éducation bien sûr !). Et je suis toujours stupéfaite de voir tout ce qui est nettoyé dans le métro : la rampe des escalators, les portes automatiques de protection pour entrer dans la rame, tout y passe et pour les avoir souvent observés, les gens qui accomplissent ce travail sont respectés : zéro graffiti sur ou dans les wagons, pas de saleté par terre. C’est important de voir les gens travailler, ça nous fait prendre conscience de tout ce qu’ils font (et qu’ils font très bien !), ça nous permet de les considérer et ça invite à les respecter.

 

Les employés sont aussi beaucoup plus nombreux qu’en France à la poste par exemple ou dans un restaurant. Le client est roi et peut donc recevoir un service très personnalisé, ce que les Japonais apprécient grandement. Et moi aussi, je l’avoue, c’est très agréable. En France, rien ne m’agace davantage que de voir ma demande non prise en compte ; le client n’est pas pris en considération sous prétexte qu’il faut aller vite, travailler au rendement.

Les travailleurs

À Tokyo, on voit beaucoup de personnes âgées travailler. En fait, ce sont souvent des retraités mais qui ne touchent pas encore leur retraite. Du coup, ils s’occupent surtout de la sécurité lors de travaux dans les rues. Ils portent, la nuit, un sabre laser à faire pâlir Dark Vador lui-même et prennent très à cœur le fait d’être utiles à la société. Je trouve ça particulièrement noble, même si je préfèrerais qu’ils puissent se reposer tranquillement chez eux après une déjà longue carrière. N’empêche qu’un jour je pense sauter sur un de ces gars en faisant le bruit du sabre laser de Star Wars, juste pour voir s’ils ont le sens de l’humour. Promis, je vous mets une vidéo si je le fais 😉

Travailleur âgé au Japon

Il existe beaucoup d’emplois à temps partiel : on peut facilement travailler quelques heures dans un combini ce qui est bien pratique pour les étudiants… et les femmes.

En effet, le travail des femmes est encore un problème au Japon : très peu ont accès à des postes à responsabilité et dès lors qu’elles ont un enfant, elles restent pour beaucoup à la maison et abandonnent leur carrière professionnelle pour se consacrer à leur famille. Mon amie Motoko a deux enfants mais comme elle travaille pour une grosse entreprise américaine et non japonaise, elle a la chance de pouvoir faire du télétravail un jour par semaine. Elle-même m’a dit que dans une entreprise japonaise, ce ne serait sans doute pas pareil…

Concernant le temps de travail, on embauche généralement entre 9 et 10h et on termine à entre 19 et 22h. Mais certains reconnaissent qu’ils meublent le temps de l’après-midi car ils ont fini leurs tâches. Toutefois, cela ne se fait pas de rentrer chez soi avant ses supérieurs et il est au contraire bien vu de partir le plus tard possible. Comme il faut ajouter à la journée de travail le temps de transport pour rentrer chez soi, les journées sont très longues et les Japonais s’endorment souvent dans le train ou le métro. Certains s’endorment même au travail, ce qui n’est pas mal vu car cela signifie que l’employé s’est donné à fond pour sa société. J’en ai déjà vu deux fois, au guichet du métro, qui dormaient du sommeil du juste. Hélas d’autres meurent d’épuisement, ce qui a choqué tout le monde récemment, même ici au Japon.

On peut toucher une retraite à partir de 65 ans, mais un certain nombre de gens, souvent des hommes, continuent après, bénévolement ou pas. Soit ils ont un caractère de cochon et leur épouse les fiche à la porte tous les matins, soit, c’est elle qui est est acariâtre et ils la fuient autant que possible, non ? Parce que moi, lorsque je serai à la retraite, je compte bien en profiter pour me reposer 😉

Les tenues vestimentaires des travailleurs sont généralement très codifiées selon le secteur d’activité : les cadres ont un costume-cravate noir avec chemise blanche pour les hommes, tailleur-jupe pour les femmes. Beaucoup portent un uniforme adapté à l’entreprise parmi les employés dans le commerce. Les ouvriers dans le bâtiment ou les jardiniers portent un foulard sur la tête (ou un casque), un pantalon bouffant, et des chaussures particulières appelées jikatabi, sortes de tongs fermées aux semelles épaisses.

Vêtements de travail en extérieur au Japon

Les robots tendent à remplacer les humains dans certains secteurs car les Japonais préfèrent recourir aux machines plutôt qu’à la main d’oeuvre étrangère ! On en trouve dans les maisons de retraite (j’avais vu une émission à ce sujet) et comme sur la vidéo ci-dessous, dans les boutiques de téléphonie mobile. Bon je vous rassure, il y a aussi des êtres humains !

1 métier qui n’existe pas au Japon

Une chose m’a frappée en arrivant au Japon, c’est qu’il n’existe par de vigile dans les magasins. Les Japonais sont tellement honnêtes que cela ne leur viendrait pas à l’idée de payer quelqu’un pour rester planté à la sortie d’un magasin au cas où (un jour tous les 10 ans ?) quelqu’un déroberait quelque chose. Je suis toujours surprise en sortant de mon magasin d’alimentation : je passe devant plein de choses que je pourrais théoriquement voler mais personne n’est là pour vérifier mes faits et gestes. Du coup, quand je rentre en France, j’ai l’impression d’être dans un état policier ou presque, je me sens quasi coupable – mais de quoi ? – lorsque je quitte un grand magasin sous l’oeil suspicieux de certains vigiles…

3 métiers qui n’existent qu’au Japon (ou presque)

J’ai été frappée de voir que certaines personnes ont un travail qui n’existe pas en France (ou du moins pas à ma connaissance). Je vous en propose 3 : 

Le porte-enseigne

J’en ai vu en Irlande, aux États-Unis, mais pas en France (ou du moins pas dans ma province). Ici, je leur trouve un air très triste, à attendre patiemment, parfois dans le froid ; s’agit-il d’une mesure de vexation parce qu’un employé ne s’est pas trouvé à la hauteur de son travail ? Je vous rassure, toutes ces personnes ne sont pas habillées de cette manière, mais dans le quartier de Harajuku, ça fait partie de la norme :

Porte-enseigne au Japon

Le pousseur dans le métro

Vous avez sûrement déjà vu des vidéos de ces fameux pousseurs qui tassent comme des sardines les voyageurs dans le métro japonais. Ils portent des gants blancs et n’opèrent qu’aux heures de grande affluence sur les lignes les plus fréquentées (heureusement !). Il semblerait qu’il en existe aussi dans d’autres pays d’Asie mais je n’en ai vu qu’ici pour l’instant, et en tout cas pas en France 😉

Pousseurs métro à Tokyo
Crédits photo : Johnwhye

L’enleveur de cafards

Il existe des sociétés qui vous débarrassent de cafards à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Je ne parle pas seulement des compagnies qui désinfectent votre maison comme on peut en avoir en France pour les termites mais de gens qui se déplacent à 3h du matin si vous hurlez en apercevant une sale bestiole. C’est dingue, non ? Bon, en même temps, comme je vous en ai parlé dans mon article sur les animaux à Tokyo, la plupart d’entre eux mesurent 5 cm… Alors quand on en voit un, c’est impressionnant ! Pour ceux qui seraient intéressés par ce service (à Tokyo !) : Gokiburi-24.com s’occupe de tout ! Voilà un métier que je ne pourrais certainement pas exercer…

Alors, le travail au Japon, すごい, non ? 

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13 commentaires sur “Le travail au Japon

  • 21 novembre 2017 à 13 h 53 min
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    Encore un billet intéressant 🙂
    Nettoyer le métro en pleine journée est une bonne idée, on doit culpabiliser de salir ou de jeter quelque chose !
    Tu évoques les retraités qui travaillent car ils n’ont pas encore touché leur retraite, cela veut dire qu’une fois leur rente versée ils peuvent vivre sans problème d’argent ou rencontrent-ils comme en France des problèmes d’argent ?!
    Pour finir je suis étonnée qu’on accepte que les travailleurs puissent s’assoupir au travail 😉

  • 22 novembre 2017 à 13 h 04 min
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    Merci Brigitte ! Pour les retraités, certains ont du mal à joindre les deux bouts même quand ils touchent leur pension. C’est une des raisons qui pousse ces personnes à continuer à travailler. Du coup, c’est un peu pareil partout, hélas… Passe une belle journée et à bientôt !

  • 22 novembre 2017 à 13 h 58 min
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    Encore un article très instructif :)!
    Dur pour les femmes alors :).

  • 22 novembre 2017 à 14 h 15 min
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    Oui, pas facile pour elles, même si ça commence à changer, mais très doucement. Cela dit, les Japonaises que je connais travaillent, mais pour combien qui restent à la maison… Si encore c’était un choix de leur part, ça ne me gênerait pas, mais vu le peu de crèches, elles ne peuvent pas tellement faire autrement que s’occuper de leurs enfants.

  • 22 novembre 2017 à 14 h 28 min
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    Je me régale de lire tes billets d’expat’, ils sont tellement savoureux! Celui-là ne déroge pas à la règle!

  • 22 novembre 2017 à 18 h 47 min
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    Oh merci, tu es trop chou ! Moi, j’adore aussi tes billets (même si j’ai la fâcheuse impression que certains de mes commentaires doivent arriver dans tes spams…) !

  • 22 novembre 2017 à 20 h 47 min
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    L’enleveur de cafard ne me donne absolument pas envie non plus. J’avais entendu parler de la culture japonaise concernant la carrière mais elle est presque tout dans la vie des japonais j’ai l’impression. Mourir d’épuisement c’est bien triste 🙁

  • 23 novembre 2017 à 8 h 57 min
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    Oh c’est sûr que mourir d’épuisement, c’est terrible et honteux ! Les Japonais ont très peu de vacances, mais en compensation, c’est le pays qui compte le plus de jour fériés ! 🙂

  • 25 novembre 2017 à 15 h 49 min
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    Pour moi c’est un autre monde et merci de me le faire connaître de façon très concrète.

  • Pingback: Les enfants au Japon

  • 26 novembre 2017 à 13 h 57 min
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    C’est sûr que c’est à des années-lumière de notre façon de voir les choses. Et je trouve qu’il y a de belles choses à prendre dans nos deux mondes 🙂 Bon dimanche et à bientôt j’espère !

  • 26 novembre 2017 à 20 h 33 min
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    MERCI de ton retour
    on est tjrs surpris pas la réalité du terrain
    après 11 jrs au Brésil j ai vu moi aussi des métier fini en France
    ici dans les bus il y a le conducteur qui conduit celui à qui on paie son ticket même si il y a aussi des systèmes de pass à Rio notamment

  • 27 novembre 2017 à 10 h 16 min
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    Avec plaisir ! Oh c’est génial de voir encore dans d’autres pays comme le Brésil des métiers qui n’existent plus en France ! J’avais vu le vendeur de ticket dans le bus en plus du chauffeur. Mais c’était en Grèce je crois (à l’époque préhistorique, #team40 😉 ) Bonne reprise Tania !

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