Déserteur, de Boris Bergmann

Déserteur, de Boris Bergmann. Pourquoi ai-je noté ce titre dans ma liste ? En raison du titre et du prénom de l’auteur, qui me rappelaient la chanson de Vian, bien sûr ! Il s’agit d’un roman qui a remporté un prix des jeunes romanciers et j’ai pensé qu’il fallait encourager les nouveaux auteurs.

Hélas, le livre n’a pas répondu à mes attentes. Il narre, essentiellement à la première personne, une tranche de vie d’un jeune geek. Le narrateur est un excellent hackeur. En raison d’une idylle, il devient hacktivist, puis lorsque son amoureuse rompt, il se venge en se mettant au service de l’état français. Il est alors chargé de coder des algorithmes qui serviront à piloter des drones dans un conflit armé.

« Longtemps je me suis attelé à fuir la vie réelle. Je me considérais comme mal adapté, pas assez fort. L’aspect décisif de chaque acte me terrifiait. Sur Internet, rien n’est définitif, tout peut se modifier comme sur un blog. Il existe toujours une astuce pour revenir en arrière, une évasion sous forme de Ctrl+Z. Paradoxe du Web qui n’oublie rien mais où tout peut se réécrire. Avant j’étais élu : il me suffisait de frôler un clavier pour créer un monde taillé à mon image sans avoir à réfléchir. Pour mieux faire, j’avais aboli toute pensée. J’avais ça dans le sang. Je fais partie d’une génération pour qui toute technologie est organique. »

Je n’ai pas du tout apprécié le personnage principal. Ce n’est pourtant pas vraiment un anti-héros comme peut l’être Bardamu dans Voyage au bout de la nuit de Céline, ou Meursault de Camus. Le héros de Bergmann est d’une lâcheté incroyable, mais il est surtout dénué de toute empathie, privé de réflexion quant à ses actes et à son travail, bref, un sale type indifférent qui ne se rend pas compte de son indigence humaine.

On pourrait s’attendre à une prise de conscience des atrocités qu’il aide à commettre par machines interposées lorsqu’il est envoyé au front dans le désert du Proche-Orient. Que nenni ! Sans aucun état d’âme, il poursuit son travail, rejeté par les vrais soldats qu’il empêche de réaliser leur mission, à savoir aller trucider l’ennemi en combat face à face.

Les autres militaires forment un groupe assez homogène qui attend pendant de longues semaines interminables pour eux comme pour le lecteur qu’il y ait de l’action. Leurs journées sont ponctuées par des séances bi-mensuelles de sexe via des casques de réalité virtuelle. On s’ennuie autant que les personnages, un peu comme dans le désert des Tartares de Dino Buzzati (qu’il faut que je relise).

Le héros a alors l’idée de rédiger un journal que j’ai trouvé sans aucun style, à l’image du protagoniste sans aucun cœur. L’écriture est plate, sèche comme le désert qui sert de décor et de fantasme au narrateur. À la fin, convenue dès qu’il reçoit sa mission extraordinaire, le héros s’efface au profit d’un narrateur interne mais à la 3e personne. L’écriture s’améliore, tente de se faire un peu poétique mais il ne reste alors que quelques pages avant de terminer le roman.  

La guerre moderne, propre, chirurgicale, où on ne voit quasiment plus de morts est ici mise à l’honneur et permet d’aborder la question de l’engagement. Les soldats engagés ne peuvent plus se battre à cause des machines qui leur volent leur travail. Et parallèlement, le narrateur ne parvient pas à s’engager ni en amour, ni dans son métier ; il reste médiocre jusqu’au bout. L’ironie c’est qu’à la fin, il croit s’engager, se rebeller enfin, mais ce n’est pour moi qu’un feu de paille. J’ai trouvé son sens de l’engagement bien terne, bien plat.

On aurait pu imaginer que ce livre susciterait une réflexion sur les machines que conçoivent les hommes pour les remplacer au combat, sur la technologie au service de la guerre etc. mais j’ai trouvé qu’elle n’était qu’effleurée. La technologie de pointe qui échappe à son créateur et se retourne contre l’homme qui l’a conçue est assez banale dans la science-fiction et je n’ai pas trouvé quoi que ce soit de nouveau sur ce thème. On y retrouve la solitude, le doute, la paranoïa et un clivage hommes/drones ; cela était prévisible et trivial.

« Aujourd’hui, on manque de déserts au centre de nos vies et de nos villes, où même la nuit, ultime no man’s land, a été régulée, avortée de ses imprévus, de sa liberté. Le désert recule chaque jour un peu plus et personne ne peut mesurer la gravité de cette perte. »

Le cadre de Déserteur est plutôt réaliste même si l’auteur utilise des ingrédients de science-fiction, mais pour moi, la mayonnaise n’a pas pris et je pense que j’oublierai bien vite ce roman.

Déserteur, de Boris Bergmann

Roman paru en 2016. 278 pages chez Calmann-Lévy (collection « Littérature française »)

Prix des Jeunes Romanciers Le Touquet-Paris-Plage Prix du Jury 2016.

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