De pierre et d’os, de Bérangère Cournut

Pour cette rentrée littéraire, je souhaitais découvrir de nouveaux auteurs. J’ai vu sur la Toile que De pierre et d’os de Bérangère Cournut avait beaucoup de succès puisque ce roman a même reçu le prix Fnac 2019. De plus, la couverture semblait une invitation au voyage. Donc, comme à mon habitude sans savoir de quoi parlait le livre, je me suis lancée.

Dans un texte à la première personne, on suit la vie de Uqsuralik. Au début du roman, c’est une adolescente. Elle vit avec sa famille Inuit dont elle se voit brutalement séparée en raison d’une fracture de la glace. Obligée de survivre, elle est fort heureusement une excellente chasseresse. Elle va rencontrer d’autres familles de nomades entre banquise et toundra et mener sa vie en harmonie avec la nature.

« Je retrouve d’un coup la lumière bleutée de la lune, la banquise s’étend devant moi. Elle est hérissée de crêtes acérées et de blocs infranchissables. Ma seule chance de survivre est de rejoindre un bout de terre, une de ces montagnes au loin. En espérant qu’aucune autre faille ne m’en empêche, et que la lune reste présente assez longtemps pour éclairer mon chemin. Je dois marcher tant qu’elle sera là, sans me retourner. »

Toujours friande de découvrir d’autres contrées et d’autres cultures, j’ai trouvé intéressant d’apprendre beaucoup de choses sur le mode de vie si différent des Inuits. C’est un sujet assez peu abordé en littérature, et à l’heure où l’écologie est un thème essentiel pour tous, il est rassurant de constater que certains peuples vivent encore en symbiose avec leur environnement naturel et ont des connaissances développées sur cette nature, qu’il s’agisse de la faune locale, de la banquise, de l’art de construire un igloo ou un campement etc. De même, pour l’occidentale que je suis, il est toujours passionnant de se faire transporter par les visions chamaniques, les rites ancestraux d’un peuple si différent.

Toutefois, je sors déçue de cette lecture. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, pas même à la narratrice. En effet, on sait très peu ce qu’elle ressent, je l’ai trouvée froide comme la glace qui l’entoure. Je m’attendais à un roman initiatique, un roman d’apprentissage mais on perçoit mal l’évolution intérieure d’Uqsuralik. Seule son initiation au chamanisme est vraiment racontée, mais sans sentiments réels. J’ai eu l’impression d’un être de papier mais totalement dépourvu de vie. Et pourtant, il lui en arrive, des choses, à cette héroïne ! Mais qu’en retire-t-elle ? On ne le sait pas vraiment.

De même, contrairement à ce que j’ai lu depuis sur la Toile, je n’ai pas trouvé l’écriture spécialement poétique. Les mots ne m’ont pas fait vibrer. Les chants inuits qui parsèment le roman m’ont semblé très naïfs et écrits de manière excessivement simple. On y trouve certes pas mal de comparaisons mais pas si extraordinaires que cela. J’ai nettement préféré l’écriture d’Isabelle Autissier par exemple, dans Soudain, seuls qui situe son action dans les glaces elle aussi, mais de l’autre côté du globe.

En fait, j’ai eu l’impression de lire plutôt un documentaire ethnographique – et cet aspect-là est intéressant – car l’autrice s’est énormément documentée sur le sujet. Elle a même accompagné son livre, à la fin, de très belles photographies. Et elle évoque avec justesse les occidentaux qui ne comprennent pas son monde :

« Sauf que sans nous, ils se perdent. Dans le grand blanc d’ici, et même dans leur pays. Ils viennent, ils s’imprègnent – et puis un jour, ils repartent et s’enfouissent dans leur terre lointaine. Ils noircissent des milliers de pages à notre propos, farcissent des enveloppes de peau avec nos histoires, que d’autres reprennent pour leur propre gloire, sans avoir jamais posé un pied sur Nuna – notre territoire. Ces gens habitent et colonisent un imaginaire qui ne leur appartient pas. […] Nos esprits les hantent, notre civilisation les fascine. Nous allons les prendre par la racine. Durant ma longue vie d’Inuit, j’ai appris que le pouvoir est quelque chose de silencieux. Quelque chose que l’on reçoit et qui – comme les chants, les enfants – nous traverse. Et qu’on doit ensuite laisser courir. »

Mais pour moi, ce n’était pas vraiment un roman, ou alors trop froid ! Je me retrouve ainsi à contre-courant des éloges majoritaires que j’ai pu lire. Peut-être n’était-ce pas le bon moment pour moi de lire ce roman ? En tout cas, la rencontre n’a pas eu lieu. Si vous le lisez, n’hésitez pas à venir m’écrire en commentaire si ce roman vous a plu.

De pierre et d’os, de Bérangère Cournut

Roman paru en 2019. 219 pages chez Le Tripode.

Prix du roman Fnac 2019.

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2 commentaires sur “De pierre et d’os, de Bérengère Cournut

  • 7 octobre 2019 à 9 h 10 min
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    Le sujet me semble effectivement original et intéressant, car, peu abordé en littérature. En ce moment, je suis en plein période gore, je me fais l’intégrale de Stephen King.

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  • 13 novembre 2019 à 16 h 08 min
    Permalink

    Boah…Même le thème ne fait pas super envie.

    Réponse

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