vue-jungle-laos

Après la visite de Vientiane, nous avons décidé de partir à Luang Prabang. J’y étais déjà allée mais sans ma famille. Pour la première fois, je n’avais pas préparé ce voyage faute de temps, je m’étais dit qu’on ferait tout en free style. Nous voilà donc dans une agence et une demi-heure après, nous ressortons avec une réservation ; nous avons choisi de tenter une expérience : le trekking dans la jungle pendant 2 jours avec visite de villages typiques, nuit à la mode lao puis découverte des chutes de Kuang Si. Alléchant, non ?

On dit souvent que lorsqu’on voyage, on apprend beaucoup sur soi. C’est vrai ; moi, ce que j’ai appris c’est que le trekking n’est pas fait pour moi (ou c’est moi qui ne suis pas faite pour le trekking). Nous étions 5 + le guide. Dans tout groupe, il faut un boulet, et là, clairement, le boulet c’était moi. Je vous raconte. Nous voici partis de bon matin pour une heure de route en tuk-tuk sur une route un chemin pierreux. Arrivés au milieu de nulle part, nous commençons notre périple. Notre guide, Ning, adorable, nous explique les coutumes locales : ici les gens sont animistes et croient aux esprits, ils ont des chamans dans les villages et vivent par tribu. Chaque tribu porte le nom d’un animal et on ne peut pas épouser quelqu’un qui porte le même nom d’animal.

village-lao

Nous traversons le village, très pauvre, et l’accueil est plutôt sympathique. La plupart des gens sont chaleureux et souriants. Nous entamons ensuite notre calvaire randonnée. Comment ça vous ne voyez pas le sentier ? C’est pourtant pas compliqué, m’avait-on dit à l’agence…

chemin-jungle-laos

L’excuse que j’aurais pu trouver, ce sont par exemple mes chaussures, pas du tout adaptées au trekking (je rappelle que nous avons tout décidé à la dernière minute, nous étions déjà au Laos quand nous avons fait cette réservation). Or, j’étais partie avec des Converse et je me suis rendu compte qu’elles glissent abominablement. Mais lorsque nous croisons des villageois de 75 ans qui ont des tongs en plastique aux pieds et le sourire aux lèvres, comment vous dire ? – je n’ai plus qu’à admettre que le problème vient de moi.

lao-jungle-autochtone

Certes, la montée a été pénible, ça grimpait vraiment beaucoup ; le guide nous avait prévenus mais avait dit qu’on irait lentement. (Visiblement, on n’a pas la même notion du temps lui et moi). Mais c’est vrai qu’il m’a toujours attendue. En fait, tout le monde m’attendait, c’était toujours moi la dernière. Mais bon, soit les autres étaient très polis, soit ils en profitaient tous, en fait, pour récupérer eux aussi parce que c’était vraiment sportif, mais personne ne m’a fait la moindre remarque ou n’a paru agacé (ouf !). Et vous savez ce qui m’a aidée à garder courage et à ne pas abandonner ? Les bouses de vache. Oui oui, vous avez bien lu et je n’écris pas cet article sous l’emprise d’une forte insolation. Quand j’ai vu des bouses sur le sol, je me suis dit que si les vaches pouvaient passer, je pouvais sans doute y arriver aussi (quand même !) J’ignorais qu’elles pouvaient grimper des montagnes escarpées de la sorte. Enfin ça, c’était au début car après, il y avait des barrières qu’elles ne pouvaient pas franchir. L’avantage, dans cette aventure, c’est que j’ai fait du sport pour les 10-15 années à venir.

jungle-2

Mais malgré la difficulté physique, le jeu en valait la chandelle. Nous étions seuls avec la nature, la forêt bruissait de partout, des oiseaux chantaient divinement bien, c’était magique. Notre guide connaissait le chemin par cœur, nous alertait en cas d’obstacle et nous racontait plein de choses.

jungle-laos-1

J’ai ainsi appris qu’il y a 20 ans, on trouvait dans cette jungle des ours, des tigres, des éléphants etc. mais ils ont été tellement chassés qu’il n’y en a plus du tout. D’ailleurs, le premier jour, je n’ai vu aucun animal à part quelques insectes et quelques toiles d’araignées immenses, fort heureusement vides. Quand on arrive sur un sommet dégagé, la vue est magnifique.

jungle-panorama

Nous avons déjeuné à même le sol sur une nappe faite de feuilles géantes. La nourriture était typiquement laotienne, c’est-à-dire délicieuse et parfumée. Notre guide a d’abord fait des offrandes aux esprits de la jungle pour que le trekking se passe bien (et j’espérais vraiment que les esprits l’écoutent parce si quelqu’un s’était ne serait-ce que foulé une cheville, je ne sais même pas comment on aurait fait, la jungle était inaccessible). Et les esprits ont été avec nous, qu’ils en soient ici publiquement remerciés.

repas-jungle-laos

J’ai bien plus aimé la descente, d’abord parce qu’au niveau du souffle, c’était beaucoup plus gérable, et surtout parce qu’on pouvait profiter davantage du paysage même s’il fallait rester très concentrés car les pierres ou feuilles étaient extrêmement glissantes et la pente raide.

jungle-pano

Après 5 heures de trekking sous 35-37°, nous arrivons dans un village, exténués. Et là, de quoi avons-nous envie à votre avis ? Oui, d’une douche ! Sauf que nos affaires n’ont pas suivi (on s’est mal compris avec le guide qui se retrouve très embêté). Du coup on a… rien à part un peu de savon et du shampoing, mais zéro fringue de rechange. Gloups. Bon, on se dit que ce n’est pas bien grave, ça fera fuir les moustiques, et ça fait partie de l’expérience. Donc, on décide de laver nos vêtements qui sècheront bien pendant la nuit.

Nous dormons au village dans une maison typique. Je vous esplik : ça veut dire maison sur pilotis tout en bois de bambou, trois mini « pièces » qui ne contiennent qu’une couche pour deux personnes chacune et une moustiquaire. Comme celle de gauche : 

maison-village

Les toilettes (pas des japonaises, je vous assure) se trouvent dehors, de l’autre côté d’une barrière dans une hutte en bois. Et la « douche » est évidemment à l’extérieur, c’est plus un lavoir qu’une douche. Nous avons vu les gamins du village se laver tout habillés… Voici l’intérieur d’une maison typique, avec un feu pour cuire le riz. Comme vous le voyez, c’est assez spartiate, mais nos muscles endoloris réclament juste une position allongée : ça fera parfaitement l’affaire. 

interieur-maison-laos

Toutefois, il faut d’abord se laver. N’ayant peur de rien si ce n’est d’attirer des hyènes à cause de notre odeur, on se met à poil et on se douche en essayant tant bien que mal de se cacher derrière un lavoir haut d’un mètre, histoire de ne pas choquer l’autochtone. Eh bien en fait, on a eu un succès fou ! Tout le monde est venu regarder nos blanches fesses, en particulier les gosses du village qui étaient morts de rire et montaient dans les arbres pour nous voir.

fillette-arbre

Bref, on a été l’attraction de la soirée et je ne vous dis pas la réputation des blancs désormais : des fadas qui se dénudent en plein dans le village et qui crient tellement l’eau est froide. Parce qu’en fait, dès que la nuit tombe, ça caille : la différence entre la température extérieure et toute la chaleur qu’on avait emmagasinée est importante. Après un succulent repas préparé par notre guide qui peut se reconvertir cuistot, je vous le dis, on étend nos fringues lavées comme on a pu. Nous tombons de sommeil. On part se coucher et on se rend compte qu’il est seulement… 20h !

Je pensais qu’avec une telle fatigue, on allait s’endormir en un clin d’oeil. Mais c’était sans compter sur le fait qu’on est quand même à la lisière de la jungle. Je me disais que les cris et bruits de la forêt allaient cesser avec l’obscurité. Naïve que je suis ! Les bruits des animaux inconnus ont duré toute la nuit. Plus les cris d’un bébé, la toux d’une femme et surtout, les coqs de tout le village (et croyez-moi, y en avait un paquet) qui ont poussé leurs cocoricos à qui mieux-mieux dès 3h du matin. Bizarrement quand je me suis réveillée, je rêvais de coq au vin…

Le lendemain, on visite le village. On rencontre des gens très souriants.

sourire-lao

La plupart (surtout les femmes, il faut bien le reconnaître) sont occupés à diverses tâches.

artisanat-laos

Celle-ci prépare un toit pour sa maison :

fabrication-toit-laos

De nombreux enfants partent à l’école qui commence et se termine très tôt. Le guide nous apprend que beaucoup n’iront pas au-delà de l’école primaire car pour continuer, il faudrait quitter le village et aller en ville : c’est trop loin et trop cher. Ils sont souriants, semblent très autonomes. Ils n’ont pas de tablettes ou jeux-vidéos, mais ils s’éclatent autant que les nôtres, croyez-moi !

enfants-laos-1

Les plus grands s’occupent des plus petits.

enfants-laos-2

famille-lao

Nous repartons pour le second jour de trekking. Mais c’est beaucoup moins fatigant, plus plat et parfois une eau fraîche soulage nos pieds épuisés.

jungle-riviere

Nous voyons quelques animaux : des centaines de papillons, des chauves-souris et un serpent, le distinguerez-vous ? Pas facile on ne voit pas sa tête ; allez, je vous aide, il est vert fluo, assorti aux feuilles  très long et très mince et dans le sens vertical :

serpent-laos

Parfois, de manière surprenante, nous croisons un bouddha en pleine jungle. Celui-ci gardait l’entrée d’une grotte dans laquelle 200 personnes se réfugièrent pendant la guerre. C’est là que vivent les chauves-souris que nous avons aperçues.

sortie-grotte

Nous arrivons ensuite tout en haut des chutes de Kuang-Si : 

sommet-kuang-si

kuang-si-from-jungle

On y débusque un énorme papillon :

papillon-laos-jungle

Après c’est la récompense du sport : une cascade sublime : 

kuang-si-laos

C’est l’heure de la baignade dans une eau extraordinaire (mais froide) ; la photo ci-dessous n’a aucun filtre, vous voyez la vraie couleur :

kuang-si-falls-laos

Nous repartons en tuk-tuk à Luang Prabang, épuisés mais heureux. Enfin une vraie douche, suivie d’un massage traditionnel lao : c’est une forme d’acupression, ça fait super mal sur le moment, mais nous n’avons eu aucune courbature le lendemain. Dingue, non ?

Alors, ce trekking, ça vous tente ?

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

15 commentaires sur “Trekking dans la jungle laotienne

  • 21 mars 2017 à 10 h 02 min
    Permalink

    Tout d’abord Bravo pour ce trekking ! J’imagine comme il doit être difficile d’avancer dans une telle jungle avec la chaleur en plus.
    Tes photos sont superbes.
    Découvrir ces lieux d’habitation et partager du temps avec les autochtones, c’est une riche expérience.
    Merci pour ce reportage très intéressant.

  • 21 mars 2017 à 10 h 10 min
    Permalink

    Merci Brigitte pour ton message qui fait chaud au coeur ! C’est exactement ce que j’ai ressenti : une expérience très riche, une vraie rencontre avec les Laotiens. Notre guide faisait partie des Hmongs et il nous a raconté des tonnes d’anecdotes que je ne pouvais pas toutes partager, mais il était vraiment passionnant et connaissait très bien les multiples cultures des différentes tribus. J’ai par exemple appris que beaucoup de personnes Hmongs étaient droguées à l’opium à cause… des Français qui leur avaient demandé d’en produire ! Incroyable ! Belle journée et à bientôt !

  • 21 mars 2017 à 15 h 10 min
    Permalink

    Merci pour le dépaysement et ces fabuleuses images :).
    Je pense que j’aurai été comme toi, j’aime bien marcher mais je ne suis pas une randonneuse.
    Si personne ne s’est plaint, c’est que tu ne l’étais pas comme ça.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

  • 21 mars 2017 à 15 h 15 min
    Permalink

    Moi aussi j’adore marcher, mais quand c’est plat 😀 ! Cela dit, ça valait vraiment le coup, c’était une très chouette expérience et je ne regrette rien ! Bisous Rose et à très bientôt !

  • 22 mars 2017 à 5 h 55 min
    Permalink

    Wouah, quelle super expérience ! Et comme j’ai ri à la lecture de cette douche publique dans le village avec les enfants qui riaient de vous voir nus, quel formidable souvenir ça va vous faire. Bravo en tout cas de vous être lancée là-dedans (avec des Converse, malheureuse !), vu d’ici ça valait rudement le coup.

  • 22 mars 2017 à 8 h 39 min
    Permalink

    Merci Tara ! Oui on a bien rigolé nous aussi ! Et effectivement, ça valait la peine, on a vu de très belles choses, rencontré plein de gens sympas, c’était une belle expérience.

  • 22 mars 2017 à 11 h 10 min
    Permalink

    Ça avait l’air d’être chouette! Bon moi contrairement à toi j’adore le trekking et même si je suis lamentable dans la plupart des sports, je suis plutôt à l’aise avec l’endurance. Bon et finalement tous ces efforts valent le coup!
    J’ai très envie de faire un tour au Laos!

  • 22 mars 2017 à 12 h 12 min
    Permalink

    Oui, c’était chouette ! Moi j’adore marcher, même vite, mais quand ça monte (là, ça montait vraiment beaucoup), j’avoue que je ne suis pas super douée. But I did it ! Le Laos est une destination très dépaysante, très agréable et je te souhaite de pouvoir y aller.

  • 24 mars 2017 à 4 h 32 min
    Permalink

    Waw super experience!!! Pour l’instant je passe mon tour… un peu trop sportif pour notre famille, mais ca me fait drolement envie sinon!
    Au fait, vos fringues, vous les avez brulees a l’arrivee?

  • 24 mars 2017 à 5 h 12 min
    Permalink

    Oui tes enfants sont encore un peu jeunes mais dans quelques années, c’est toi qui nous racontera ce genre de choses, haha ^^! Quant aux fringues, tu ne crois pas si bien dire : j’ai jeté mon pantalon à la poubelle ; de toute façon il était vieux et moche, mais il m’a rendu service jusqu’au bout ! J’avais peur qu’un gamin s’amuse à me cacher mon tee-shirt qui séchait dehors pendant la nuit : j’aurais été bien embêtée le lendemain de faire un jour de trekking topless 😀 Mais heureusement, ce n’est pas arrivé, sinon je ne te dis pas la réputation des européens ! Déjà qu’elle en avait pris un sacré coup avec notre douche au village !

  • 25 mars 2017 à 4 h 01 min
    Permalink

    Waouh, quelle expérience Sandra !!! Je te tire mon chapeau virtuel ! En te lisant, j’ai rigolé toute seule en voyant que vous aviez tenté une lessive de vos vêtements : c’était sec le lendemain ? Parce que moi si j’étends quelque chose le soir à Houston, il est sec 4 jours plus tard avec l’humidité ! 😉

    J’aurais sûrement fait ce trekking il y a quelques années, mais je n’ai plus aucune endurance depuis que j’ai des enfants (à part pour me lever la nuit…). On verra dans quelques années si j’arrive à retrouver un semblant d’énergie ! 😉

  • 25 mars 2017 à 6 h 58 min
    Permalink

    Mon tee-shirt était quasi sec (et sentait bon !) ce qui était quand même bien appréciable.
    Concernant l’endurance le fait d’avoir des enfants jeunes t’oblige à en avoir ; pour l’instant ce sont eux qui sont encore trop petits pour faire un truc aussi long et sportif, mais tu verras, bientôt, ce sont eux qui te réclameront des randonnées 😉 Ma fille a adoré et j’ai bien peur de devoir refaire un trekking un de ces 4…

  • 25 mars 2017 à 20 h 24 min
    Permalink

    C’est assez rare de lire des articles sur un pays aussi méconnu que le Laos, c’est vraiment sympa de nous faire partager ton expérience ! Pour certaines raisons, je ne peux plus faire de trekking, mais ça avait l’air bien cool. Les paysages magnifiques et les habitants souriants, que demander de plus 😉

  • 26 mars 2017 à 6 h 31 min
    Permalink

    Tu as raison, le Laos n’est pas aussi connu et touristique que ses voisins, et pour cause : il n’y a pas d’accès à la mer, contrairement à la Thaïlande ou au Cambodge. Et pourtant, je suis persuadée que c’est un pays qui mérite le détour. D’après ce que m’ont écrit quelques personnes sur Instagram, le Laos ressemble beaucoup à la Thaïlande (les temples sont très semblables).
    Si ça t’intéresse, mon billet sur la suite (et la fin) du voyage paraîtra mardi ! 🙂

  • Pingback: Les onsen - Bibliblog

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *