Le matin est un tigre, de Constance Joly

Le matin est un tigre… Voici un titre qui donne la pêche ! C’est en tout cas ce que j’ai pensé en voyant la couverture du roman de Constance Joly dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. En même temps c’est normal puisqu’il s’agit d’un premier roman. J’ai donc téléchargé la bête dans ma liseuse et hop !

Ce roman raconte l’histoire d’Alma, une bouquiniste spécialisée dans les ouvrages anciens de botanique, de sciences etc. Elle vit à Paris avec son mari Jean et leur fille Billie. Or Billie est atteinte d’une maladie rare et inconnue, elle s’étiole et s’éteint à petit feu. Alma est persuadée qu’un chardon pousse dans ses poumons (elle a un peu trop lu l’Écume des jours). Un jour elle part en Bretagne à la demande de Georges, un vieil homme qui veut lui faire expertiser des livres rares.

Je me suis ennuyée à la lecture de ce roman. D’abord, les personnages ne sont pas crédibles. Alma par exemple est une phobique de première classe, elle a une relation quasi fusionnelle avec sa fille. Mais comme par hasard, juste avant que Billie ne se fasse opérer, la mère prend la poudre d’escampette et part en train, seule, en Bretagne chez un inconnu en laissant sa fille à l’hôpital. Hum… Comment vous dire ?…. Moi si j’avais une fille mourante à l’hôpital, je ferais passer mon travail après elle et resterais à son chevet. Les livres rares et anciens de Georges pourraient bien attendre ! Surtout si j’étais phobique d’à peu près tout : cela me paraitrait une aventure au-delà de mes forces. Pareil, elle retrouve une vigueur incroyable… en entendant le titre d’une chanson sur un juke-box… Mouais… Concernant les autres personnages, la fille est réduite à sa maladie. Quant au mari Jean, il est quasi inexistant : inodore, incolore et transparent.

Je n’ai pas aimé l’écriture : j’ai trouvé les phrases sèches, les répétitions ennuyeuses et il m’a semblé que je tournais en rond, un peu comme si l’autrice essayait de rallonger la sauce ou comme les élèves qui diluent leur propos pour « faire des lignes » alors que le roman est déjà court. Oh bien sûr parfois, il y a des passages pseudo poétiques mais étonnamment, ils ne m’ont pas touchée, je suis restée insensible à cette écriture. Moi qui d’ordinaire adore les écritures poétiques et travaillées, j’ai trouvé celle-ci simpliste, sans consistance ni âme véritable.

« Les spaghettis cuisent. La glycine est maintenant en fleur. Jean est au théâtre. Alma a éteint les lumières et les branches se sont découpées en ombres chinoises sur les murs. Un petit cinéma rien que pour elle, les grappes se balançant lentement sur le mur blanc. À la radio, ils ont passé les danses roumaines de Bartók, ce qui s’accorde suavement à ce ballet nocturne. Ça sent l’ail et la tomate. Alma pense à sa banane qu’elle a enlevée pour mettre son tablier. Je ne fais plus l’amour, certes, se dit-elle. Et alors ? Ai-je besoin de porter cette vérité en bandoulière ? Je ne fais plus l’amour, mais j’aime mon mari. »

« Ils vont à la piscine, ils vont patiner, ils font de l’aviron sur la Marne, ils marchent en forêt, grimpent les marches de Notre-Dame. Billie peint, Billie lit, Billie fait du skate, Billie retrouve des couleurs. »

L’aspect onirique m’a semblé tellement peu réaliste (sans être surréaliste à la manière de Vian) que j’ai trouvé que ces passages manquaient de maturité. Le moment où Alma souffle sur le pissenlit et où à 500 km, Billie en reçoit les akènes à aigrette est assez déplacé et incongru dans un roman qui justement n’est pas surréaliste. Il en est de même pour le fantôme de Chicago May qu’Alma voit exactement aux bons moments… Pareil, la « poésie qui sauve » est un poncif que je n’ai pas trouvé spécialement bien traité car il est mal et insuffisamment exploité. Un poème qui sauve Alma et par ricochet Billie est tellement peu crédible !

« Ce serait mentir que de dire que la période de maladie de Billie n’est qu’horreur. Alma a la sensation d’être privilégiée parfois : elle est là avec sa fille, dans la nuit, à fumer des roulées sur un tapis de feuilles craquantes de givre. Quel parent a cette chance ? Par ailleurs, Alma se découvre des ressources de fantaisie dans les moments graves. Dans les toilettes des Urgences, elle se remet du rouge à lèvres. Apocalypse Dandy. Les longues heures d’attente, elle les passe à faire des photos, cherchant toujours la beauté, même dans les endroits les plus ingrats. Un local à poubelles grillagé plein de tags où le soleil dessine des ombres, une double porte d’hôpital coulissante aux vitres orange. Aussi dérisoires soient-ils, elle a l’intuition que ces gestes manifestent son refus d’obéir. À la résignation. À la vitesse. À la laideur. »

On est tout de même vraiment loin de Baudelaire qui sait extraire la beauté de la laideur, non ?…

Enfin l’histoire n’est pas folichonne, je n’ai pas été transportée par Alma qui se découvre et se révèle à elle-même au cours du roman. Un des thèmes du roman est la dépression, la mélancolie, et l’autrice montre à quel point on transmet notre histoire à ses enfants. Billie est comme une éponge qui absorbe les problèmes de sa mère, mais cela ne va pas très loin, c’est assez convenu et trivial, tout le monde sait déjà tout cela.

Bref, je suis passée à côté de ce roman assez naïf et immature et je ressors donc déçue de ma lecture. Mon problème, c’est que j’ai tellement aimé Boris Vian que j’ai trouvé que ce livre-ci fort pâle à côté ; l’autrice navigue entre réalisme, onirisme, surréalisme, sans pouvoir clairement tracer son style.

Pourtant, après avoir fini d’écrire cette chronique, je suis allée voir sur la Toile et ce roman semble plaire à la majorité : la plupart des lecteurs l’ont beaucoup aimé, l’ont trouvé sensible là où j’ai vu plutôt de la sensiblerie ; je me retrouve donc à contre-courant, mais tant pis, j’assume ! Peut-être aimerez-vous davantage que moi ? 😉

Le matin est un tigre, de Constance Joly

Roman paru en 2019. 154 pages chez Flammarion.

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