Les Misérables, de Victor Hugo (partie 3 : Marius)

Après Fantine et Cosette, voici la troisième partie des Misérables qui est consacrée à Marius. Ce personnage est le centre de tout ce tome, on le voit évoluer de l’enfance à l’âge adulte. Si au début, on ne sait pas le lien qui rapproche Marius des deux précédentes parties, on voit les histoires se rejoindre au fur et à mesure.

Victor Hugo commence par nous décrire Gavroche, le gamin de Paris typique. Cette description est extraordinaire, vivante et colorée :

« Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne songeait pas à lui et sa mère ne l’aimait point. C’était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins. Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère. […] Il n’avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d’amour ; mais il était joyeux parce qu’il était libre. »

Puis on se concentre sur le personnage principal, Marius de Pontmercy qui vit chez son grand-père. Arrivé trop tard au chevet de son père mourant, il découvre que ce dernier était bonapartiste. Dans une lettre, son père lui recommande l’homme qui l’a sauvé lors de la bataille de Waterloo : un certain… Thénardier ! Lorsque le jeune garçon découvre que son grand-père, royaliste, l’a empêché de connaître son père, il claque la porte et s’enfuit. Il vit alors d’expédients tout en suivant des études de droit et en s’intégrant dans un groupe d’étudiants idéalistes. Il n’a de cesse de retrouver le fameux Thénardier pour le remercier, mais en vain.

Il s’installe dans la maison Gorbeau, un triste taudis duquel il peut voir la misère effroyable et la malhonnêteté de ses voisins les Jondrette. Pour se changer les idées, il prend l’habitude de se promener dans un parc où il croise régulièrement un homme qu’il surnomme M. Leblanc en raison de la couleur de ses cheveux accompagné d’une jeune fille d’une quinzaine d’années… Le lecteur comprend tout de suite qu’il s’agit de Jean Valjean et de sa protégée Cosette qui est sortie du couvent. Évidemment, Marius tombe amoureux de la belle, mais comment l’aborder, lui parler ? Or un événement chez ses voisins auquel il va assister de manière indiscrète va bouleverser les choses pour la plupart des personnages…

J’ai beaucoup apprécié ce tome car en plus de l’art de la formule de l’auteur auquel nous nous étions habitués depuis le début de ce roman, nous trouvons également beaucoup d’humour chez Victor Hugo. Il se moque gentiment des sentiments de Marius pour Cosette, de sa gaucherie et parfois même va jusqu’à l’autodérision en se moquant de lui-même :

« Il y a un an, ça vous allait à Hernani. Je vous demande un peu, Hernani ! des antithèses ! des abominations qui ne sont pas même écrites en français ! »

Victor Hugo a un art du romanesque éblouissant. Il maîtrise à la perfection le tour dramatique qu’il fait prendre à son récit. Un rebondissement en chasse un autre, tous les éléments se recoupent peu à peu, des coups de théâtre ont lieu ; enfin un suspens terrible s’ensuit. On retrouve des personnages du tome précédent qui se mêlent à l’intrigue, ainsi qu’une bande de truands qui nous fait craindre le pire pour nos héros préférés. L’auteur connaît toutes les ficelles pour nous impliquer dans son récit :

« Maintenant, pour se faire une idée de la scène qui va suivre, que le lecteur se figure dans son esprit la nuit glacée, les solitudes de la Salpêtrière couvertes de neige, et blanches au clair de lune comme d’immenses linceuls, la clarté de veilleuse des réverbères rougissant çà et là ces boulevards tragiques et les longues rangées des ormes noirs, pas un passant peut-être à un quart de lieue à la ronde, la masure Gorbeau à son plus haut point de silence, d’horreur et de nuit, dans cette masure, au milieu de ces solitudes, au milieu de cette ombre, le vaste galetas Jondrette éclairé d’une chandelle, et dans ce bouge deux hommes assis à une table, M. Leblanc tranquille, Jondrette souriant et effroyable, la Jondrette, la mère louve, dans un coin, et, derrière la cloison, Marius invisible, debout, ne perdant pas une parole, ne perdant pas un mouvement, l’œil au guet, le pistolet au poing. »

Bref, je vous recommande vivement ce chef d’œuvre en attendant de vous raconter la suite prochainement…

Roman paru en 1862. 1667 pages chez Pocket (collection Étonnants classiques).

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6 commentaires sur “Les Misérables, de Victor Hugo (partie 3 : Marius)

    • 28 mars 2019 à 17 h 21 min
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      C’est sûr que vu le pavé, il vaut mieux avoir du temps devant soi. Bonne soirée Isa !

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  • 19 mars 2019 à 16 h 29 min
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    Merci pour la suite de ta chronique ! Je crois que j’ai un peu moins aimé ce tome que les précédents, ayant du mal à m’attacher aux personnages de Cosette comme de Marius. Par contre, Gavroche est un personnage superbe, et puis, bien sûr, je te rejoins complètement sur la plume de Hugo 😀

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    • 28 mars 2019 à 17 h 26 min
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      Moi je me suis attachée aux trois ! Gavroche est encore plus intéressant dans le tome 4 dont je parlerai bientôt sur le blog 😉 C’est vrai que cette plume, et cette dramatisation des actions, c’est incroyable, on ne s’ennuie pas une minute ! À bientôt !

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  • 21 mars 2019 à 7 h 38 min
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    C’est un classique que je devrais lire dans son intégralité ce que je n’ai finalement jamais fait ! Je crois n’avoir eu en main que des versions abrégées… Une bonne idée de relecture

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    • 28 mars 2019 à 17 h 34 min
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      C’est vrai que les versions abrégées sont sans doute plus digestes pour les jeunes, mais je m’en méfie beaucoup : soit on coupe des passages et parfois même ceux qui sont intéressants, ce qui empêche d’avoir une vision globale de l’histoire, soit on résume certaines parties, mais alors ce n’est plus le style de l’auteur, ce qui représente pour moi une regrettable dégradation ! Je crains que ce pauvre Hugo ne se retourne dans sa tombe 😉 !

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