Hemingway Vieil homme et la mer

Aujourd’hui nous sommes le premier avril, alors j’ai décidé de vous parler de poisson. D’un gros poisson. À l’occasion d’un voyage en Floride, j’ai eu l’occasion d’apprendre qu’Hemingway avait vécu au point le plus au sud des Etats-Unis à Key West où je me suis rendue ; j’ai pu voir la maison de l’auteur, le cadre dans lequel il a vécu, ce qui m’a donné envie de relire ce court roman qui a permis à Hemingway d’obtenir deux prix littéraires. Je n’avais pas un souvenir particulier ni extraordinaire de ma première lecture (comment est-ce possible ??) mais je ne regrette pas d’avoir relu ce roman : je l’ai trouvé exceptionnel.

L’histoire est celle de Santiago, un vieux pêcheur cubain qui vit dans la plus grande pauvreté. Manolin, un jeune garçon avait coutume de pêcher avec lui jusqu’au jour où ses parents le lui ont interdit car le vieillard ne ramenait plus de poisson : 84 jours sans aucune prise. L’amitié très forte qui existe entre le vieillard et l’enfant conduit Manolin à donner des sardines à Santiago, pour qu’elles lui servent d’appâts.  Muni de ce trésor, le vieillard part à nouveau seul sur sa barque et décide d’aller plus loin que d’habitude en espérant que la chance lui sourie enfin. C’est là qu’il accroche un espadon extraordinaire et qu’une terrible lutte commence entre le vieil homme épuisé et affaibli et le poisson…

Ce roman est très vivant car même si le texte est à la troisième personne, et malgré la solitude du protagoniste sur son bateau, l’homme parle tout au long du livre à divers interlocuteurs : à Manolin pourtant resté au port, au poisson qu’il combat auquel il voue une grande admiration et un immense respect, à Dieu dont il implore l’aide dans les moments difficiles et enfin à lui-même. Le courage et la détermination du héros sont impressionnants et sont en même temps une leçon pour le lecteur : un homme est digne de ce nom même rejeté parce qu’affaibli par l’âge, du moment qu’il fait du mieux qu’il peut et qu’il reste fidèle à ses valeurs.

On s’attache à ce héros peu commun, un homme simple et plein de bon sens, qui agit de manière efficace et réfléchie et on souhaite le voir réussir son entreprise tant il est méritant et digne. Manolin est aussi un personnage dont le grand cœur et l’indéfectible amitié nous émeut. L’écriture est assez simple à l’image du personnage, qui s’exprime de manière un peu familière et fluide comme la mer qui l’entoure. On ressent le goût des poissons que Santiago mange, la douleur de ses mains abimées par la lutte et l’humilité dont il fait preuve, avec une force extraordinaire et une intensité croissante. L’auteur a réussi à émouvoir le lecteur par la grande humanité qui se dégage des personnages et par la poésie du monde marin. Certaines descriptions, en particulier celle de l’espadon, sont très belles. Ce roman est une sorte de tragédie qui narre le combat de l’homme contre les forces de la nature, de l’homme face à sa dignité.

Hemingway a assurément fait d’une histoire très simple un véritable chef d’œuvre.

« Quand le jeune garçon revint, le vieux dormait dans son fauteuil et le soleil était couché. Le jeune garçon enleva du lit la vieille couverture militaire et la disposa par-dessus le dossier du fauteuil sur les épaules du vieux. C’étaient de curieuses épaules, puissantes en dépit de la vieillesse, le cou aussi conservait de la force : on en voyait moins les stries dans cette posture de sommeil qui maintenait la tête penchée en avant. La chemise du vieux avait tellement de pièces qu’elle ressemblait à la voile de sa barque ; ces pièces avaient pris en se fanant mille teintes variées. La tête, elle, était très vieille. Ce visage aux yeux fermés n’avait plus l’air vivant. Le journal était étalé sur les genoux du vieux ; le poids de son bras le défendait contre la brise du soir. Le vieux était pieds nus. […]

Il embrassa la mer d’un regard et se rendit compte de l’infinie solitude où il se trouvait. Toutefois il continuait à apercevoir des prismes dans les profondeurs ténébreuses. La ligne s’étirait à la proue ; d’étranges ondulations parcouraient l’eau calme. Les nuages se portaient à la rencontre des alizés. En avant de la barque, un vol de canards sauvages se découpait contre le ciel ; il disparut, puis reparut, et le vieux sut que nul n’est jamais complètement seul en mer. Il se souvint de l’angoisse qui s’empare dans leur petite barque de certains pêcheurs, à l’idée de perdre la terre de vue. »

Le vieil homme et la mer, de Ernest Hemingway

Roman américain paru en 1952 chez Gallimard (folio). 191 pages.

Titre original : The Old Man and the Sea, traduit par Jean Dutourd.

Prix Pulitzer en 1953 et Prix Nobel de littérature en 1954.

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17 commentaires sur “Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway

  • 1 avril 2016 à 13 h 15 min
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    C’est drôle, je pensais faire une chronique sur Moby Dick moi, pour le 1er avril (les grands esprits se rencontrent ^^) (finalement, je n’ai pas eu le temps de le relire).
    Je l’ai lu au collège, je crois, mais je ne m’en souviens quasiment pas, il faudrait que je me rafraîchisse la mémoire, en espérant avoir le même effet que toi !

  • 1 avril 2016 à 14 h 46 min
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    Ah c’est drôle, moi j’ai lu Moby Dick il y a très longtemps et je pense que cela me ferait du bien de le relire ! 😉

  • 1 avril 2016 à 14 h 47 min
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    Un grand classique que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire, mais qui m’est chaleureusement recommandé! Ton avis positif est une preuve supplémentaire : il faut absolument que je le lise!

  • 1 avril 2016 à 16 h 11 min
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    Vraiment, je te le recommande, j’ai trouvé ce roman très beau et très humain. J’espère qu’il te plaira autant qu’il m’a plu !

  • 14 avril 2016 à 12 h 26 min
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    Dévoré en une nuit, c’était très prenant ! C’est vrai que l’histoire de base est très simple, mais il l’a rendue tellement émouvante !

  • 14 avril 2016 à 12 h 33 min
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    C’est exactement cela, une histoire d’une banalité incroyable, mais élevée au rang de chef d’oeuvre grâce à l’écriture d’Hemingway. Comme toi, j’ai dévoré ce roman et suis contente de savoir qu’il t’a plu aussi !

  • 14 avril 2016 à 14 h 01 min
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    Tu en as lu d’autres de cet auteur ?

  • 14 avril 2016 à 14 h 20 min
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    Non, pas encore, mais je suis tentée par « Pour qui sonne le glas »… Si tu en as lu d’autres que tu as aimés, je suis preneuse de bonnes idées 😉

  • 14 avril 2016 à 22 h 34 min
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    J’en ai un dans ma PAL, je reviendrai t’en parler quand je l’aurai lu. 😀

  • 15 avril 2016 à 0 h 21 min
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    D’accord avec plaisir !

  • 8 mai 2016 à 20 h 36 min
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    Un classique que j’espère lire dans un avenir proche 🙂

  • 8 mai 2016 à 23 h 52 min
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    C’est un petit roman (par la taille) qui se lit facilement, et j’espère qu’il vous plaira aussi !

  • 14 juin 2016 à 12 h 38 min
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    j’adore le concept de ton blog! Moi qui suis toujours à la recherche de nouveaux livres à lire mais sans vraiment le temps de regarder les critiques, tes petits articles sont juste parfaits! Bonne continuation pour ton joli blog et à très bientôt j’espère 🙂

  • 14 juin 2016 à 13 h 44 min
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    Oh merci Sarah, ton commentaire est vraiment adorable ! J’en rougirais presque… J’aime beaucoup ton blog aussi, il est très beau, épuré et tes articles sont très sympas ! À bientôt alors 😉

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