Einstein, le sexe et moi, d’Olivier Liron

C’est en voyant à plusieurs reprises ce titre intrigant sur la Toile que j’ai décidé de lire ce roman. Je n’avais aucune idée des thèmes abordés mais me suis laissé prendre par l’incongruité du titre. Il s’agit en fait d’une sorte d’autobiographie, une tranche de vie réellement vécue par l’auteur dont c’est le second livre.

Olivier commence franco par un autoportrait :

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. »

J’ai beaucoup aimé le début qui expose la réalité de ce syndrome mal connu encore du grand public. D’ailleurs, on ne dit plus syndrome mais on parle aujourd’hui de « spectre autistique » pour indiquer qu’il n’existe pas une seule forme d’autisme mais beaucoup. Ici, on suit une tranche de vie d’un Asperger, c’est-à-dire d’une personne sans déficit intellectuel (au contraire !) mais avec des différences par rapport aux neurotypiques. J’ai aimé comment les phrases juxtaposées et courtes rendent compte de l’univers de cette personne : ce style évoque pour moi la grande simplicité avec laquelle elle voit le monde qui l’entoure : sans chichi et sans tabou.

L’auteur expose ensuite avec minutie sa participation au jeu « Questions pour un champion » animé par Julien Lepers. Au début, on sent poindre l’excitation et le stress du héros, qui s’inquiète de savoir s’il sera à la hauteur de ses adversaires tous plus redoutables les uns que les autres. Il y a du suspens et on a hâte de savoir s’il va passer toutes les étapes et comment. Mais ensuite, j’ai ressenti une forme de lassitude car j’ai trouvé qu’il y avait trop de détails pas nécessairement intéressants. Le jeu dure vraiment très longtemps et occupe la presque totalité du roman. Je ne vous dirai pas s’il gagne ou pas 😉 mais les questions, les règles du jeu sont narrées avec une grande précision et exhaustivité.

Cela dit, j’ai trouvé intéressant le fait de mettre en lumière la vie d’une personne Asperger car cela peut aider les neurotypiques que nous sommes en majorité, à comprendre leur façon de penser et d’être. J’ai trouvé que la logique, la simplicité, la clarté étaient bien rendues par un style très sobre et assez épuré. J’ai apprécié les développements de certaines des incompréhensions du narrateur, comme lorsque par exemple il explique sa difficulté à comprendre la différence entre un immigré et un émigré : tout dépend de quel point de vue on se place.

« Le bon point de vue. Je voulais bien adopter le bon point de vue, mais rien à faire, je ne comprenais pas la différence entre émigré et immigré, c’était les mêmes personnes. J’avais une imagination bornée ou très romantique, comme on veut, et pour moi il y avait surtout des exilés, quel que soit le pays où l’on se place. Des gens loin de leur pays, quoi. »

J’ai aimé sa finesse et son humour qui transparaissent très régulièrement dans le livre. Même quand il raconte les brimades qu’il a subies, il utilise des images amusantes comme celle des chenilles et des papillons. J’ai imaginé la souffrance qu’il a dû endurer quand à l’école ou dans la vie, car on ne comprenait pas sa manière d’appréhender les choses. J’ai admiré aussi son côté brillant intellectuellement : Olivier Liron est capable d’apprendre très vite et de manière très approfondie un domaine qui l’intéresse. Ainsi s’est-il mis tardivement à l’espagnol et… il a brillamment réussi l’agrégation dans cette discipline !

J’ai été très surprise de trouver une sorte de communion du narrateur avec le monde. C’est assez étonnant car ce monde le rejette parfois (il parle de son exclusion, des moqueries) mais en même temps il raconte une certaine sensation cosmique avec l’ensemble de l’univers à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Il l’évoque à plusieurs reprises, lorsqu’il parle des couleurs dans lesquelles il entre et se fond ou lorsqu’il raconte ce qu’il entend quand il écoute le silence. Ces passages m’ont paru assez poétiques et me rappellent la synesthésie, le symbolisme, et la théorie des correspondances chère à Baudelaire.

Bref, c’est un roman atypique qui a le mérite d’apprendre au lecteur beaucoup de choses sur les autistes Asperger, même si l’intrigue elle-même s’étire en longueur.

Einstein, le sexe et moi, d’Olivier Liron

Roman paru en 2018. 200 pages chez Alma.

Grand prix des blogueurs littéraires 2018

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9 commentaires sur “Einstein, le sexe et moi, d’Olivier Liron

  • 24 mars 2019 à 12 h 02 min
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    Je n’ai pas ressenti cette lassitude en le lisant ni le trop plein de détails mais je reconnais que j’ai la chance étant à la retraite, d’avoir pu le lire sans m’arrêter ou presque ce qui sans doute favorise l’immersion dans l’histoire. Merci pour ton ressenti. Bon dimanche !

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    • 28 mars 2019 à 17 h 39 min
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      Disons que je pense que cette abondance de détails fait partie des choses importantes pour les autistes Asperger qui sont généralement des gens précis, méticuleux dans les domaines qui les passionnent (d’après ce que j’ai pu lire). Mais j’ai trouvé parfois que c’était un peu trop. Cela dit, ce roman m’a bien plu dans l’ensemble.

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  • 25 mars 2019 à 10 h 59 min
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    Je n’ai pas été convaincue par cette lecture, gardant une sorte de détachement pendant tout le roman.

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    • 28 mars 2019 à 17 h 43 min
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      C’est un peu l’impression que ça m’a fait aussi au début, et plus je repensais au roman pour écrire mon billet, plus me sont apparus des éléments qui m’ont paru intéressants. Cela dit je comprends ce que tu veux dire, et les Asperger sont connus pour n’être pas spécialement à l’aise dans leurs relations avec les autres, ce qui peut entraîner un détachement des lecteurs. À bientôt !

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  • 25 mars 2019 à 21 h 09 min
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    Coucou,

    Ton article m’a donné envie de découvrir ce livre . Je connais de loin ce sujet . Le petit frère d’une très bonne amie à moi et autiste.
    Je le lui conseillerai d’ailleurs, en lui envoyé le lien de ton article pour lui donner envie .

    J’ai adoré te lire. Tu vas à l’essentiel.

    Bonne soirée et à bientôt

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    • 28 mars 2019 à 17 h 44 min
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      Merci pour ton message et pour la pub que tu fais à mon blog auprès de ton amie :-D. Je suis contente si ce billet t’a donné envie de lire le roman, n’hésite pas à revenir me dire ce que tu en auras pensé ! À bientôt !

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  • 9 avril 2019 à 17 h 44 min
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    Je te conseille vivement la lecture des livres de Daniel Tammet (également Asperger) et surtout Je suis né un jour bleu qui est d’une poésie remarquable ! J’avais aussi remarqué la présence d’Einstein, le sexe et moi sur la Toile mais ton avis me laisse penser que je préfère me laisser imprégner par les écrits de Daniel Tammet… merci pour ta chronique !

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    • 13 avril 2019 à 17 h 19 min
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      Merci pour ce conseil de lecture, j’adore les styles poétiques alors je note ta référence ! À bientôt !

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  • 13 avril 2019 à 22 h 15 min
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    Je pense que l’auteur n’aurait pas vendu autant de bouquins s’il n’avait pas été autiste. Disons qu’il a profité un peu de son handicap.
    J’ai apprécié l’ensemble du récit, mais certains passages ne m’ont pas plu du tout.
    Une mise en avant un peu exagérée, je trouve.

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