Viguier-Ressources-inhumaines

Ce livre m’a été donné par mon amie Sandrine parmi de nombreux autres. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que c’est ma principale fournisseuse de romans français contemporains. Le plus souvent, j’aime ce qu’elle partage avec moi et elle me fait découvrir de nombreux auteurs qui me sont inconnus.

Rien qu’à partir du titre, j’imaginais quel serait le thème de ce roman et sur ce point, je n’ai pas été déçue. Je m’intéresse beaucoup aux ressources humaines, à la façon dont les gens qui travaillent sont pris en charge, en compte et en considération (ou pas) par leurs employeurs. Malheureusement, ce roman n’a pas répondu à mes attentes, loin s’en faut et je vous dis pourquoi.

Le récit, mené à la 3e personne, raconte l’ascension professionnelle fulgurante au sein d’un hypermarché d’une jeune stagiaire de 22 ans dont on ignore le nom. Arrivée là un peu par hasard, cette jeune fille comprend vite comment on fait pour grimper les échelons et malgré son absence de réelles compétences et son inexpérience, elle se retrouve propulsée cadre en un rien de temps. L’histoire se déroule sur plusieurs décennies et nous permet d’observer le monde caché d’un supermarché, peut-être même celui dans lequel vous faites vos courses.

« Elle a rendez-vous avec le directeur dans quelques minutes. Elle a traversé la coursive, elle est passée devant les toilettes réservées aux employés du magasin, elle est passée devant la cantine avec ses chaises posées sur les tables, elle est passée devant la salle de pause, et elle est passée devant la porte du bureau de la secrétaire de direction, sans s’arrêter, pour aller taper directement à la porte du bureau du directeur du magasin. »

Bien sûr on assiste à une certaine forme de sexisme ordinaire. Bien sûr certains rayons sont plus prestigieux que d’autres. Bien sûr certains employés magouillent. Bien sûr la concurrence est féroce non seulement entre les autres enseignes de la région, mais aussi à l’intérieur du magasin. Mais cela, tout le monde le sait et ce roman ne m’a finalement pas appris grand-chose sur cet univers.

Les personnages m’ont laissée de marbre. On ne connaît pas le prénom de l’héroïne, elle est d’une froideur agaçante. Elle n’a, au début notamment, aucun intérêt ni désir si ce n’est celui de cacher sa personnalité (mais en a-t-elle une ? C’est la question que je me suis posée tout au long du roman) aux autres mais surtout à elle-même. Son histoire avec son mentor Gilbert n’est absolument pas crédible, surtout sur le long terme.

Un jour, à la quarantaine, elle tombe cependant vraiment amoureuse d’un homme dont le lecteur n’apprendra jamais le prénom non plus. Il est désigné seulement par le pronom « il » sans cesse placé entre de très lourds guillemets. C’est le seul personnage « vivant » de l’intrigue, mais on le rencontre très peu, il n’est pas assez développé. Les personnages secondaires sont à peine esquissés et n’ont aucune épaisseur non plus.

Bref, l’histoire ne m’a pas fait vibrer. J’aurais pu me raccrocher à un style élégant ou original. J’aurais pu. Mais non. On pourrait croire que l’écriture froide est à l’image du monde qu’il veut dénoncer, mais pour ma part, je n’y ai vu que platitude et lourdeur. Par exemple le fait que les chapitres se terminent presque toujours par quelques phrases à la première personne où l’héroïne devient la narratrice n’apporte rien, cela ne la rend même pas humaine ou sympathique puisque ce ne sont que quelques lignes insuffisantes pour creuser le personnage. De même, l’accumulation du discours indirect est lourd et lassant :

« Ils ont bu le champagne, que son père n’a pas trouvé meilleur que le mousseux. Sa mère lui a dit qu’il n’y comprenait rien, alors il lui a répondu que l’important c’était sa fille et pas le champagne. Ils ont fini leur verre, et elle leur a dit qu’il était temps qu’elle rentre chez elle parce que demain il fallait mettre en rayon tous les articles du catalogue de la fête des Mères avant l’ouverture du magasin. »

Je n’ai trouvé absolument rien de littéraire dans ce roman. Pour moi, c’est juste un texte qui veut critiquer le monde moderne, la pression qui pèse sur les employés qui font vivre un magasin, un texte qui veut présenter, mais sans y parvenir réellement, une femme vide, creuse et inintéressante qui se cherche et refuse de s’accepter comme elle est. Décevant. J’ai vu que l’auteur a sorti un autre roman, mais je passerai mon chemin… et oublierai très vite ce livre-là.

Ressources inhumaines de Frédéric Viguier

Roman français paru en 2015. 288 pages chez Albin Michel. 

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14 commentaires sur “Ressources inhumaines de Frédéric Viguier

  • 26 mai 2017 à 10 h 29 min
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    Un récit à la 3e personne sans donner de prénom au héros, c’est presque un documentaire 😉 Donc je ne note pas ce roman dans ma longue liste de livres à découvrir 🙂
    En ce moment ma lecture est de Karine Reysset « Les yeux au ciel » : des retrouvailles en famille avec des silences et des tabous à débusquer.

  • 26 mai 2017 à 12 h 35 min
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    J’ai eu l’impression que l’auteur avait sans doute voulu montrer à quel point cette femme était anonyme au sein de son entreprise, à quel point elle n’existait pas y compris pour elle-même mais justement l’auteur aurait dû la faire naître et la rendre vivante sous sa plume, ce qu’il n’a pas réussi à faire, selon moi. J’espère que ta lecture est plus intéressante que ne le fut la mienne ! À bientôt Brigitte 🙂

  • 26 mai 2017 à 20 h 38 min
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    Je confirme que le passage que tu as cité m’a paru plus plat que froid… (une écriture froide n’est pas forcément un problème en soi)

    C’est assez dommage, ça avait l’air prometteur pourtant. Je passe mon chemin aussi.

  • 27 mai 2017 à 0 h 50 min
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    Je te comprends, je suis bien consciente que mon billet ne donne pas envie de lire ce roman. Mais très honnêtement, je pense que tu ne perds rien et surtout pas ton temps que tu peux ainsi employer pour lire autre chose de bien meilleur 😉

  • 27 mai 2017 à 8 h 12 min
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    Le sujet de ce livre est vraiment intéressant. C’est dommage qu’il soit peu littéraire.

  • 27 mai 2017 à 10 h 00 min
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    Exactement ! Je pense que l’auteur sait de quoi il parle et connaît bien le monde de l’hypermarché mais selon moi ce n’est pas hélas pas littéraire.

  • 28 mai 2017 à 10 h 47 min
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    Rien que les extraits ne me donnent pas envie du tout ! Trop de il et de elle ça en devient lourd au final 🙂 Je ne le rajoute pas sur ma longue liste .

  • 28 mai 2017 à 10 h 55 min
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    Oh je suis bien d’accord avec toi ! Tu as sans doute beaucoup mieux à lire ! Bonne journée Eloïse !

  • 29 mai 2017 à 10 h 52 min
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    J’avais trouvé la démonstration glaçante du monde du travail par l’auteur plutôt réussie. J’avais perçu ce livre comme une représentation miniature de notre société; le constat est implacable mais à mon avis assez juste, malheureusement ! pour le moment 😉

  • 29 mai 2017 à 11 h 25 min
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    Ah, eh bien tant mieux si tu as aimé ; moi, pas du tout ! Même si on comprend bien ce qu’il cherche à montrer, je n’ai vraiment pas réussi à m’attacher aux personnages, tant pis pour moi ! Belle journée à toi.

  • 29 mai 2017 à 12 h 14 min
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    Merci pour ce retour, je passe donc ^^

  • 29 mai 2017 à 13 h 17 min
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    Je n’ai pas aimé, mais Sandrine si, dans le commentaire précédent, n’hésite pas à aller consulter sa chronique, tu changeras peut-être d’avis 😉

  • 1 juin 2017 à 10 h 18 min
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    Bien d’accord avec toi, le sujet du livre est très intéressant. Je vais garder du temps pour lire ce livre. Merci à toi!

  • 1 juin 2017 à 11 h 47 min
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    J’espère pour toi que tu l’apprécieras davantage que moi 😉

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