L’enfant multiple, d’Andrée Chedid

Comme j’avais beaucoup apprécié Le Message, j’ai eu envie de lire un autre roman d’Andrée Chedid. Je me suis dirigée vers l’Enfant multiple à cause du titre que j’ai trouvé étrange. Que pouvait-il bien vouloir dire ? De plus, il me semble que c’est un de ses romans les plus connus. Alors, j’ai eu envie de le découvrir.

L’histoire est celle d’Omar-Jo, un enfant d’une dizaine d’année particulièrement ingénieux, drôle et malin. Son prénom composé montre son appartenance à deux cultures : l’une plutôt occidentale par sa mère Annette qui est à la fois chrétienne et libanaise et l’autre orientale par son père Omar, égyptien musulman. La particularité du jeune garçon est d’être manchot.

Omar-Jo vit à Paris chez Rosie et Antoine, des cousins quinquagénaires à la vie étriquée. En effet, son grand-père Joseph l’y a envoyé car les deux parents du protagoniste sont morts pendant la guerre du Liban. S’ennuyant ferme, Omar-Jo découvre Maxime, un forain qui est sur le point de renoncer au manège qu’il a pourtant mis longtemps à mettre sur pied. Maxime est un homme devenu triste, prêt à renoncer à ses rêves. Leur rencontre et leur amitié vont bouleverser leurs existences.

Par petites touches, l’autrice dévoile le passé d’Omar-Jo et le lecteur découvre comment l’enfant a perdu son bras et comment ses parents ont disparu. Ce personnage est très sympathique en raison de sa joie de vivre, de son enthousiasme et en même temps de sa gravité et sa maturité. Très déterminé à être heureux et à diffuser ce bonheur autour de lui, Omar-Jo est un personnage solaire très attachant qui peut faire penser à Gavroche en raison de son énergie débordante. Il est inspiré par son grand-père Joseph, vieillard atypique qui a conservé son âme d’enfant.

« — À ton âge, d’où tiens-tu ces choses ? demanda Maxime, plus tard, dans la soirée. — Un jour, je te raconterai. — Tu parles parfois comme un enfant, parfois comme un adulte. Quand es-tu toi-même, Omar-Jo ? — Chaque fois. […] Omar-Jo savait communiquer ; même ses dérapages sinistres semblaient acceptés par le public. Il parvenait à s’infiltrer dans chaque âge, comme s’il les avait tous traversés ; métamorphosant en un clin d’œil sa chair lisse et fruitée en un tissu fragile et flasque. — À douze ans comment sais-tu tout cela ? L’enfant l’ignorait. Ce savoir jaillissait de lui comme si chaque étape de l’existence s’était gravée dans ses fibres ; comme si jeunesse, âge mûr, vieillesse faisaient déjà partie de son être. Aucune de ces périodes ne lui inspirait de la crainte, ou de l’aversion. »

Outre l’intrigue proprement dite, comme dans Le Message, Andrée Chedid dénonce la guerre, thème qui lui est particulièrement cher. En effet, pas très loin de la France, à quelques heures d’avion, s’est déroulée une guerre idiote et meurtrière. L’union des deux camps, symbolisée par l’union d’Annette et Omar, vole en éclat. On voit que la religion est une excuse pour expliquer cette guerre, que l’autrice refuse en faisant en creux un plaidoyer pour la paix et la liberté.

« Persuadé que Dieu avait le cœur assez vaste pour contenir tous les croyants du monde, passés, présents, à venir, même les mécréants de son espèce, Joseph se chargeait de convaincre d’abord son entourage, puis la communauté déjà composée de cinq rites différents. Il y réussit. Les deux hommes possédaient un don commun : celui d’éveiller la sympathie.[…] »

L’idée de centrer le roman sur un manège m’a paru une allégorie intéressante de la vie : ça tourne, il y a des hauts et des bas, mais finalement, il faut que le plaisir l’emporte. Ce plaisir et cette joie de vivre, incarnés par Omar-Jo sont communicatifs et vont permettre à d’autres personnages comme Maxime, Cheranne la femme-coquelicot ou encore le saxophoniste Sugar de s’épanouir. C’est dans la création – d’un manège, de numéros de spectacle, de musique – que peut se faire la reconstruction des hommes.

J’ai un peu moins aimé ce roman que le Message car j’ai trouvé que les digressions concernant par exemple Lysia n’étaient pas nécessaires et il m’a semblé que l’écriture était moins poétique. Cependant, L’enfant multiple reste un court roman sensible et engagé qui traite de la résilience par la création artistique et qui, malgré tout, donne espoir en l’humanité. On peut lire ce roman dès l’âge de 12 ans.

L’enfant multiple, d’Andrée Chedid

Roman paru en 1989. 144 pages chez Flammarion (collection Librio). 

Découvrez aussi :

Facebooktwitterpinterestmail

Un commentaire sur “L’enfant multiple, d’Andrée Chedid

  • 14 juin 2019 à 7 h 52 min
    Permalink

    Je faisais lire ce roman aux collégiens…Comme toi en tant qu’adulte je préfère aussi d’autres titres de l’auteur, mais les jeunes appréciaient davantage celui-ci sans doute par empathie avec le héros. Merci pour ta présentation. Cela fait longtemps que je n’ai pas relu Andrée Chedid, tu m’en donnes envie

    Réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.