Dix-sept ans, d’Éric Fottorino

Pour cette rentrée littéraire, j’avais repéré Dix-sept ans d’Éric Fottorino. Pourquoi ? D’abord parce que le titre m’évoquait bien sûr le célèbre vers de Rimbaud : « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » et aussi parce que j’avais déjà lu un roman du même auteur, il y a fort longtemps : Un territoire fragile, que j’avais beaucoup apprécié. Dès que j’ai pu avoir une connexion fiable (je n’ai toujours pas Internet, c’est pourquoi je suis très en retard dans me réponses aux messages et mails, pardon !), j’ai installé ce livre dans ma petite liseuse, sans savoir de quoi il parlait.

J’ai été happée dès le début. Ce roman est extraordinairement émouvant. Il raconte à la première personne un long chemin vers la re-con-naissance. Lina est une septuagénaire étonnante. Lorsqu’elle invite ses trois fils à déjeuner, ces derniers ne se doutent pas qu’elle va leur révéler un incroyable secret de famille. À partir de là le narrateur, Éric, dont les relations avec sa mère sont froides et distantes, va tout de même essayer de comprendre sa « petite maman ». Il va remonter le temps, faire des rencontres qui lui permettront de découvrir celle qui finalement, n’était jusque-là qu’une intime inconnue. Ce voyage dans le temps se double d’un voyage géographique qui remonte aux sources de sa naissance si particulière.

« J’ai mué à la manière du grillon dans la prairie. Sur ta peau courent des paysages inconnus. Sur ta peau, des montagnes, des déserts, des dunes, la mer, des relents de jasmin et d’argan, des étoffes, des chants lancinants venus d’une langue sucrée, des ciels d’étoiles, l’ivresse de l’ailleurs. Il y a tout ce que ne savent pas dire mes dix-sept ans, tout ce que je saurais dire à présent. »

J’ai beaucoup aimé les personnages. Éric en particulier est touchant et on le voit ouvrir les yeux sur sa propre histoire au fil des pages, et finalement renaître. Il a une drôle de famille entre une mère qu’il ne considère pas comme telle, une grand-mère omnipotente et… deux pères ! Et il ui faut démêler l’écheveau familial pour savoir qui il est vraiment. Mais c’est surtout Lina qui m’a bouleversée. On la découvre jeune fille, telle qu’elle fut sans doute, re-créée par l’imagination de son fils aîné qui invente sa vie, à partir les indices qu’il possède et ceux qu’il découvre au fur et à mesure de sa quête.

« Lina n’était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour. »

C’est un très beau voyage réel et onirique auquel nous convie l’auteur. L’écriture est belle, simple et authentique. Rien n’est laissé au hasard dans ce roman. Derrière chaque nom de ville, de personnage, se cachent des symboles chargés d’émotion. La moindre anecdote aide à tracer les contours de la vie de Lina et de son fils Éric et les rendent palpables, crédibles et très attachants. Le roman permet aussi au lecteur de comprendre les difficultés de la vie de fille-mère il y a cinquante ans, lorsque la liberté et l’appétit de vivre se heurtaient au poids de la religion et des traditions.

J’ai aussi apprécié le fait que l’auteur déjoue les hypothèses du lecteur juste après la divulgation du secret : la quête qui se dessine n’est pas celle qu’on attendait, mais elle se révèle riche, puissante et nécessaire pour chacun des protagonistes. C’est donc un très beau roman de cette rentrée littéraire 2018 à découvrir absolument !

Dix-sept ans, d’Éric Fottorino

Roman paru en 2018. 272 pages chez Gallimard (collection Blanche). 

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2 commentaires sur “Dix-sept ans, d’Éric Fottorino

  • 14 septembre 2018 à 10 h 00 min
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    Coucou 🙂
    Voilà bien longtemps que je ne suis pas venue te lire… j’ai été pas mal absente cet été !
    Je découvre cet auteur et ce livre me tente, j’aime bien quand les histoires tournent autour de la famille 😉
    Bonne journée.

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  • 18 septembre 2018 à 15 h 55 min
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    J’avais particulièrement aimé de lui « l’homme qui m’aimait tout bas » où il parlait aussi de son enfance et je retrouve dans ta chronique et ton ressenti beaucoup du mien lors de cette lecture. Merci pour ce partage. Je ne t’oublie pas mais j’ai eu pas mal de choses à faire ces derniers temps. D’ailleurs je vais me réabonner à nouveau car je ne reçois plus tes news mais avec une nouvelle messagerie que j’ai créé sur gmail…on verra bien ! A bientôt

    Réponse

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