Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

Comme chaque année au moment de la rentrée littéraire, j’essaie de lire un premier roman. Cette fois, j’ai jeté mon dévolu sur Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard parce que j’ai vu qu’il était conseillé par plusieurs sites. De plus, il était écrit par une femme et elles ont souvent moins de visibilité que les hommes en littérature (même si ça s’arrange, j’en conviens). Je n’avais aucune idée du thème, mais j’ai foncé.

Le roman est partagé en deux parties assez différentes. Dans la première, on assiste à la naissance et à la vie d’une passion à Paris, tandis que la seconde se déroule en Italie et montre l’héroïne en tête à tête avec elle-même.

Le récit est écrit à la première personne. La narratrice est une jeune professeure débutante qui habite un appartement parisien avec sa fille ; elle a un compagnon, une vie assez calme. Lors d’une soirée de réveillon, elle fait la connaissance d’une violoniste fantasque prénommée Sarah. Elles se revoient fréquemment et Sarah lui avoue qu’elle est tombée amoureuse d’elle. S’ensuit une passion dévorante entre les deux jeunes femmes, ponctuée par les séparations insupportables liées aux concerts que Sarah donne avec son quatuor dans le monde entier.

« Les baisers rue Gracieuse, ce sont des baisers d’adieu, hein, d’accord, parce que ça ne peut pas continuer, ce n’est pas possible, j’ai un compagnon, une enfant, une vie bien rangée. Et puis, quelques heures plus tard, non, pas d’accord. Et tant pis si la vie est bizarre, tant pis si rive droite rive gauche on ne sait plus très bien où on est, tant pis si on passe la Seine comme on enjambe un caniveau, tant pis si elle comme moi, nous sommes parfois maussades, souvent mélancoliques. »

Le roman se lit facilement, le style est très direct, plutôt oral et de nombreux dialogues le rendent très vivant. Le rythme est très vif dans la première partie. J’ai trouvé intéressant le fait que la passion amoureuse, si fréquemment traitée en littérature soit ici une passion homosexuelle, ça change et c’est dans l’air du temps. Je n’étais pas d’ailleurs très à l’aise de lire certains passages sur ma liseuse dans le tram alors que des gens pouvaient lire sur mon épaule dans un pays où l’homosexualité est interdite par la loi…

La passion avec toutes ses phases – euphorie, fusion, crises, besoin de distance, etc. – est très bien rendue et on perçoit bien l’incapacité des deux héroïnes à transformer cette passion en « simple » amour, ce qui n’est jamais très bon signe en littérature comme dans la vie… La maladie d’amour de la narratrice – visible notamment dans la seconde partie du livre – est une sorte d’écho au cancer de Sarah (je ne divulgâche rien, on l’apprend dès les premières lignes).

Toutefois, j’ai trouvé cette passion assez excessive et ce qui en découlera aussi. Le roman ne parle que de cela et de la folie qu’elle entraîne. Certes, avec force, mais je n’y ai pas trouvé autre chose sur le fond. Les personnages principaux prennent tout l’espace au détriment des autres ; que deviennent le compagnon de la narratrice, l’enfant, les parents de Sarah etc. ? Nous n’en saurons rien, ils sont totalement éclipsés par l’extraordinaire amour fou des deux femmes, leur obsession l’une de l’autre.

Les deux héroïnes, elles, sont très développées. La première partie est une sorte de portrait en actes de Sarah. À l’image de cette musicienne pleine de vie, la description qui en est faite est très vive, très rythmée avec des répétitions qui scandent et définissent sa personnalité. Sarah est attachante mais aussi profondément agaçante car elle est versatile et manque un peu de stabilité, de sagesse.

La seconde partie du roman concerne davantage la narratrice. Le tempo se calme, mais de nombreuses répétitions (ses routines de promenade ou de repas par exemple) sont bien à l’image des idées qu’elle ressasse en permanence, sans pouvoir avancer vraiment. Néanmoins, cette seconde partie m’a semblé peu crédible et la fin m’a laissée sur ma faim. Je me suis dit, « tout ça pour ça » ! D’après moi ce n’est pas un mauvais roman, mais il manque quelque chose pour en faire un bon. C’est un roman trop monothématique, – à mon goût en tout cas – qui n’apporte pas vraiment de réflexion sur la passion et qui a privilégié une écriture forte, puissante, mais au détriment du fond. Et vous, l’avez-vous lu ?

Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

Roman paru en 2018. 192 pages chez Éditions de Minuit. 

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6 commentaires sur “Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard

  • 26 octobre 2018 à 10 h 35 min
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    Je ne l’ai pas lu, et n’en avait jamais entendu parler ! À t’entendre, ne ne suis pas sûre que ce livre me plairait…
    A bientôt ! 🙂

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    • 26 octobre 2018 à 23 h 36 min
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      Tu peux lire des avis différents qui seront certainement plus élogieux, mais bof, avec moi, la magie n’a pas fonctionné, dommage !

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  • 29 octobre 2018 à 15 h 58 min
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    Je ne connais pas … J’ai tellement de livres à lire dans ma PAL que je ne suis pas sûre de me jeter sur celui ci par contre …

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    • 29 octobre 2018 à 21 h 15 min
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      Je comprends, ma liste de livres à lire ne cesse de s’accroître (et de se modifier). Bonne lecture !

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  • 5 novembre 2018 à 18 h 58 min
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    J’en ai entendu parler et je l’ai noté mais je ne sais pas encore si je vais le trouver à la médiathèque…alors on verra car j’ai une liste terriblement longue. Merci pour ta chronique

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    • 9 novembre 2018 à 8 h 42 min
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      À mon avis, ce n’est pas du tout un livre essentiel, mais d’autres l’ont encensé, alors à toi de te faire ton idée. Cela dit je comprends tout à fait que tu aies d’autres priorités.

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