Un homme, de Philip Roth

J’avais déjà lu il y a très longtemps un ouvrage de ce célèbre auteur américain contemporain, La tache, que j’avais beaucoup apprécié. J’avais envie de relire un peu de littérature américaine et le titre m’a plu, il évoquait pour moi l’histoire d’un homme parmi tant d’autres à cause de l’article indéfini. Et c’est précisément ce que je m’étais imaginé.

Le roman s’ouvre sur la mort d’un septuagénaire américain. Un long retour en arrière permet de retracer les éléments marquants de sa vie. Homme à femmes marié trois fois, il a plusieurs enfants, Nancy, sa fille adorée et deux fils avec lesquels il n’entretient plus de relations.

Il évoque son enfance et sa jeunesse, dans une bijouterie new-yorkaise où il était chargé de transporter des diamants pour le compte de ses parents qui tenaient la boutique. Il parle surtout de son frère Howie, personnage très attachant dont il ne deviendra jaloux qu’à un âge très avancé. Puis, arrivé à l’âge adulte, il est désireux de réussir sa vie professionnelle et travaille dans la publicité mais son ascension sociale s’accompagne d’un goût pour le pouvoir dans le domaine amoureux aussi, et entraînera ses déboires matrimoniaux.

La vie de cet homme relativement banal est intéressante, car on y reconnaît l’homme en général. À la fin de sa vie, notre héros prend conscience de la vanité et de la vacuité de certains aspects de sa vie, ce qui nous pousse à réfléchir sur la nôtre. Finalement, qu’est-ce qui est important pour l’homme ? semble nous demander Philip Roth. La conquête des femmes ? Le héros est assez malchanceux sur ce point, ou plutôt, il réalise un peu tard la chance qu’il avait avec sa deuxième femme qu’il a trahie et perdue bêtement. Cela incite peut-être les lecteurs que nous sommes à prendre conscience que parfois, se contenter du bonheur présent sans chercher à obtenir davantage est sage. En effet, il faut savoir se contenter du bonheur présent, que l’on est hélas parfois incapable de voir ou de mesurer. Carpe diem !

La crainte de la mort est aussi un thème omniprésent, et qui hante le héros pas seulement, comme on aurait pu s’y attendre à la fin de sa vie, mais dès son enfance en raison d’une hospitalisation. Là aussi, cette peur universelle ne peut que faire écho chez le lecteur qui se sent, comme tout être humain, concerné par cette échéance inéluctable. Cette crainte s’accompagne de l’expérience de la déchéance physique puisque le héros ne jouit pas d’une très bonne santé, contrairement à son frère.

« Mais enfin, le plus déchirant, c’est ce qui est commun, le plus accablant, c’est le fait de constater une fois encore la réalité écrasante de la mort. »

Le thème du roman n’est certes pas très gai, mais son humanité et son universalité nous touchent. D’autre part, le style assez sobre et froid le plus souvent, se transforme parfois pour se faire lyrique, et j’ai apprécié l’écriture de Roth. 

« Plus rien ne pourrait éteindre la vitalité de ce gamin dont le petit corps-torpille fuselé, immaculé, avait jadis chevauché les grosses vagues atlantiques, dans l’océan déchaîné, à cent mètres des grèves. Oh, quelle ivresse ! l’odeur de l’eau salée, la brûlure du soleil ! La lumière du jour, la lumière qui pénétrait partout, jour après jour d’été, la lumière du jour, brasillant sur la mer vivante, trésor optique si vaste, d’une valeur si astronomique, qu’il croyait voir sous la loupe de son père, gravée à ses initiales, la planète elle-même, parfaite, précieuse, sa demeure, ce joyau d’un million, d’un billion, d’un trillion de carats, la Terre ! »

C’est donc un roman vraiment intéressant, mais je ne suis pas sûre qu’il plaise à des lecteurs très jeunes qui envisagent la mort comme une issue vraiment très lointaine…

Un homme, de Philip Roth

Roman américain paru en 2006. 192 pages chez Gallimard (collection Folio).

Titre original : Everyman, traduit par Josée Kamoun.

Prix PEN/Faulkner Award.

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12 commentaires sur “Un homme, de Philip Roth

  • 16 février 2018 à 14 h 13 min
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    De cet auteur, je n’ai lu que Le complot contre l’Amérique. Il m’a laissé un assez bon souvenir. En revanche, je ne connaissais pas celui-là. Enfin, jusqu’à présent :D.
    La passage sur son ascension sociale et son goût pour le pouvoir dans le domaine amoureux m’ont fait penser à Bel-Ami. Il est probable que le parallèle s’arrête là.
    Au vu de tes remarques, j’ai été un peu surpris par la notation. Qu’est-ce que tu peux être sévère 😀 !

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    • 16 février 2018 à 22 h 31 min
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      Rhaaa, c’est vrai que je suis sévère ! Mais en fait, quand je regarde les notes que j’ai mises depuis le début de mon blog, je trouve que j’ai souvent été trop généreuse. Mon problème, c’est que j’écris mes chroniques à chaud, et je suis quelqu’un de plutôt enthousiaste et positif. Mais parfois, après quelques mois, je me dis que j’ai été trop bienveillante. Du coup, je m’efforce d’être plus sévère, mais je ne suis pas sûre d’avoir encore trouvé où mettre le curseur 😀 !!! Si tu n’es pas vieux, ce roman peut te donner le bourdon, si tu es malade, idem. C’est pour ça, je ne peux pas mettre une note trop élevée pour un roman pareil 😉 Bon dimanche Vincent !

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  • 17 février 2018 à 11 h 16 min
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    Philip Roth est un auteur que j’aimerai découvrir. Je ne sais pas si je commencerai par celui là par contre ^^.

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    • 17 février 2018 à 14 h 33 min
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      Oui, celui-là évoque des thèmes un peu difficiles. Je n’ai lu que La Tache comme autre roman de lui, et je te le conseille, j’en ai un bon souvenir.

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  • 17 février 2018 à 15 h 19 min
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    Clairement pas un livre pour moi vu le thème abordé, qui ne m’attire pas plus que ça, mais je suis ravie que tu aies aimé !

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    • 17 février 2018 à 17 h 34 min
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      Oui, les thèmes ne sont pas forcément gais, mais la réflexion derrière est néanmoins intéressante. Je comprends tout à fait que l’on n’ait pas envie de lire ce type de roman. Peut-être un jour te laisseras-tu tenter… 🙂

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  • 17 février 2018 à 19 h 32 min
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    J’ai lu un ou deux ouvrages de Roth… mais malgré tout, il me fait toujours un peu peur. Le style, la distanciation, peut-être… bref, peut-être un jour!

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    • 18 février 2018 à 14 h 37 min
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      Oui, je vois ce que tu veux dire avec la distanciation, ça peut paraître un peu froid et donc effrayant. Je ne regrette pas du tout ma lecture, mais j’espère que ma prochaine lecture sera un peu plus gaie 😉

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  • 20 février 2018 à 18 h 07 min
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    Je ne connais toujours pas Philip Roth (honte à moi…) mais je note ce livre dans ceux qu’il faudra que je commence sur cet auteur un jour. (et il y en a déjà plein en fait xD)

    A croire que cet auteur fait l’unanimité !

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    • 21 février 2018 à 9 h 01 min
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      Il n’y a aucune honte à ne pas connaître un auteur (même parmi les très grands), tu en as lu plein d’autres et malheureusement, on ne peut pas passer tout son temps à ne faire que lire. D’ailleurs ceci est un message : si quelqu’un veut me payer pour que je lise et écrive dans mon blog, je suis archi-prête, qu’il se fasse connaître 😀 😀 !
      Ce roman-là n’est peut-être pas le plus indiqué pour commencer, mais je n’ai lu qu’un autre roman de lui je ne suis pas une spécialiste. Cependant La Tache sera moins sombre.

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  • 1 mars 2018 à 1 h 35 min
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    Je n’ai encore jamais lu Philippe Roth et je ne pense pas commencer par celui-ci. Le thème me semble caricatural (c’est un jugement hyper péremptoire et simpliste puisque je n’ai pas lu le livre : la soif de pouvoir et la vanité de la réussite professionnelle.

    Apparemment, tu recommandes La Tache ? Car je vais m’y mettre, d’autant plus que je ne lis pas assez d’auteurs américains.

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    • 4 mars 2018 à 0 h 55 min
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      Je comprends que ce roman puisse ne pas attirer les foules à cause du thème. J’avais beaucoup aimé la Tache (roman lu il y a très longtemps désormais) et si tu lis en VO, je te conseille de le faire là car il y a un jeu de mot capital qui doit mieux rendre en anglais ; le traducteur avait été obligé de donner quelques explications pur la version en français. Bonne lecture !

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