Hôzuki, d’Aki Shimazaki

Alors que la saison des cerisiers en fleurs au Japon bat son plein, j’avais envie de repartir au pays du soleil levant. Alors à défaut de m’y rendre vraiment, j’ai choisi ce titre qui sonnait bien japonais et dont la couverture est très belle. Ce que je peux être superficielle, parfois ! Après ma lecture, j’ai découvert que l’autrice est québécoise, comme son nom ne l’indique pas, mais évidemment, elle est née au Japon et l’intrigue se déroule dans son pays natal. J’ai également appris que ce titre est le deuxième d’une série de cinq romans, mais on peut tout à fait les lire indépendamment. Le fait de ne pas avoir lu le premier opus ne m’a pas gênée.

Mitsuko Tsuji est une femme discrète, dont on apprend le nom assez tardivement dans ce roman à la première personne. Elle tient une librairie d’occasion à Nagoya au Japon et vend essentiellement des ouvrages de sciences sociales et de philosophie. Le reste du temps, elle s’occupe de son petit garçon de 7 ans, Tarô qui est sourd de naissance et métis. Tous deux vivent avec la mère de Mitsuko. Tous les vendredis soir, la libraire part se livrer à une autre activité qu’elle appelle ses « voyages d’affaires » …

Un jour, une jeune femme, Madame Sato et sa fille de quatre ans Hanako viennent acheter des livres dans la boutique. Cela va faire naître une amitié entre les deux enfants et une relation étrange entre les deux mères qui taisent toutes deux un lourd secret.

J’ai retrouvé ce que j’aime et qui pourtant me dérange aussi dans la littérature japonaise : une simplicité, une évidence dans le style pour évoquer parfois des choses très dures. On est charmé par la délicatesse de ton typiquement japonaise. Et pourtant, ce que cache Mitsuko est incroyablement difficile.

Ce roman aborde le thème de la différence. Celle qui est liée aux origines ethniques d’abord puisque le père de Tarô est espagnol. L’enfant eurasien suscite la curiosité et le passé mystérieux du père, entretenu par la mère ne fait qu’amplifier cela. Ensuite, il est question de la différence à travers le handicap du petit garçon. Sa surdité ne pose cependant aucun problème à Hanako qui réussit parfaitement à communiquer avec son camarade par le biais de dessins. Enfin les deux protagonistes sont très différentes l’une de l’autre. Mme Sato est une femme chic, cultivée et aussi extravertie que peut se le permettre une femme japonaise de sa condition, tandis que Mitsuko est secrète, simple et peut sembler froide au premier abord. Pourtant, elles qui ne se ressemblent pas vont se trouver reliées d’une manière surprenante.

 « La dame apporte des gâteaux, du thé et du jus. Tarô et Hanako s’amusent déjà avec un des jeux étalés sur une petite table basse. Il y a aussi du papier et des crayons de couleur. Madame Sato tourne les yeux vers les enfants avec un sourire. Je perçois toujours dans son regard une tristesse ou même un chagrin. Sans savoir quoi lui dire, je regarde le piano noir d’excellente facture. C’est elle qui amorce la conversation. »

L’amour maternel est sans doute le thème central du roman. Mitsuko est prête à tout pour son fils et la fin est à ce titre émouvante et dérangeante. On voit également l’amour maternel de Mme Sato, plus lyrique car elle manifeste cet amour plus visiblement, elle se livre plus facilement, ce qui déplait à Mitsuko. Nous avons là des façons différentes d’exprimer ses sentiments. L’une évoque plutôt l’occident avec ses larmes et sa façon de s’épancher, et l’autre le Japon, plus caché et plus réservé. Ces deux façons d’aimer sont très fortes et bouleversantes d’humanité bien que très différentes.

On apprend aussi beaucoup sur la mentalité et la culture japonaises dans ce petit roman. Aki Shimazaki nous explique comment les noms propres sont formés. Elle a par exemple appelé sa boutique Kitô mais selon le kanji utilisé, ce mot peut avoir diverses prononciations et significations : hôzuki, nom savant de la plante physalis appelée aussi l’amour en cage, ou bien Kitô, prière. Elle a choisi de l’écrire en hiragana, laissant ainsi à chacun sa propre interprétation… Et quand on apprend que hôzuki, dans le langage des fleurs signifie « mensonge », on comprend que cette histoire est plus complexe qu’il n’y paraît : le Japon a l’art des symboles et de la compréhension à plusieurs niveaux…

« La religion, c’est de croire, et la philosophie, c’est de douter. »

C’est assurément un très joli petit roman dont la fin m’a laissée dans un état mélangé, entre la stupéfaction et le malaise. Je vous recommande cette lecture.

Hôzuki, d’Aki Shimazaki

Roman québécois paru en 2016. 144 pages chez Actes Sud/Lemeac

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4 commentaires sur “Hôzuki, d’Aki Shimazaki

  • 29 mars 2019 à 12 h 36 min
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    J’ai lu mon premier roman japonais – The Travelling Cat’s Chronicles de Hiro Arikawa – très récemment et cela m’a donné envie d’en lire d’autres. Il en ressortait aussi des éléments de la culture nippone comme leur caractére réservé (ce que tu abordes dans cet article aussi). Alors ca m’a donné envie d’en lire d’autres, peut-être celui-là 🙂

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    • 31 mars 2019 à 20 h 41 min
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      Je ne connais pas cet auteur du tout, merci pour le partage, je vais me renseignersur cet auteur. Si cela t’intéresse, tu trouveras sur ce lien ma liste des livres écrits par des auteurs japonais (je n’ai pas mis Hôzuki car Aki Shimazaki l’a écrit en français…) Quant à la culture japonaise, (vue par moi donc très subjective :-D) tu peux aller dans le menu « vie d’expat » en haut de la page qui te donnera quelques idées de la façon dont je vois cette culture si différente de la nôtre 😉 !

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  • 31 mars 2019 à 1 h 44 min
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    J’ai lu une pentalogie de Shimazaki… et depuis, je me dis qu’il faut queje lise le reste de son oeuvre. Celui-là me plaît beaucoup par le thème.

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    • 31 mars 2019 à 20 h 42 min
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      Eh bien ce roman m’a donné envie de découvrir sa pentalogie un de ces quatre. Le thème de Hôzuki est très intéressant, ça se lit vite, j’espère que ça te plaira ! Bonne lecture ! 🙂

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